41 migrants secourus près d’El Hierro : l’inquiétante fuite des jeunesses africaines

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 7 Octobre 2026 à 14:57 modifié le Mercredi 7 Octobre 2026 16:57

Encore une embarcation de fortune, encore des hommes et des femmes lancés sur l’Atlantique dans l’espoir d’atteindre les côtes européennes, encore cette tragédie devenue presque banale à force de se répéter.

Ce mercredi matin, 41 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont été secourus au large de l’île d’El Hierro, dans l’archipel des Canaries, après plusieurs jours passés en mer.

Le groupe a été ramené à la baie de La Restinga, dans la commune d’El Pinar, par le navire de sauvetage maritime Salvamar Navia, après avoir été secouru à environ six milles nautiques des côtes. À leur arrivée au port, les 41 rescapés ont reçu une prise en charge médicale et humanitaire. Aucun d’entre eux n’a nécessité d’évacuation vers l’hôpital Nuestra Señora de los Reyes.

Le groupe était composé principalement d’hommes, mais comptait également trois femmes et un mineur. Tous présentaient un état de santé globalement satisfaisant, malgré l’épreuve traversée.

Ils avaient passé cinq jours en mer après avoir quitté Batu Kunku, en Gambie, à bord d’un cayuco, cette embarcation ouverte devenue, au fil des départs, le sinistre symbole d’une jeunesse africaine prête à risquer sa vie pour échapper au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives.

Les rescapés sont originaires de plusieurs pays de la sous-région, notamment de Gambie, du Sénégal, de Guinée-Conakry et du Cameroun. À leur arrivée, ils ont été pris en charge par les équipes d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge, le Service d’urgence des Canaries, les services portuaires de La Restinga, la Garde civile et la Police nationale.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce phénomène est devenu, ces derniers temps, de plus en plus récurrent. Les images changent, les embarcations changent, les visages aussi, mais le scénario demeure désespérément identique : des jeunes Africains quittent leur terre natale, affrontent l’immensité de l’océan sur des embarcations précaires et confient leur destin aux vagues, avec pour seul horizon l’espoir d’une vie meilleure.

Et pendant ce temps, que faisons-nous ?

La question mérite d’être posée avec gravité à nos dirigeants, à nos gouvernements et à l’ensemble de nos responsables politiques. Trop souvent, le débat public semble accaparé par les équilibres de pouvoir, les échéances électorales, les querelles de positionnement et la conquête ou la conservation des fauteuils. Dans certains pays africains, certains dirigeants donnent parfois le sentiment que leur principale préoccupation demeure de préserver leur pouvoir ou de préparer leur prochain mandat, pendant qu’une génération entière cherche simplement un avenir.

Il ne s’agit pas ici de nier la complexité du phénomène migratoire, encore moins de réduire ces départs à une seule responsabilité. Mais une évidence demeure : lorsque des jeunes préfèrent affronter cinq jours d’océan sur un cayuco plutôt que de rester chez eux, c’est que quelque chose ne fonctionne profondément plus dans nos sociétés.

La jeunesse africaine ne manque ni d’intelligence, ni de courage, ni d’ambition. Elle manque surtout d’opportunités. Dans nombre de nos pays, une grande partie de cette jeunesse demeure sans emploi, sans formation suffisamment qualifiante, sans revenus stables et, parfois, sans même la conviction que son propre pays peut lui offrir un avenir digne.

Le plus tragique est peut-être là : l’Afrique voit partir ceux qui devraient constituer sa principale force de développement. Elle investit des années dans la formation de ses enfants, puis les regarde prendre la mer, souvent au péril de leur vie, parce qu’ils ne trouvent pas chez eux les raisons d’espérer.

Chaque cayuco qui quitte les côtes africaines devrait donc être perçu comme une alerte. Chaque jeune qui disparaît dans l’Atlantique devrait interpeller les pouvoirs publics. Chaque famille qui attend en vain le retour d’un fils devrait rappeler aux gouvernants que la question de l’emploi, de la formation et de la dignité de la jeunesse ne peut être reléguée au second plan.

Les 41 rescapés d’El Hierro ont eu la vie sauve. D’autres n’auront pas cette chance.

Et tant que nos politiques publiques ne créeront pas suffisamment de perspectives économiques et sociales pour cette jeunesse, les cayucos continueront de prendre le large, chargés non seulement de migrants, mais surtout de désillusions, de rêves brisés et d’un immense désir d’avenir.

Le véritable défi pour l’Afrique n’est donc pas seulement d’empêcher ses jeunes de partir. Il est de leur donner enfin des raisons de rester.



Mamadou Ndiaye
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