423 millions de FCFA réclamés : la Fédération sénégalaise de football encore rattrapée par ses errements

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 14 Aout 2026 à 16:24 modifié le Samedi 15 Aout 2026 00:35

La Fédération sénégalaise de football (FSF) semble décidément incapable de sortir du tumulte. À peine le football national tente-t-il de retrouver un semblant de sérénité qu’un nouveau dossier vient jeter une lumière crue sur la gestion de l’instance dirigeante.

Cette fois, c’est le sélectionneur national, Pape Bouna Thiaw, qui, par l’intermédiaire de ses conseils, réclame à la FSF la bagatelle de 423 820 300 FCFA au titre de salaires, primes, indemnités et frais professionnels qu’il affirme ne pas avoir perçus.

Une mise en demeure aurait ainsi été signifiée à la Fédération le jeudi 13 août 2026 par voie d’huissier. Le document, porté par les conseils du sélectionneur, Me Guédel Ndiaye et associés, donne huit jours à l’instance pour s’acquitter des sommes réclamées. Passé ce délai, les juridictions compétentes pourraient être saisies.

Le plus sidérant dans cette affaire réside dans l’ampleur des impayés allégués. Pape Thiaw affirme n’avoir reçu aucun salaire depuis la signature de son contrat, le 1er mars 2026, alors même que celui-ci prévoit une rémunération mensuelle nette de 30 millions de FCFA pour une durée de trois ans. De mars à août, ce sont donc six mensualités, soit 180 millions de FCFA, qui seraient restées en souffrance.

À cette somme viennent s’ajouter une prime de signature évaluée à 90 millions de FCFA, une prime spéciale de 30 millions et 100 millions de FCFA correspondant à diverses primes liées au parcours en Coupe d’Afrique des nations et à la qualification pour la Coupe du monde.
Le tableau, déjà lourd, s’alourdit encore avec des dépenses professionnelles que le sélectionneur affirme avoir dû avancer personnellement.

Ainsi, une note de frais de 10 716 300 FCFA, correspondant notamment à des déplacements effectués lors d’une tournée du 11 au 19 avril 2026, aurait été transmise à la Fédération sans règlement. S’y ajoutent 1 104 000 FCFA de forfait carburant et 12 millions de FCFA d’indemnités de logement sur six mois.

Si ces griefs sont confirmés, ils posent une question autrement plus grave que celle d’une simple querelle comptable entre un employé et son employeur. Ils interrogent directement la gouvernance, la rigueur administrative et la crédibilité d’une institution qui prétend porter les ambitions du football sénégalais au plus haut niveau.

Car enfin, comment une fédération peut-elle exiger des joueurs, des entraîneurs et de son encadrement le professionnalisme, la discipline et l’excellence lorsqu’elle se retrouve elle-même accusée de ne pas honorer ses engagements financiers ? Comment prétendre bâtir une équipe nationale conquérante lorsque ceux qui la dirigent donnent l’impression de naviguer dans l’approximation administrative et financière ?

Le football sénégalais mérite mieux que cette succession de controverses. Il mérite une institution transparente, responsable, comptable de ses actes et capable de gérer les deniers et les engagements qui lui sont confiés avec la même exigence que celle qu’elle impose au terrain.

Cette nouvelle affaire, si les faits allégués sont établis, constitue un épisode supplémentaire d’une crise de gouvernance qui ne peut plus être balayée sous le tapis.

La FSF ne peut éternellement se réfugier derrière les victoires des Lions pour échapper aux interrogations sur sa gestion. Le prestige d’une équipe nationale ne saurait servir de paravent aux dysfonctionnements d’une administration.

À ce stade, une question s’impose donc avec une gravité croissante : faut-il continuer à rafistoler une maison dont les fissures se multiplient, ou faut-il avoir le courage de repartir sur des bases entièrement nouvelles ?

Pour beaucoup d’observateurs, la réponse devient de plus en plus évidente : la Fédération sénégalaise de football doit être profondément réformée et, si son incapacité à assurer une gouvernance saine et transparente est définitivement établie, dissoute pour laisser place à une nouvelle structure, plus moderne, plus rigoureuse et véritablement au service du football sénégalais.

Le football du Sénégal n’a pas besoin d’une fédération prisonnière de ses querelles, de ses impayés et de ses errements. Il a besoin d’une institution à la hauteur du talent de ses joueurs, de l’engagement de ses entraîneurs et des sacrifices consentis par tout un peuple.

Le maillot national est sacré ; la gestion de ceux qui le portent doit, elle aussi, être irréprochable.

Mamadou Ndiaye
Recommandé Pour Vous