8 000 Burkinabè expulsés de Guinée : accusations de violences, Ouagadougou réclame des comptes

Rédigé par Dakarposte le Samedi 7 Novembre 2026 à 02:18 modifié le Samedi 7 Novembre 2026 03:18

L'exode forcé de plus de huit mille orpailleurs burkinabès, brutalement reconduits aux frontières de la Guinée, jette une lumière crue sur les tensions qui traversent la sous-région.

Par décret souverain, Conakry a en effet proscrit l’exploitation aurifère artisanale et clandestine dans les contrées septentrionales et orientales de son territoire. Réfugiés de fortune en terre malienne, ces déracinés ont reçu le soutien de leur ministre de la Sécurité, venu fustiger la virulence d'une expulsion menée sans ménagement.

Ce bannissement de masse s'est orchestré dans le secret le plus absolu, au mépris des usages diplomatiques. Ouagadougou déplore une totale absence de concertation préalable.

Mahamadou Sana, ministre burkinabè de la Sécurité, a exprimé son indignation face à des procédés qu’il juge contraires à la dignité humaine : « Sur le sol guinéen, nos compatriotes ont été en proie à des traitements inhumains et dégradants ; les violences ont fait de nombreux blessés, et l'on déplore des pertes en vies humaines.


L'absence de notification préalable est flagrante. Les canaux diplomatiques d'usage — notre consulat honoraire comme notre ambassade à Conakry — ont été superbement ignorés. Une communication en amont nous eût pourtant permis d'organiser un rapatriement digne et ordonné. »

Désormais recueillis par le Mali dans l'attente de leur retour au pays natal, ces artisans de la terre espèrent un geste fort de l'État pour rebâtir leur existence. « Nous implorons le gouvernement burkinabè de guider notre réintégration économique.

Nombre d'entre nous portent des diplômes, d'autres non, mais tous ont été dépouillés de leurs biens dans la tourmente. Nous appelons de nos vœux une réinsertion pérenne », confie Abdoul Kaboré, l'un des naufragés de cette crise.

Dans cette épreuve, l’hospitalité du peuple malien est apparue comme un phare dans la nuit, illustrant de manière concrète la fraternité naissante au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Alimata Zongo, une citoyenne burkinabè établie au Mali, en témoigne avec émotion : « L’élan de solidarité des Maliens, qui se sont empressés d'apporter des vivres, prouve que l’AES n'est pas un vain mot ici, mais une réalité vivante. »

Pour orchestrer ce retour d'envergure, une impressionnante noria de quelque deux cents autobus a été affrétée depuis Ouagadougou. Face à ces graves accusations et au courroux de son voisin, le gouvernement guinéen s'enferme, pour l'heure, dans un mutisme absolu.

Mamadou Ndiaye
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