Dakar, berceau d’un idéal africain de justice et de dignité
Il est des lieux dont la mémoire ne se contente pas d’habiter les murs : elle traverse les générations, inspire les consciences et rappelle aux peuples les promesses dont ils sont les dépositaires. Dakar appartient à cette géographie singulière de l’histoire africaine. En accueillant la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), la capitale sénégalaise renoue avec l’un des moments fondateurs de l’affirmation juridique et morale du continent : l’élaboration de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
C’est dans cette ville, du 28 novembre au 8 décembre 1979, que des experts africains se réunirent pour élaborer l’avant-projet de ce texte majeur, sous la présidence du juge Kéba Mbaye, alors Premier président de la Cour suprême du Sénégal. Adoptée à Nairobi le 27 juin 1981, la Charte entra en vigueur le 21 octobre 1986, consacrant une ambition essentielle : doter l’Afrique d’un instrument juridique propre, capable de protéger la dignité humaine tout en tenant compte de ses réalités historiques, sociales et culturelles.
C’est à la lumière de cet héritage que Maître Moussa Sarr, ministre de la Justice, garde des Sceaux, a prononcé l’allocution d’ouverture de cette session, au nom du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Au-delà des usages protocolaires, son intervention s’est voulue un appel à la responsabilité collective, une invitation à revisiter les fondements de l’engagement africain en faveur des droits humains et, surtout, à transformer les principes proclamés en garanties tangibles pour les populations.
En souhaitant la bienvenue aux commissaires, aux représentants des États membres, aux institutions nationales des droits de l’homme, aux organisations internationales et à la société civile, le ministre a inscrit son propos dans l’hospitalité sénégalaise, cette Téranga qui, dans sa profondeur culturelle, ne se réduit pas à l’accueil de l’autre, mais exprime aussi une certaine conception du respect, de la solidarité et de la fraternité humaine.
Il est des lieux dont la mémoire ne se contente pas d’habiter les murs : elle traverse les générations, inspire les consciences et rappelle aux peuples les promesses dont ils sont les dépositaires. Dakar appartient à cette géographie singulière de l’histoire africaine. En accueillant la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), la capitale sénégalaise renoue avec l’un des moments fondateurs de l’affirmation juridique et morale du continent : l’élaboration de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
C’est dans cette ville, du 28 novembre au 8 décembre 1979, que des experts africains se réunirent pour élaborer l’avant-projet de ce texte majeur, sous la présidence du juge Kéba Mbaye, alors Premier président de la Cour suprême du Sénégal. Adoptée à Nairobi le 27 juin 1981, la Charte entra en vigueur le 21 octobre 1986, consacrant une ambition essentielle : doter l’Afrique d’un instrument juridique propre, capable de protéger la dignité humaine tout en tenant compte de ses réalités historiques, sociales et culturelles.
C’est à la lumière de cet héritage que Maître Moussa Sarr, ministre de la Justice, garde des Sceaux, a prononcé l’allocution d’ouverture de cette session, au nom du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Au-delà des usages protocolaires, son intervention s’est voulue un appel à la responsabilité collective, une invitation à revisiter les fondements de l’engagement africain en faveur des droits humains et, surtout, à transformer les principes proclamés en garanties tangibles pour les populations.
En souhaitant la bienvenue aux commissaires, aux représentants des États membres, aux institutions nationales des droits de l’homme, aux organisations internationales et à la société civile, le ministre a inscrit son propos dans l’hospitalité sénégalaise, cette Téranga qui, dans sa profondeur culturelle, ne se réduit pas à l’accueil de l’autre, mais exprime aussi une certaine conception du respect, de la solidarité et de la fraternité humaine.
Kéba Mbaye et les pionniers : l’héritage d’une Afrique qui pense le droit
La portée de cette rencontre tient également à la filiation intellectuelle et politique qu’elle réveille. Dans son allocution, Maître Moussa Sarr a rendu hommage aux figures qui ont contribué à donner corps à l’idéal africain des droits de l’homme, au premier rang desquelles le juge Kéba Mbaye.
Juriste visionnaire, celui-ci défendait dès 1972 l’idée que le développement devait être considéré comme un droit de l’homme. Cette conception, novatrice pour son époque, a trouvé un écho dans la Charte africaine, qui reconnaît les droits économiques, sociaux et culturels aux côtés des droits civils et politiques. Elle rappelle une vérité fondamentale : la liberté ne saurait être pleinement vécue lorsque la faim, l’ignorance, la maladie ou l’exclusion condamnent des millions de personnes à une existence privée de perspectives.
Aux côtés de Kéba Mbaye, le président Léopold Sédar Senghor a également contribué à la réflexion qui a nourri la volonté de doter l’Afrique d’un instrument juridique fidèle à l’universalité des droits humains, sans pour autant effacer la richesse de ses traditions.
L’hommage du ministre s’est étendu aux juges Youssoupha Ndiaye et El Hadji Guissé, dont les parcours ont marqué l’histoire des institutions africaines de protection des droits humains. En évoquant ces figures, il a rappelé que l’édification d’un système continental de protection des libertés est le fruit d’un engagement patient, d’une volonté politique et d’une conviction profonde : l’Afrique ne doit pas être seulement le destinataire des normes internationales, mais également l’un des lieux où se conçoivent, se défendent et se renouvellent les principes de justice.
Aujourd’hui, la présidence de la Commission assurée par le docteur Idrissa Sow prolonge cette tradition. Pour le Sénégal, cette continuité constitue à la fois un motif de fierté et une exigence supplémentaire, celle de demeurer fidèle à l’esprit des pionniers.
La portée de cette rencontre tient également à la filiation intellectuelle et politique qu’elle réveille. Dans son allocution, Maître Moussa Sarr a rendu hommage aux figures qui ont contribué à donner corps à l’idéal africain des droits de l’homme, au premier rang desquelles le juge Kéba Mbaye.
Juriste visionnaire, celui-ci défendait dès 1972 l’idée que le développement devait être considéré comme un droit de l’homme. Cette conception, novatrice pour son époque, a trouvé un écho dans la Charte africaine, qui reconnaît les droits économiques, sociaux et culturels aux côtés des droits civils et politiques. Elle rappelle une vérité fondamentale : la liberté ne saurait être pleinement vécue lorsque la faim, l’ignorance, la maladie ou l’exclusion condamnent des millions de personnes à une existence privée de perspectives.
Aux côtés de Kéba Mbaye, le président Léopold Sédar Senghor a également contribué à la réflexion qui a nourri la volonté de doter l’Afrique d’un instrument juridique fidèle à l’universalité des droits humains, sans pour autant effacer la richesse de ses traditions.
L’hommage du ministre s’est étendu aux juges Youssoupha Ndiaye et El Hadji Guissé, dont les parcours ont marqué l’histoire des institutions africaines de protection des droits humains. En évoquant ces figures, il a rappelé que l’édification d’un système continental de protection des libertés est le fruit d’un engagement patient, d’une volonté politique et d’une conviction profonde : l’Afrique ne doit pas être seulement le destinataire des normes internationales, mais également l’un des lieux où se conçoivent, se défendent et se renouvellent les principes de justice.
Aujourd’hui, la présidence de la Commission assurée par le docteur Idrissa Sow prolonge cette tradition. Pour le Sénégal, cette continuité constitue à la fois un motif de fierté et une exigence supplémentaire, celle de demeurer fidèle à l’esprit des pionniers.
Au-delà des textes, l’épreuve décisive de l’effectivité
Quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte, le continent dispose d’un arsenal normatif et institutionnel substantiel. Pourtant, l’existence de textes, aussi ambitieux soient-ils, ne suffit pas à garantir la protection effective des personnes. C’est l’un des enseignements majeurs de l’allocution du garde des Sceaux.
« Un système de protection […] ne se mesure pas au nombre de ses textes ou de ses sessions. Il se mesure à ce qu’il change concrètement dans la vie des personnes », a-t-il souligné en substance, mettant ainsi le doigt sur le défi central auquel demeure confronté le système africain des droits de l’homme : réduire la distance entre la norme et la réalité.
Car une recommandation qui demeure sans suite, une décision de justice qui n’est pas exécutée ou un engagement international qui ne se traduit pas dans les politiques publiques fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions. Le droit perd alors une part de sa force, non parce que ses principes seraient dépourvus de pertinence, mais parce que leur application reste incomplète.
La mise en œuvre des décisions et recommandations de la Commission constitue, à cet égard, une priorité. Elle suppose un dialogue permanent entre les États et les mécanismes africains de protection, mais également une appropriation plus systématique de la jurisprudence continentale par les juridictions nationales.
Le ministre a notamment rappelé l’importance de l’atelier régional organisé à Dakar les 9 et 10 juillet précédant son intervention, consacré à cette dynamique. L’enjeu est considérable : faire en sorte que les principes consacrés à l’échelle africaine irriguent les décisions des magistrats, orientent l’action des administrations et renforcent les garanties offertes aux justiciables.
L’effectivité des droits humains ne peut donc reposer sur les seules institutions continentales. Elle exige une responsabilité partagée entre les États, les juridictions nationales, les institutions indépendantes et les citoyens eux-mêmes.
Quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte, le continent dispose d’un arsenal normatif et institutionnel substantiel. Pourtant, l’existence de textes, aussi ambitieux soient-ils, ne suffit pas à garantir la protection effective des personnes. C’est l’un des enseignements majeurs de l’allocution du garde des Sceaux.
« Un système de protection […] ne se mesure pas au nombre de ses textes ou de ses sessions. Il se mesure à ce qu’il change concrètement dans la vie des personnes », a-t-il souligné en substance, mettant ainsi le doigt sur le défi central auquel demeure confronté le système africain des droits de l’homme : réduire la distance entre la norme et la réalité.
Car une recommandation qui demeure sans suite, une décision de justice qui n’est pas exécutée ou un engagement international qui ne se traduit pas dans les politiques publiques fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions. Le droit perd alors une part de sa force, non parce que ses principes seraient dépourvus de pertinence, mais parce que leur application reste incomplète.
La mise en œuvre des décisions et recommandations de la Commission constitue, à cet égard, une priorité. Elle suppose un dialogue permanent entre les États et les mécanismes africains de protection, mais également une appropriation plus systématique de la jurisprudence continentale par les juridictions nationales.
Le ministre a notamment rappelé l’importance de l’atelier régional organisé à Dakar les 9 et 10 juillet précédant son intervention, consacré à cette dynamique. L’enjeu est considérable : faire en sorte que les principes consacrés à l’échelle africaine irriguent les décisions des magistrats, orientent l’action des administrations et renforcent les garanties offertes aux justiciables.
L’effectivité des droits humains ne peut donc reposer sur les seules institutions continentales. Elle exige une responsabilité partagée entre les États, les juridictions nationales, les institutions indépendantes et les citoyens eux-mêmes.
Les valeurs africaines, fondement d’une gouvernance responsable
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les crises sécuritaires, les conflits armés et les conséquences croissantes du changement climatique, le Sénégal plaide pour un retour aux principes fondamentaux de la Charte. Le multilatéralisme, auquel le pays demeure attaché, est soumis à des pressions qui interrogent la capacité des institutions internationales à préserver un ordre fondé sur le droit.
Les conflits au Sahel, au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que les difficultés économiques qui en découlent, pèsent lourdement sur les populations. Ils aggravent les vulnérabilités, détournent des ressources indispensables au développement et compromettent l’exercice de droits pourtant reconnus.
Face à ces bouleversements, Maître Moussa Sarr a défendu une conception des droits humains qui ne les oppose nullement aux valeurs africaines. Bien au contraire, il les a présentés comme le prolongement de traditions anciennes fondées sur la solidarité, le respect de la vie, la justice et la dignité.
La référence à la Charte du Mandé, associée au XIIIe siècle, et à l’expérience politique du Fouta Toro au XVIIIe siècle, notamment à travers l’action de Thierno Souleymane Baal, donne à cette argumentation une profondeur historique particulière. Ces expériences, malgré la diversité de leurs contextes et de leurs formes, témoignent de l’existence, dans les sociétés africaines, de réflexions anciennes sur la protection de la personne, la responsabilité des gouvernants et les limites du pouvoir.
La leçon que le ministre en tire est limpide : l’autorité politique ne saurait se soustraire à l'obligation de rendre compte de son exercice. Le pouvoir n’est légitime que s’il sert la communauté, respecte la personne humaine et demeure soumis à des principes de justice.
Cette conviction revêt une importance particulière pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont le président sénégalais est présenté dans l’allocution comme le président en exercice. L’intégration régionale, a rappelé le ministre, ne peut se limiter aux échanges économiques ou à la coopération politique. Elle doit également reposer sur la protection des libertés, le respect de la dignité humaine et l’accès effectif à la justice.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les crises sécuritaires, les conflits armés et les conséquences croissantes du changement climatique, le Sénégal plaide pour un retour aux principes fondamentaux de la Charte. Le multilatéralisme, auquel le pays demeure attaché, est soumis à des pressions qui interrogent la capacité des institutions internationales à préserver un ordre fondé sur le droit.
Les conflits au Sahel, au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que les difficultés économiques qui en découlent, pèsent lourdement sur les populations. Ils aggravent les vulnérabilités, détournent des ressources indispensables au développement et compromettent l’exercice de droits pourtant reconnus.
Face à ces bouleversements, Maître Moussa Sarr a défendu une conception des droits humains qui ne les oppose nullement aux valeurs africaines. Bien au contraire, il les a présentés comme le prolongement de traditions anciennes fondées sur la solidarité, le respect de la vie, la justice et la dignité.
La référence à la Charte du Mandé, associée au XIIIe siècle, et à l’expérience politique du Fouta Toro au XVIIIe siècle, notamment à travers l’action de Thierno Souleymane Baal, donne à cette argumentation une profondeur historique particulière. Ces expériences, malgré la diversité de leurs contextes et de leurs formes, témoignent de l’existence, dans les sociétés africaines, de réflexions anciennes sur la protection de la personne, la responsabilité des gouvernants et les limites du pouvoir.
La leçon que le ministre en tire est limpide : l’autorité politique ne saurait se soustraire à l'obligation de rendre compte de son exercice. Le pouvoir n’est légitime que s’il sert la communauté, respecte la personne humaine et demeure soumis à des principes de justice.
Cette conviction revêt une importance particulière pour la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont le président sénégalais est présenté dans l’allocution comme le président en exercice. L’intégration régionale, a rappelé le ministre, ne peut se limiter aux échanges économiques ou à la coopération politique. Elle doit également reposer sur la protection des libertés, le respect de la dignité humaine et l’accès effectif à la justice.
Cinq priorités pour donner corps aux droits fondamentaux
Au cœur de son intervention, Maître Moussa Sarr a soumis à la réflexion des commissaires cinq priorités dont la cohérence dessine une véritable feuille de route pour le renforcement de la protection des droits humains en Afrique.
La première priorité concerne l’exécution des décisions et recommandations. L’enjeu consiste à renforcer le dialogue entre les États et la Commission, tout en favorisant l’intégration de la jurisprudence africaine dans les pratiques judiciaires nationales. La crédibilité du système dépend, en définitive, de sa capacité à produire des effets concrets.
La deuxième porte sur la protection de l’espace civique. Une démocratie vivante suppose un débat public libre, ouvert et sûr, dans lequel les libertés d’expression et d’association sont garanties. Les organisations de la société civile et les institutions nationales des droits de l’homme jouent ici un rôle déterminant. Elles alertent sur les violations, accompagnent les victimes, sensibilisent les populations et contribuent à rapprocher les engagements internationaux des réalités locales. Leur indépendance doit, par conséquent, être préservée.
La troisième priorité est celle de la justice sociale et économique. Les droits civils et politiques ne peuvent déployer toute leur portée lorsque l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi décent et aux services essentiels demeure incertain. L’indivisibilité des droits humains signifie précisément qu’aucune catégorie de droits ne peut être durablement dissociée des autres.
Cette exigence concerne tout particulièrement la jeunesse africaine, dont les aspirations doivent trouver une traduction dans les politiques publiques et les mécanismes de participation citoyenne. À cet égard, l’organisation à Dakar des Jeux Olympiques de la Jeunesse, à compter du 31 octobre 2026, a été évoquée comme un symbole de la place que doivent occuper les jeunes dans l’avenir du continent. Au-delà de la dimension sportive, cet événement porte une ambition de rayonnement, d'inclusion et de reconnaissance du droit des jeunes aux loisirs et au sport.
Dans les situations de conflit, la justice sociale revêt une urgence encore plus grande. La guerre détruit les vies, désorganise les communautés, ferme les écoles, compromet l’accès aux soins et prive les populations de sécurité. Le respect des droits humains apparaît ainsi comme un rempart essentiel contre l’instabilité et la désagrégation du lien social.
La quatrième priorité est l’indépendance de la justice. Sans des juridictions capables de statuer à l’abri des pressions et dans le respect des garanties procédurales, les libertés demeurent exposées à l’arbitraire. Le ministre a rappelé, à ce propos, la convocation des Assises de la Justice par le président de la République dès son accession au pouvoir. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de consolider la confiance entre les citoyens et l’institution judiciaire, tout en plaçant la lutte contre l’impunité au cœur de la protection des droits fondamentaux.
L’indépendance judiciaire ne constitue donc pas un privilège corporatiste accordé aux magistrats. Elle est une garantie due aux citoyens, aux victimes et à toute personne qui attend de la justice une décision impartiale.
La cinquième priorité concerne les nouveaux défis auxquels les droits humains sont confrontés. L’intelligence artificielle et les réseaux sociaux transforment les modes de communication, les relations sociales et les mécanismes de diffusion de l’information. Ces évolutions ouvrent de nouvelles perspectives, mais elles soulèvent également des questions relatives aux libertés, à la protection des personnes et à la responsabilité des acteurs publics et privés.
Pour le ministre, l’Afrique doit prendre toute sa place dans la réflexion sur la régulation de ces technologies. Elle ne saurait demeurer à la périphérie de décisions qui façonnent déjà son présent et détermineront largement son avenir.
À ces enjeux s’ajoutent les effets du changement climatique, particulièrement visibles dans les régions sahéliennes, où la raréfaction des ressources, la dégradation des terres et les déplacements de populations peuvent exacerber les tensions. La protection du droit des peuples à un environnement satisfaisant, reconnu par la Charte africaine, prend dès lors une dimension concrète et urgente.
L’apatridie constitue un autre défi majeur. Privées de nationalité, des personnes se heurtent à des obstacles considérables dans l’accès à l’éducation, aux soins, à la justice et à de nombreux services essentiels. En saluant les travaux consacrés aux conséquences du changement climatique sur les droits humains ainsi que la commémoration des soixante-cinq ans de la Convention sur la réduction des cas d’apatridie, le ministre a souligné la nécessité d’une approche globale, attentive aux vulnérabilités contemporaines.
Au cœur de son intervention, Maître Moussa Sarr a soumis à la réflexion des commissaires cinq priorités dont la cohérence dessine une véritable feuille de route pour le renforcement de la protection des droits humains en Afrique.
La première priorité concerne l’exécution des décisions et recommandations. L’enjeu consiste à renforcer le dialogue entre les États et la Commission, tout en favorisant l’intégration de la jurisprudence africaine dans les pratiques judiciaires nationales. La crédibilité du système dépend, en définitive, de sa capacité à produire des effets concrets.
La deuxième porte sur la protection de l’espace civique. Une démocratie vivante suppose un débat public libre, ouvert et sûr, dans lequel les libertés d’expression et d’association sont garanties. Les organisations de la société civile et les institutions nationales des droits de l’homme jouent ici un rôle déterminant. Elles alertent sur les violations, accompagnent les victimes, sensibilisent les populations et contribuent à rapprocher les engagements internationaux des réalités locales. Leur indépendance doit, par conséquent, être préservée.
La troisième priorité est celle de la justice sociale et économique. Les droits civils et politiques ne peuvent déployer toute leur portée lorsque l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi décent et aux services essentiels demeure incertain. L’indivisibilité des droits humains signifie précisément qu’aucune catégorie de droits ne peut être durablement dissociée des autres.
Cette exigence concerne tout particulièrement la jeunesse africaine, dont les aspirations doivent trouver une traduction dans les politiques publiques et les mécanismes de participation citoyenne. À cet égard, l’organisation à Dakar des Jeux Olympiques de la Jeunesse, à compter du 31 octobre 2026, a été évoquée comme un symbole de la place que doivent occuper les jeunes dans l’avenir du continent. Au-delà de la dimension sportive, cet événement porte une ambition de rayonnement, d'inclusion et de reconnaissance du droit des jeunes aux loisirs et au sport.
Dans les situations de conflit, la justice sociale revêt une urgence encore plus grande. La guerre détruit les vies, désorganise les communautés, ferme les écoles, compromet l’accès aux soins et prive les populations de sécurité. Le respect des droits humains apparaît ainsi comme un rempart essentiel contre l’instabilité et la désagrégation du lien social.
La quatrième priorité est l’indépendance de la justice. Sans des juridictions capables de statuer à l’abri des pressions et dans le respect des garanties procédurales, les libertés demeurent exposées à l’arbitraire. Le ministre a rappelé, à ce propos, la convocation des Assises de la Justice par le président de la République dès son accession au pouvoir. Cette initiative s’inscrit dans une volonté de consolider la confiance entre les citoyens et l’institution judiciaire, tout en plaçant la lutte contre l’impunité au cœur de la protection des droits fondamentaux.
L’indépendance judiciaire ne constitue donc pas un privilège corporatiste accordé aux magistrats. Elle est une garantie due aux citoyens, aux victimes et à toute personne qui attend de la justice une décision impartiale.
La cinquième priorité concerne les nouveaux défis auxquels les droits humains sont confrontés. L’intelligence artificielle et les réseaux sociaux transforment les modes de communication, les relations sociales et les mécanismes de diffusion de l’information. Ces évolutions ouvrent de nouvelles perspectives, mais elles soulèvent également des questions relatives aux libertés, à la protection des personnes et à la responsabilité des acteurs publics et privés.
Pour le ministre, l’Afrique doit prendre toute sa place dans la réflexion sur la régulation de ces technologies. Elle ne saurait demeurer à la périphérie de décisions qui façonnent déjà son présent et détermineront largement son avenir.
À ces enjeux s’ajoutent les effets du changement climatique, particulièrement visibles dans les régions sahéliennes, où la raréfaction des ressources, la dégradation des terres et les déplacements de populations peuvent exacerber les tensions. La protection du droit des peuples à un environnement satisfaisant, reconnu par la Charte africaine, prend dès lors une dimension concrète et urgente.
L’apatridie constitue un autre défi majeur. Privées de nationalité, des personnes se heurtent à des obstacles considérables dans l’accès à l’éducation, aux soins, à la justice et à de nombreux services essentiels. En saluant les travaux consacrés aux conséquences du changement climatique sur les droits humains ainsi que la commémoration des soixante-cinq ans de la Convention sur la réduction des cas d’apatridie, le ministre a souligné la nécessité d’une approche globale, attentive aux vulnérabilités contemporaines.
L’éducation aux droits humains, condition d’une protection durable
Aussi ambitieuses soient-elles, ces priorités resteraient incomplètes si les droits humains demeuraient l’apanage des juristes, des diplomates et des institutions spécialisées. La connaissance du droit constitue, en effet, une condition essentielle de son exercice.
On ne peut revendiquer pleinement un droit dont on ignore l’existence, ni contester efficacement une violation sans connaître les garanties que la loi reconnaît. C’est pourquoi Maître Moussa Sarr a insisté sur la nécessité d’une diffusion plus large de la Charte africaine, notamment à travers l’école, les langues nationales et la formation des forces de défense et de sécurité.
Cette orientation traduit une conception profondément démocratique des droits humains : leur protection ne saurait être l’œuvre exclusive des institutions. Elle doit devenir une culture collective, partagée par les citoyens, comprise par les agents publics et intégrée aux pratiques quotidiennes de l’administration.
L’éducation aux droits humains apparaît ainsi comme un investissement de long terme. Elle contribue à prévenir les abus, à renforcer la vigilance citoyenne et à installer durablement le respect de la dignité humaine dans les comportements individuels comme dans l’action publique.
Aussi ambitieuses soient-elles, ces priorités resteraient incomplètes si les droits humains demeuraient l’apanage des juristes, des diplomates et des institutions spécialisées. La connaissance du droit constitue, en effet, une condition essentielle de son exercice.
On ne peut revendiquer pleinement un droit dont on ignore l’existence, ni contester efficacement une violation sans connaître les garanties que la loi reconnaît. C’est pourquoi Maître Moussa Sarr a insisté sur la nécessité d’une diffusion plus large de la Charte africaine, notamment à travers l’école, les langues nationales et la formation des forces de défense et de sécurité.
Cette orientation traduit une conception profondément démocratique des droits humains : leur protection ne saurait être l’œuvre exclusive des institutions. Elle doit devenir une culture collective, partagée par les citoyens, comprise par les agents publics et intégrée aux pratiques quotidiennes de l’administration.
L’éducation aux droits humains apparaît ainsi comme un investissement de long terme. Elle contribue à prévenir les abus, à renforcer la vigilance citoyenne et à installer durablement le respect de la dignité humaine dans les comportements individuels comme dans l’action publique.
Le Sénégal réaffirme son engagement continental
En accueillant cette 89e session ordinaire, le Sénégal entend réaffirmer son attachement à l’universalité et à l’indivisibilité des droits de l’homme, à la dignité humaine et à la justice sociale, principes que le ministre a présentés comme des fondements de l’ordre constitutionnel national.
Cette position s’accompagne d’un engagement renouvelé en faveur d’une collaboration transparente et constructive avec la Commission africaine et l’ensemble de ses mécanismes. Elle repose également sur la conviction que les progrès accomplis par les institutions africaines doivent être consolidés, dans la perspective de 2028, année que l’Union africaine consacrera aux droits de l’homme.
L’enjeu dépasse la seule célébration d’un anniversaire. Il s’agit de mesurer le chemin parcouru, de reconnaître les avancées obtenues et de regarder sans complaisance les insuffisances qui persistent. Car la légitimité d’un système de protection se construit moins dans la solennité des déclarations que dans la capacité à répondre aux attentes des populations.
En filigrane de cette allocution se dessine une exigence : faire du droit un instrument vivant de transformation sociale. La mémoire des pionniers impose aux générations présentes une responsabilité particulière. Si les fondateurs ont eu le mérite de concevoir et d’adopter une Charte ambitieuse, il appartient désormais aux États, aux institutions et aux peuples de lui donner toute sa portée.
En déclarant ouverte la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, au nom du président de la République, Maître Moussa Sarr a ainsi inscrit la rencontre de Dakar dans une double perspective : honorer l’héritage historique de la Charte et renouveler l’engagement en faveur de son application effective.
La véritable fidélité à cet héritage ne se mesurera ni au nombre de cérémonies organisées ni à la seule richesse des textes adoptés. Elle se jugera à l’aune des vies protégées, des injustices réparées, des libertés garanties et des citoyens effectivement reconnus dans leur dignité.
Car, au terme de quarante années d’application de la Charte, le défi majeur de l’Afrique demeure celui-ci : passer de la proclamation des droits à leur réalisation, de la promesse juridique à la justice vécue, et de l’idéal partagé à une réalité quotidienne pour tous les peuples du continent.
En accueillant cette 89e session ordinaire, le Sénégal entend réaffirmer son attachement à l’universalité et à l’indivisibilité des droits de l’homme, à la dignité humaine et à la justice sociale, principes que le ministre a présentés comme des fondements de l’ordre constitutionnel national.
Cette position s’accompagne d’un engagement renouvelé en faveur d’une collaboration transparente et constructive avec la Commission africaine et l’ensemble de ses mécanismes. Elle repose également sur la conviction que les progrès accomplis par les institutions africaines doivent être consolidés, dans la perspective de 2028, année que l’Union africaine consacrera aux droits de l’homme.
L’enjeu dépasse la seule célébration d’un anniversaire. Il s’agit de mesurer le chemin parcouru, de reconnaître les avancées obtenues et de regarder sans complaisance les insuffisances qui persistent. Car la légitimité d’un système de protection se construit moins dans la solennité des déclarations que dans la capacité à répondre aux attentes des populations.
En filigrane de cette allocution se dessine une exigence : faire du droit un instrument vivant de transformation sociale. La mémoire des pionniers impose aux générations présentes une responsabilité particulière. Si les fondateurs ont eu le mérite de concevoir et d’adopter une Charte ambitieuse, il appartient désormais aux États, aux institutions et aux peuples de lui donner toute sa portée.
En déclarant ouverte la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, au nom du président de la République, Maître Moussa Sarr a ainsi inscrit la rencontre de Dakar dans une double perspective : honorer l’héritage historique de la Charte et renouveler l’engagement en faveur de son application effective.
La véritable fidélité à cet héritage ne se mesurera ni au nombre de cérémonies organisées ni à la seule richesse des textes adoptés. Elle se jugera à l’aune des vies protégées, des injustices réparées, des libertés garanties et des citoyens effectivement reconnus dans leur dignité.
Car, au terme de quarante années d’application de la Charte, le défi majeur de l’Afrique demeure celui-ci : passer de la proclamation des droits à leur réalisation, de la promesse juridique à la justice vécue, et de l’idéal partagé à une réalité quotidienne pour tous les peuples du continent.