À Touba, l’incompréhensible accueil qui laisse les mourides sans voix

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 30 Aout 2026 à 01:21 modifié le Dimanche 30 Aout 2026 03:21

Il est des scènes qui surprennent. D’autres qui interrogent. Et puis il en est qui laissent littéralement sans voix. La réception réservée à Sokhna Aïda Diallo au domicile de Serigne Sidy Mbacké Abdou Lahat, à Touba, appartient assurément à cette dernière catégorie.
On en revient difficilement.

Dans quel pays sommes-nous donc ? Que reste-t-il de la cohérence, de la mémoire et de l’autorité morale lorsque des décisions solennelles prises au nom de la sauvegarde de l’ordre et de l’unité d’une communauté religieuse semblent pouvoir être aussitôt relativisées par des gestes d’une tout autre nature ?

Le Sénégal est souvent présenté, à juste titre, comme un pays singulier par son histoire, sa culture religieuse et son rapport particulier à la tolérance.

On dit même qu’il est « un pays spécial ». Mais cette singularité ne saurait devenir le prétexte à toutes les contradictions, ni surtout à une confusion permanente entre tolérance, respect de la personne et validation implicite de positions religieuses contestées.
Car il faut rappeler un fait essentiel : la question de Sokhna Aïda Diallo n’est pas née d’une querelle mondaine. Elle s’inscrit dans un contexte religieux particulièrement sensible, marqué notamment par la position exprimée par le khalife général des mourides, le vénéré Serigne Mountakha Mbacké. Celui-ci avait demandé qu’elle mette fin à certaines pratiques et manifestations considérées comme incompatibles avec les orientations et les enseignements de la confrérie mouride.

Son éloignement de Touba s’inscrivait précisément dans cette volonté de préserver l’ordre spirituel et institutionnel de la cité religieuse.

Dès lors, comment comprendre qu’une personne ayant fait l’objet d’une telle décision puisse être reçue, au cœur même de Touba, avec des marques d’honneur aussi appuyées, et qu’on lui affirme publiquement : « À partir d’aujourd’hui, tu fais partie de ma famille » et qu’elle peut revenir au domicile de son hôte « quand [elle] veut » ?
La question mérite d’être posée avec gravité.

Il ne s’agit évidemment pas de contester à quiconque son droit de recevoir qui il souhaite, ni de nier à Sokhna Aïda Diallo sa dignité humaine.

Le respect dû à toute personne ne saurait être remis en cause. Mais il faut distinguer le respect d’une personne de la reconnaissance publique d’une démarche spirituelle ou d’une posture religieuse.
C’est précisément là que se situe le malaise.

Sokhna Aïda Diallo n’est pas, dans l’espace public, une simple fidèle venue présenter ses condoléances ou rendre une visite familiale. Elle est associée à une posture de guide spirituel et à une organisation religieuse qui ont suscité de profondes controverses au sein de la communauté mouride. C’est cette dimension-là qui rend cette réception particulièrement troublante.

Et lorsque l’accueil intervient, qui plus est, dans la maison d’un descendant de Serigne Abdou Ahad Mbacké, figure éminente de l’histoire du mouridisme, l’interrogation devient plus vive encore.

Que doit comprendre le simple talibé ?

Doit-il considérer que les orientations édictées par l’autorité spirituelle suprême peuvent être interprétées à géométrie variable ? Doit-il croire qu’une décision prise pour préserver l’unité et la sérénité de Touba peut être contournée, sinon dans sa lettre, du moins dans son esprit, par des gestes publics de cette nature ?
Voilà pourquoi tant de fidèles restent perplexes.

En tant que mouride, il est possible de ressentir de la tristesse, de l’incompréhension, voire de la honte devant une situation qui donne l’impression que les repères sont devenus flous. Non pas parce qu’une personne a été reçue — la tradition de l’hospitalité et de la courtoisie n’a jamais été étrangère au mouridisme — mais parce que les symboles comptent.

À Touba plus qu’ailleurs, les symboles parlent.
Et celui qui reçoit avec solennité ne peut ignorer la portée du geste qu’il accomplit.
Le problème n’est donc pas seulement celui d’une visite. Il est celui du message envoyé.

Que signifie-t-on au talibé lorsque celle qui avait été éloignée de la cité religieuse par le khalife général est désormais accueillie avec des égards particuliers et assurée publiquement de pouvoir revenir à sa guise ? Que signifie-t-on à ceux qui, par respect pour les recommandations du khalife, ont accepté
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