À l’Assemblée nationale, le bras de fer entre Ousmane Sonko et Abdou Mbow ravive les tensions politiques

Rédigé par Dakarposte le Jeudi 20 Aout 2026 à 12:19 modifié le Jeudi 20 Aout 2026 14:19

En pleine séance plénière consacrée à l’examen du projet de loi relatif à la protection des infrastructures d’information critiques et à la cybersécurité, l’Assemblée nationale a, une nouvelle fois, été le théâtre d’un affrontement verbal révélateur de la tension qui traverse actuellement la scène politique sénégalaise.

Entre Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, et Abdou Mbow, le débat parlementaire a momentanément cédé la place à une passe d’armes dont la virulence témoigne de la profondeur des antagonismes entre majorité et opposition.

Tout est parti d’une intervention de Guy Marius Sagna, qui estimait qu’il n’existait pas, à proprement parler, de crise au Sénégal, mais plutôt une « trahison du président de la République ». Une lecture aussitôt contestée par Abdou Mbow, pour qui le pays traverse bel et bien une crise.

Pour étayer son propos, le député de l’opposition a évoqué les accusations relatives à l’utilisation de fonds destinés à la paix en Casamance, allant jusqu’à déclarer que, dans un pays où d’anciens Premiers ministres auraient détourné de tels fonds à des fins personnelles, « il y a crise ».

La sortie d’Abdou Mbow a immédiatement provoqué la réaction d’Ousmane Sonko. Le président de l’Assemblée nationale lui a rappelé que les débats devaient demeurer centrés sur le texte soumis à l’examen, en l’occurrence le projet de loi portant sur la cybersécurité. Cette exigence du respect de l’ordre du jour et du règlement des débats relève de la responsabilité inhérente à la présidence de l’institution parlementaire, dont le titulaire est chargé de garantir la sérénité des séances et l’équilibre des échanges.

Mais derrière cette apparente querelle de procédure se dessine une confrontation politique plus profonde.
Depuis plusieurs mois, Ousmane Sonko fait l’objet d’attaques répétées de la part de plusieurs figures de l’opposition, parmi lesquelles Abdou Mbow et d’autres responsables de son camp, qui contestent ouvertement son action et n’hésitent pas à le prendre directement à partie dans l’espace public comme dans l’hémicycle.

Le président de l’Assemblée nationale se retrouve ainsi au cœur d’un affrontement où sa fonction institutionnelle se superpose inévitablement à son poids politique.
C’est précisément cette situation qui donne à la scène une portée particulière.

En présidant les débats, Ousmane Sonko doit, en principe, se placer au-dessus de la mêlée partisane et faire respecter les règles communes à tous les parlementaires. Mais il demeure, dans le même temps, une personnalité politique majeure, directement visée par les critiques de ses adversaires.
Il lui revient donc de concilier l’autorité attachée à sa fonction avec l’exigence d’impartialité que commande la direction des travaux parlementaires. Une équation délicate, particulièrement lorsque les attaques personnelles viennent perturber le déroulement normal des débats.

Face à la persistance d’Abdou Mbow, Ousmane Sonko a fini par hausser le ton : « Soit vous restez sur le sujet, soit on vous fait sortir de la même manière que la dernière fois ».
Une formule lourde de sous-entendus, faisant référence à un précédent incident au cours duquel Abdou Mbow avait été évacué de l’hémicycle par la gendarmerie après avoir refusé de quitter le pupitre. Cette menace de rappel à l’ordre, si elle traduit la volonté du président de séance de préserver l’autorité de l’institution, a également contribué à durcir davantage un climat déjà électrique.

Abdou Mbow n’a toutefois pas désarmé. S’adressant directement au président de l’Assemblée nationale, il lui a reproché de laisser Guy Marius Sagna s’en prendre au président de la République tout en cherchant à empêcher l’opposition de parler de lui : « Vous ne pouvez pas laisser Guy Marius Sagna attaquer ici le président et refuser qu’on parle de vous. On le dira partout. » Par cette réplique, le député a clairement déplacé le débat du terrain législatif vers celui de la confrontation politique, assumant une stratégie d’interpellation directe du président de l’institution.

Cet épisode illustre surtout la difficulté, pour Ousmane Sonko, d’exercer sa fonction dans un environnement politique où il demeure lui-même une cible privilégiée de l’opposition.
Les attaques d’Abdou Mbow et de ses alliés ne portent plus seulement sur les orientations de la majorité : elles visent frontalement sa personne, son bilan, son rôle dans la conduite des affaires publiques et désormais son exercice de la présidence de l’Assemblée nationale.

Cette contestation permanente place le président de l’institution dans une position particulièrement exposée.
Il serait toutefois réducteur de considérer cet affrontement comme une simple querelle entre deux hommes.
Au-delà des invectives, c’est la conception même du débat démocratique qui se trouve posée. Une Assemblée nationale ne peut être ni un espace où la majorité impose systématiquement le silence à l’opposition, ni une tribune où chaque texte de loi sert de prétexte à des attaques personnelles et à des règlements de comptes politiques.

La liberté de parole des députés constitue un principe essentiel du débat parlementaire, mais elle ne saurait se confondre avec l’affranchissement des règles qui organisent les séances.

Dans ce contexte, l’autorité du président de l’Assemblée nationale ne peut être durablement fondée sur la seule capacité à faire évacuer un parlementaire ou à interrompre une intervention.
Elle doit surtout reposer sur la force du règlement, la constance dans son application et l’équité avec laquelle celui-ci est opposé à tous, majorité comme opposition.

De la même manière, la liberté de ton revendiquée par les députés de l’opposition gagne en crédibilité lorsqu’elle s’exerce dans le respect des institutions et sans transformer systématiquement les débats législatifs en procès politiques.
La scène de ce jeudi révèle ainsi une Assemblée nationale devenue l’un des principaux théâtres de la bataille politique sénégalaise. Ousmane Sonko y subit désormais frontalement les attaques de ses adversaires, qui le vilipendent ouvertement et cherchent à exploiter chacune de ses prises de position pour fragiliser son autorité.
À lui, en tant que président de l’institution, de démontrer que l’autorité parlementaire peut s’exercer sans arbitraire et que la fermeté peut parfaitement s’accommoder de l’impartialité.
À l’opposition, de son côté, de prouver que la virulence de ses critiques peut nourrir le débat démocratique sans contribuer à l’affaiblissement des institutions qu’elle prétend précisément défendre.
Car derrière le tumulte des invectives et les éclats de voix, demeure une évidence : lorsque l’hémicycle devient le miroir des fractures politiques du pays, chaque parole prononcée engage bien davantage que celui qui la profère.
Elle engage la crédibilité de la représentation nationale elle-même.

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