À l’ONU, Macron hausse le ton sur Gaza : « Un spectacle qui nous fait honte à tous »

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 23 Septembre 2026 à 01:28 modifié le Mercredi 23 Septembre 2026 03:28

Emmanuel Macron a choisi la tribune des Nations Unies pour durcir le ton. Pour son dernier grand discours devant l’Assemblée générale de l’ONU en tant que président français, le chef de l’État du pays de Marianne a livré un réquisitoire particulièrement ferme contre l’impuissance de la communauté internationale face à la situation à Gaza et en Cisjordanie.

« Quelle est notre crédibilité si nous continuons de rester inactifs face à Gaza ? », a lancé le président français, avant de poser une question qui a résonné avec une particulière gravité dans l’enceinte onusienne : « Devons-nous contempler ce spectacle qui nous fait honte à tous ? » Selon Macron, la « paix prétendue » dont certains se prévalent n’a pas permis de rouvrir les voies humanitaires dans l’enclave palestinienne.

Un an après avoir annoncé à cette même tribune la reconnaissance française de l’État de Palestine, Emmanuel Macron entend désormais dépasser le seul geste diplomatique. Il a défendu la solution à deux États comme l’horizon politique permettant de garantir à la fois les droits du peuple palestinien et la sécurité d’Israël.

À ses yeux, l’absence d’action face à la situation à Gaza ne compromet pas seulement la crédibilité des puissances occidentales : elle fragilise également la perspective d’un règlement durable.

Le président français a également pointé la situation en Cisjordanie, dénonçant les violences et les violations qu’il dit y observer quotidiennement. Il a notamment souligné que le Hamas n’y avait pas exercé le même rôle que dans la bande de Gaza, estimant que les faits commis en Cisjordanie contribuent à rendre chaque jour plus difficile l’émergence d’un État palestinien viable.

Macron a parallèlement réaffirmé son attachement à la sécurité d’Israël et de son peuple, mais a rejeté l’idée selon laquelle cette sécurité pourrait être durablement assurée au prix de la souveraineté des voisins d’Israël. Une telle logique, a-t-il averti, « affaiblit la sécurité d’Israël pour aujourd’hui et pour demain ».

Le contraste entre cette fermeté verbale et les actes diplomatiques de la France nourrit toutefois les interrogations. Le débat est notamment ravivé par les relations que Paris continue d’entretenir avec Israël, alors même que la France entend se présenter comme l’un des moteurs diplomatiques de la solution à deux États.

Des observateurs ont ainsi relevé l’écart entre la portée politique du discours français et les limites de son influence concrète sur le cours des événements.

Mais Emmanuel Macron ne s’est pas arrêté au conflit israélo-palestinien. Son intervention a également été conçue comme une défense du multilatéralisme face à ce qu’il décrit comme le retour de la « loi de la jungle ». Le président français a appelé les États à ne rien céder à la logique de puissance et à redonner aux Nations Unies leur capacité d’action dans un monde marqué par la fragmentation des rapports internationaux.

Sur la guerre en Ukraine, il a proposé un « double moratoire » portant sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et civiles, ainsi qu’un moratoire en mer Noire destiné notamment à faciliter la circulation des céréales et à répondre aux préoccupations liées à la sécurité alimentaire.

Le président français a également plaidé pour une plus grande autonomie technologique, appelant les États qui souhaitent préserver leur indépendance à unir leurs moyens afin de développer une intelligence artificielle de pointe qui ne soit pas exclusivement dépendante des États-Unis ou de la Chine.

Ainsi, derrière les mots particulièrement durs employés sur Gaza, c’est une certaine conception de l’ordre international qu’Emmanuel Macron a voulu défendre : celle d’un monde où la puissance ne saurait s'affranchir du droit, où la souveraineté des peuples doit être respectée et où l’ONU doit demeurer le lieu privilégié du dialogue entre les nations.

Reste cependant la question essentielle, celle qui dépasse désormais les discours : comment transformer l’indignation exprimée à la tribune de l’ONU en actes diplomatiques capables de produire des résultats concrets sur le terrain ? Car à Gaza, l’écart entre les proclamations solennelles et la réalité vécue par les populations demeure précisément ce que Macron lui-même a placé au cœur de son réquisitoire. Et c’est peut-être là que réside toute la force, mais aussi toute la difficulté, de sa formule : un monde qui regarde sans agir finit par se condamner lui-même à contempler le spectacle qu’il prétend dénoncer.

Mamadou Ndiaye
Recommandé Pour Vous