À la SAR, l’exigence de transparence ne saurait être une revendication de trop

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 2 Septembre 2026 à 17:20 modifié le Mercredi 2 Septembre 2026 19:20

À la Société Africaine de Raffinage , le malaise ne semble plus pouvoir être réduit à une simple divergence entre le personnel et la direction. Derrière les revendications exprimées, c’est une conception de la gestion de l’entreprise, du respect des procédures et de la reconnaissance des compétences internes qui se trouve désormais posée.

La première préoccupation demeure celle des recrutements. Il ne s’agit pas, contrairement à ce que certains pourraient laisser entendre, de contester par principe toute arrivée de nouveaux collaborateurs.

Une entreprise a besoin, à certains moments, de renouveler ses effectifs, d’acquérir de nouvelles compétences et de préparer son avenir. Mais encore faut-il que ces recrutements obéissent à des procédures normales, transparentes et équitables.
C’est précisément sur ce terrain que les inquiétudes du personnel prennent tout leur sens.
Lorsqu’un poste devient vacant, pourquoi ne pas commencer par regarder du côté de celles et ceux qui, depuis des années, connaissent l’entreprise, en maîtrisent les métiers, en portent la mémoire et ont démontré leurs compétences ? La promotion interne ne devrait pas être considérée comme une faveur accordée à quelques privilégiés. Elle constitue, dans toute organisation soucieuse de valoriser ses ressources humaines, un instrument de reconnaissance, de fidélisation et de motivation.

Une entreprise qui recrute systématiquement à l’extérieur pour des fonctions que ses propres agents pourraient assumer finit par envoyer un signal désastreux à ses salariés : celui que l’expérience acquise à l’intérieur compte moins que les réseaux ou les considérations étrangères au mérite professionnel.
Et c’est précisément ce que les travailleurs refusent de voir s’installer.

Ils demandent que les règles soient les mêmes pour tous, que les postes soient pourvus selon des critères clairement établis et que les compétences soient évaluées avant les appartenances, les affinités ou les considérations politiques. Ce n’est pas une revendication excessive. C’est le minimum que l’on puisse attendre d’une entreprise moderne, particulièrement lorsqu’elle exerce une activité stratégique et qu’elle engage, directement ou indirectement, les intérêts de la collectivité.

La question des recrutements ne peut donc être isolée de celle de la gouvernance. Là où les procédures sont floues, la suspicion prospère. Là où les critères ne sont pas connus, le soupçon de favoritisme s’installe. Et là où les salariés ne comprennent plus les décisions qui concernent leur propre avenir professionnel, la confiance finit inévitablement par se fissurer.

Il faut également distinguer cette revendication d’autres préoccupations qui peuvent traverser aujourd’hui le personnel. Le message semble clair : toutes les questions pourront être posées, toutes les difficultés pourront être discutées, mais l’urgence, pour l’heure, porte sur les recrutements et sur la nécessité de mettre fin à ce qui est perçu comme une politisation des choix professionnels.
Car une entreprise ne peut durablement fonctionner si le recrutement devient un prolongement du rapport de forces politiques. Le personnel n’a pas vocation à être classé selon ses fidélités supposées, ses proximités ou ses appartenances. Il doit être jugé sur son travail, sa compétence, son expérience et sa capacité à contribuer aux objectifs de l’entreprise.
La compétence ne devrait avoir ni parti ni couleur.
Elle devrait simplement avoir droit de cité.


Dans ce contexte, le rassemblement organisé par les travailleurs, avec le port du brassard rouge, apparaît également comme une manifestation de cette volonté de faire entendre une parole collective. Dans l’ensemble, la journée s’est déroulée dans de bonnes conditions. Mais son dénouement mérite d’être relevé : alors que les travailleurs souhaitaient lire un communiqué devant le personnel, la direction n’a pas autorisé la tenue de cette prise de parole à l’intérieur des locaux.

Le rassemblement envisagé à l’extérieur s’est ensuite heurté aux recommandations préfectorales demandant aux organisateurs de surseoir à l’initiative. Ces derniers ont choisi de respecter cette recommandation et ont annoncé le report du rassemblement au mardi à 17 heures, dans le respect des dispositions et des recommandations des autorités compétentes.

Ce respect des règles mérite d’être souligné. Une revendication sociale n’a nul besoin de s’affranchir de la légalité pour être légitime. Au contraire : c’est précisément en demeurant dans le cadre légal que les travailleurs peuvent donner davantage de force et de crédibilité à leur combat.
Mais le respect des règles doit être réciproque.

Si les travailleurs doivent respecter les prescriptions administratives et les règles encadrant les rassemblements, la direction doit, elle aussi, entendre la substance de leur message. Le dialogue social ne peut être réduit à une formalité protocolaire convoquée lorsque la tension devient trop forte. Il doit intervenir en amont, lorsque les problèmes commencent à apparaître, avant que le silence ne transforme les frustrations en conflit ouvert.

Refuser d’entendre une revendication ne la fait pas disparaître. La repousser ne fait que lui donner le temps de s'enraciner.

La question est donc désormais de savoir si la direction acceptera d’ouvrir un véritable espace de discussion autour des recrutements et des mécanismes de promotion interne. Une solution durable passerait nécessairement par des critères transparents, des procédures connues, des appels à candidatures lorsque cela est pertinent, une évaluation objective des profils et une véritable possibilité pour les salariés de faire valoir leurs compétences.
Ce serait, au demeurant, la meilleure manière de couper court aux accusations de favoritisme ou de recrutement politique. La transparence ne protège pas seulement les travailleurs ; elle protège aussi la direction contre les soupçons et les procès d’intention.


À la SAR, l’enjeu dépasse donc le seul remplissage de quelques postes. Il touche à la dignité professionnelle de ceux qui y travaillent, à la crédibilité de la gouvernance et, plus largement, à l’idée que l’on se fait d’une entreprise publique ou stratégique dans un État de droit.

Les salariés ne demandent pas nécessairement que toutes les portes soient fermées aux recrutements extérieurs. Ils demandent que celles qui existent déjà à l’intérieur ne soient pas systématiquement ignorées.

Ils ne réclament pas que l’on distribue des postes par ancienneté. Ils demandent que l’expérience et la compétence soient réellement prises en considération.
Ils ne demandent pas davantage un privilège. Ils demandent une règle.
Et dans une entreprise, comme dans une République, la règle n’a de sens que lorsqu’elle s’applique à tous.
C’est pourquoi la direction aurait tout intérêt à considérer cette mobilisation non comme une menace, mais comme un avertissement utile. Une entreprise qui sait écouter son personnel peut corriger ses dysfonctionnements avant qu’ils ne deviennent des crises. Une entreprise qui refuse d’entendre finit, tôt ou tard, par découvrir que le silence n’était qu’une illusion.

À la SAR, le temps n’est donc plus aux non-dits. Il est à la clarification, à la transparence et au dialogue.
Parce qu’au fond, la revendication est d’une simplicité désarmante : que les postes soient attribués selon des règles, que les compétences soient reconnues, que la promotion interne retrouve toute sa place et que les considérations politiques ne viennent pas brouiller ce qui devrait demeurer une affaire de mérite professionnel.
Ce n’est pas demander trop.
C’est simplement demander que, dans l’entreprise, le travail compte davantage que les réseaux.

Mamadou Ndiaye
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