L’appel à candidatures lancé pour désigner le prochain directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) constitue, en principe, une démarche qui mérite d’être saluée.
Dans une administration moderne, la transparence, la compétition des compétences et l’égalité des chances ne doivent pas être de simples formules de circonstance : elles doivent être les fondements mêmes de la sélection des dirigeants des institutions publiques.
C’est précisément pour cette raison que la prise de position de l’Amicale des Cadres de l’ARTP, dans son communiqué du 17 août 2026, appelle à une certaine réserve. Que des cadres d’une institution souhaitent voir leur expertise reconnue est parfaitement compréhensible.
Qu’ils rappellent leur connaissance des télécommunications, du numérique, des postes, des mécanismes de régulation et de la mémoire institutionnelle de l’Autorité relève même d’une légitime fierté professionnelle. Mais entre la défense de l’expertise interne et la revendication, même implicite, d’une forme de préférence institutionnelle, la frontière est ténue.
Un appel à candidatures ne rime pas avec corporatisme.
Dès lors que les autorités ont choisi d’ouvrir la compétition, il faut avoir le courage d’en accepter pleinement la logique. Une procédure ouverte suppose que des profils venus de l’intérieur comme de l’extérieur puissent concourir dans les mêmes conditions, être évalués selon les mêmes critères et se soumettre au même examen. La compétence ne porte pas de carte d’adhérent, pas plus qu’elle ne se mesure au nombre d’années passées dans les couloirs d’une institution.
La connaissance intime de l’ARTP est incontestablement un atout. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, un titre de propriété sur la fonction de directeur général.
L’Autorité n’est la propriété ni de ses cadres, ni de son amicale, ni de ceux qui y ont construit leur carrière. Elle appartient à la République et doit être dirigée par la personne que la procédure retiendra comme la plus apte à servir ses intérêts, à quelque horizon professionnel qu’elle appartienne.
C’est pourquoi il serait plus sage de laisser la procédure aller jusqu’à son terme, sans pression, sans signaux subliminaux et sans tentative d’orienter le choix final. Car, à force d’insister sur les candidatures internes, l’Amicale des Cadres risque précisément de produire l’effet inverse de celui qu’elle recherche : donner le sentiment qu’elle souhaite peser sur une décision qui devrait relever exclusivement d’une appréciation objective des compétences, de l’intégrité, de l’indépendance, de l’expérience et des capacités managériales des candidats.
Si le processus est réellement transparent, pourquoi vouloir déjà en dessiner l’issue ?
Et si un candidat externe venait finalement à être retenu, quelle raison y aurait-il de considérer cette arrivée comme une menace ?
Un nouveau directeur général, s’il venait de l’extérieur et présentait les qualités requises, pourrait précisément enrichir l’Amicale des Cadres d’une compétence supplémentaire, d’une expérience différente et d’un regard neuf. Une institution vivante ne se nourrit pas uniquement de sa mémoire ; elle se régénère aussi par la confrontation des expériences, l’apport de nouvelles méthodes et l’ouverture à d’autres cultures professionnelles.
L’ouverture n’est pas une faiblesse. Elle est souvent la meilleure protection contre l’entre-soi.
Il y a d’ailleurs, dans cette démarche, une question qui mérite d’être posée sans animosité, mais avec toute la rigueur que commande le débat public : si l’argument essentiel consiste à défendre les intérêts et la valeur des cadres internes de l’ARTP, pourquoi l’Amicale ne plaiderait-elle pas également pour le maintien de l’actuel directeur général, qui, naturellement, appartient à cet environnement institutionnel et en connaît déjà les rouages ?
Cette interrogation ne vise nullement à défendre une personne plutôt qu’une autre. Elle souligne simplement une contradiction : on ne peut, d’un côté, réclamer une procédure ouverte au nom de la transparence et, de l’autre, chercher à influencer cette même procédure en mettant publiquement en avant une catégorie déterminée de candidats.
Le mérite ne doit pas être préempté avant même que les candidatures aient été examinées.
L’ARTP mérite mieux qu’un affrontement entre « internes » et « externes ». Elle mérite une sélection débarrassée de tout biais, de toute pression corporatiste et de toute préférence préétablie. Le meilleur candidat devra être celui dont le parcours, la vision, l’intégrité et les aptitudes répondent le plus exactement aux exigences de la fonction. S’il est issu de l’ARTP, il faudra s’en réjouir.
S’il vient d’une autre institution, du secteur privé, de la régulation ou d’une autre administration, il faudra également respecter le choix opéré sur la base des critères annoncés.
C’est à cette seule condition que l’appel à candidatures conservera tout son sens.
La véritable élégance institutionnelle consisterait donc, pour l’Amicale des Cadres, à accueillir le futur directeur général avant même de connaître son nom, avec la même disponibilité professionnelle qu’il soit l’un des siens ou qu’il arrive d’un autre univers. Car l’Amicale gagnerait davantage à se concevoir comme un espace d’excellence ouvert sur le monde que comme une forteresse destinée à préserver des intérêts corporatistes.
Il faut laisser les candidatures être déposées, les dossiers être examinés, les profils être comparés et les critères être appliqués avec la même rigueur à chacun. Il faut surtout laisser la procédure aller jusqu’au bout.
C’est seulement lorsque le processus aura été conduit sans biais, dans la transparence et le respect des règles, que le Sénégal pourra considérer que le choix du prochain directeur général de l’ARTP procède véritablement du mérite.
La meilleure manière de défendre l’expertise interne n’est pas de réclamer qu’elle soit privilégiée.
C’est de lui faire confiance pour gagner, à armes égales, dans une compétition ouverte.
Et si elle ne gagne pas, c’est peut-être qu’une compétence nouvelle était précisément nécessaire à l’institution.
La République ne doit rien aux chapelles. Elle doit tout au mérite.
Dans une administration moderne, la transparence, la compétition des compétences et l’égalité des chances ne doivent pas être de simples formules de circonstance : elles doivent être les fondements mêmes de la sélection des dirigeants des institutions publiques.
C’est précisément pour cette raison que la prise de position de l’Amicale des Cadres de l’ARTP, dans son communiqué du 17 août 2026, appelle à une certaine réserve. Que des cadres d’une institution souhaitent voir leur expertise reconnue est parfaitement compréhensible.
Qu’ils rappellent leur connaissance des télécommunications, du numérique, des postes, des mécanismes de régulation et de la mémoire institutionnelle de l’Autorité relève même d’une légitime fierté professionnelle. Mais entre la défense de l’expertise interne et la revendication, même implicite, d’une forme de préférence institutionnelle, la frontière est ténue.
Un appel à candidatures ne rime pas avec corporatisme.
Dès lors que les autorités ont choisi d’ouvrir la compétition, il faut avoir le courage d’en accepter pleinement la logique. Une procédure ouverte suppose que des profils venus de l’intérieur comme de l’extérieur puissent concourir dans les mêmes conditions, être évalués selon les mêmes critères et se soumettre au même examen. La compétence ne porte pas de carte d’adhérent, pas plus qu’elle ne se mesure au nombre d’années passées dans les couloirs d’une institution.
La connaissance intime de l’ARTP est incontestablement un atout. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, un titre de propriété sur la fonction de directeur général.
L’Autorité n’est la propriété ni de ses cadres, ni de son amicale, ni de ceux qui y ont construit leur carrière. Elle appartient à la République et doit être dirigée par la personne que la procédure retiendra comme la plus apte à servir ses intérêts, à quelque horizon professionnel qu’elle appartienne.
C’est pourquoi il serait plus sage de laisser la procédure aller jusqu’à son terme, sans pression, sans signaux subliminaux et sans tentative d’orienter le choix final. Car, à force d’insister sur les candidatures internes, l’Amicale des Cadres risque précisément de produire l’effet inverse de celui qu’elle recherche : donner le sentiment qu’elle souhaite peser sur une décision qui devrait relever exclusivement d’une appréciation objective des compétences, de l’intégrité, de l’indépendance, de l’expérience et des capacités managériales des candidats.
Si le processus est réellement transparent, pourquoi vouloir déjà en dessiner l’issue ?
Et si un candidat externe venait finalement à être retenu, quelle raison y aurait-il de considérer cette arrivée comme une menace ?
Un nouveau directeur général, s’il venait de l’extérieur et présentait les qualités requises, pourrait précisément enrichir l’Amicale des Cadres d’une compétence supplémentaire, d’une expérience différente et d’un regard neuf. Une institution vivante ne se nourrit pas uniquement de sa mémoire ; elle se régénère aussi par la confrontation des expériences, l’apport de nouvelles méthodes et l’ouverture à d’autres cultures professionnelles.
L’ouverture n’est pas une faiblesse. Elle est souvent la meilleure protection contre l’entre-soi.
Il y a d’ailleurs, dans cette démarche, une question qui mérite d’être posée sans animosité, mais avec toute la rigueur que commande le débat public : si l’argument essentiel consiste à défendre les intérêts et la valeur des cadres internes de l’ARTP, pourquoi l’Amicale ne plaiderait-elle pas également pour le maintien de l’actuel directeur général, qui, naturellement, appartient à cet environnement institutionnel et en connaît déjà les rouages ?
Cette interrogation ne vise nullement à défendre une personne plutôt qu’une autre. Elle souligne simplement une contradiction : on ne peut, d’un côté, réclamer une procédure ouverte au nom de la transparence et, de l’autre, chercher à influencer cette même procédure en mettant publiquement en avant une catégorie déterminée de candidats.
Le mérite ne doit pas être préempté avant même que les candidatures aient été examinées.
L’ARTP mérite mieux qu’un affrontement entre « internes » et « externes ». Elle mérite une sélection débarrassée de tout biais, de toute pression corporatiste et de toute préférence préétablie. Le meilleur candidat devra être celui dont le parcours, la vision, l’intégrité et les aptitudes répondent le plus exactement aux exigences de la fonction. S’il est issu de l’ARTP, il faudra s’en réjouir.
S’il vient d’une autre institution, du secteur privé, de la régulation ou d’une autre administration, il faudra également respecter le choix opéré sur la base des critères annoncés.
C’est à cette seule condition que l’appel à candidatures conservera tout son sens.
La véritable élégance institutionnelle consisterait donc, pour l’Amicale des Cadres, à accueillir le futur directeur général avant même de connaître son nom, avec la même disponibilité professionnelle qu’il soit l’un des siens ou qu’il arrive d’un autre univers. Car l’Amicale gagnerait davantage à se concevoir comme un espace d’excellence ouvert sur le monde que comme une forteresse destinée à préserver des intérêts corporatistes.
Il faut laisser les candidatures être déposées, les dossiers être examinés, les profils être comparés et les critères être appliqués avec la même rigueur à chacun. Il faut surtout laisser la procédure aller jusqu’au bout.
C’est seulement lorsque le processus aura été conduit sans biais, dans la transparence et le respect des règles, que le Sénégal pourra considérer que le choix du prochain directeur général de l’ARTP procède véritablement du mérite.
La meilleure manière de défendre l’expertise interne n’est pas de réclamer qu’elle soit privilégiée.
C’est de lui faire confiance pour gagner, à armes égales, dans une compétition ouverte.
Et si elle ne gagne pas, c’est peut-être qu’une compétence nouvelle était précisément nécessaire à l’institution.
La République ne doit rien aux chapelles. Elle doit tout au mérite.