Il fallait oser. Deux ans après le décaissement de 37 milliards de francs CFA au titre de l’avance consentie pour le projet d’électrification rurale, José Ángel González Tausz s’est exprimé dans les colonnes de Walf Quotidien du jeudi 14 août 2026.
Dans une analyse au ton particulièrement incisif, notre confrère Bachir Fofana, journaliste et auteur de l’ouvrage « Aveux, signés, datés et envoyés », estime que cette sortie médiatique soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. Le titre de Une — « José sort des ténèbres » — lui inspire notamment l’idée d’une communication qui relèverait davantage de l’enfumage que de l’éclairage. Attendu, selon lui, sur les conditions d’utilisation des fonds déjà décaissés, José Ángel González Tausz aurait plutôt choisi de poser à son tour une question : où sont les 84 millions d’euros restants du projet ? Une inversion des rôles que Bachir Fofana assimile, non sans ironie, à celle d’un locataire qui, après plusieurs mois d’impayés, réclamerait les clés d’un second appartement.
Dans cette affaire, écrit notre confrère, les chiffres constituent le premier fil conducteur. Le 11 juin 2024, une somme de 56 millions d’euros, soit environ 37 milliards de francs CFA, a été décaissée au profit d’AEE Power EPC. Or, le 19 décembre 2025, dix-huit mois plus tard, l’ASER aurait, dans un courriel cité par l’auteur, recensé seulement 25 localités électrifiées sur les 1 740 prévues. Soit, selon son calcul, un taux de réalisation de 1,43 %, alors que 40 % du financement auraient déjà été consommés et que plus de la moitié du délai contractuel se serait écoulée.
« Voilà le dossier », résume en substance Bachir Fofana, considérant que le reste de l’interview tendrait à déplacer le centre de gravité de l’affaire vers d’autres considérations.
S’agissant des 84 millions d’euros présentés comme « bloqués », le journaliste rappelle que la banque Santander et la CESCE, l’agence espagnole de crédit à l’exportation, auraient fourni des explications écrites dès le 18 décembre 2025.
Dans une correspondance adressée au ministre Secrétaire général du gouvernement, elles auraient indiqué qu’aucun nouveau décaissement ne pourrait intervenir tant que les 37 milliards déjà versés n’auraient pas été justifiés. Le 23 février 2026, la CESCE aurait, dans une réponse adressée à l’ambassadeur du Sénégal, précisé qu’aucune demande de décaissement supplémentaire n’avait été introduite par les autorités sénégalaises. Dès lors, s’interroge Bachir Fofana, comment comprendre que José réclame publiquement des fonds qui, selon cette correspondance, n’auraient même pas été sollicités auprès de la banque ?
Sur la question de l’avance de démarrage, l’auteur rappelle qu’il ne conteste nullement son principe contractuel. C’est précisément, écrit-il, là que résiderait le problème : une avance n’est pas un cadeau, mais un financement qui doit trouver sa justification dans des travaux effectivement réalisés et constatés.
Selon lui, le bailleur réclamerait depuis deux ans les pièces justificatives nécessaires, sans obtenir, à ce stade, les éléments attendus. Pas de bon de commande, pas de décompte validé. Et José Ángel González Tausz aurait lui-même reconnu, au cours de son entretien, que « les factures présentées ne sont pas encore approuvées ». Pour Bachir Fofana, cette déclaration constitue un élément particulièrement significatif.
Vient ensuite, poursuit notre confrère, le passage consacré à la destination des fonds. À la question de savoir où se trouve l’argent, José aurait répondu qu’il était « dans la comptabilité, réparti dans plusieurs comptes ». Une affirmation qui appelle, selon l’auteur, des éclaircissements supplémentaires. Il rappelle que Santander aurait déjà signalé, le 30 septembre 2024, des transferts opérés à partir du compte de l’avance avant même le démarrage effectif des travaux. Il évoque également un témoignage recueilli devant la Section de recherches faisant état de mouvements vers six comptes une semaine après le virement.
Pour Bachir Fofana, une avance de démarrage ne saurait être assimilée à une simple trésorerie destinée à être ventilée indistinctement. Si la traçabilité des fonds est aussi claire qu’annoncée, écrit-il en substance, les pièces bancaires devraient permettre de l’établir rapidement. Il rappelle également qu’un juge de Madrid aurait accordé dix jours, le 24 février 2026, dans le cadre d’une procédure évoquée comme portant sur une appropriation indue. Là encore, l’auteur constate que les réponses attendues ne seraient toujours pas intervenues.
La question des cautions occupe également une place importante dans l’analyse de Bachir Fofana. José aurait affirmé qu’elles étaient « confirmées » et que les primes avaient été « payées comme d’habitude ». Or, selon les éléments avancés par le journaliste, les cautions SONAC dateraient du 18 mars 2024, tandis que les primes n’auraient été réglées que les 14 et 20 juin, donc après le décaissement.
L’auteur souligne que l’article 13 du Code CIMA, reproduit sur les avis d’émission eux-mêmes, prévoit qu’une garantie ne prend effet qu’après paiement de la prime. Il rappelle également que l’ARCOP aurait, à trois reprises durant l’été 2024 — les 12 juillet, 23 juillet et 7 août — attiré l’attention sur cette question, allant jusqu’à évoquer une possible nullité du marché. Dès lors, estime Bachir Fofana, présenter comme une pratique ordinaire le paiement différé des primes ne suffirait pas à dissiper les interrogations. « Appelez cela une habitude si vous voulez. Moi j’appelle cela payer sa caution avec l’argent de la caution », écrit-il.
L’autre point vivement contesté par notre confrère concerne la durée de la suspension du marché, qui aurait, selon José, « coûté un an et demi ».
Bachir Fofana oppose à cette affirmation la chronologie des faits. D’après les dates qu’il avance, le contrat n’aurait été suspendu que du 21 novembre 2024 au 21 février 2025, soit trois mois et dix-neuf jours. Après février 2025, affirme-t-il, rien n’aurait empêché la reprise des travaux. Or, les engins seraient restés à l’arrêt. Pour l’auteur, le seul véritable gel qui se serait prolongé serait celui des décaissements, conditionnés par une exigence qui tiendrait en une phrase : justifier les 37 milliards déjà versés.
Reste, enfin, la posture d’un dirigeant se déclarant serein et « à la disposition de la justice ». Bachir Fofana dit ne pas vouloir s’attarder sur cette assurance. Ce qu’il met en avant, ce sont plutôt les demandes de justificatifs qui, selon lui, seraient restées sans réponse pendant deux ans, une délégation de l’État sénégalais qui aurait été éconduite à Madrid le 11 décembre 2025 et un délai de dix jours fixé par un juge, arrivé à expiration sans réponse connue. « Un homme qui détient des connaissements et des relevés bancaires les pose sur la table. Il n’organise pas d’interviews », écrit le journaliste.
Pour Bachir Fofana, cette interview risque donc de rester dans les annales du dossier, mais peut-être pour des raisons différentes de celles espérées par son auteur. Il retient notamment deux déclarations : des fonds « répartis dans plusieurs comptes » et des factures qui « ne sont pas encore approuvées ». Pendant ce temps, estime-t-il, le contribuable sénégalais pourrait se retrouver exposé à une double charge : d’une part, à travers l’endettement garanti ; d’autre part, à travers les 20 milliards inscrits au budget 2026. Et ce, rappelle-t-il, pour un projet qui avait initialement été présenté comme financé à 100 % par le privé.
Au terme de son analyse, Bachir Fofana ramène le débat à une interrogation aussi simple que lourde de conséquences : 40 % du marché décaissé, plus de la moitié du délai consommée et seulement 1,43 % des villages électrifiés : où sont passés les 37 milliards de francs CFA ?
Une question qui, au-delà des invectives, des déclarations et des controverses médiatiques, appelle désormais des réponses documentées, vérifiables et opposables à tous. Car dans une affaire où sont en jeu des ressources publiques, des engagements financiers et l’électrification de milliers de localités, la lumière ne saurait procéder de la seule communication : elle doit jaillir des comptes, des pièces, des travaux réalisés et de la vérité des chiffres.
Dans une analyse au ton particulièrement incisif, notre confrère Bachir Fofana, journaliste et auteur de l’ouvrage « Aveux, signés, datés et envoyés », estime que cette sortie médiatique soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. Le titre de Une — « José sort des ténèbres » — lui inspire notamment l’idée d’une communication qui relèverait davantage de l’enfumage que de l’éclairage. Attendu, selon lui, sur les conditions d’utilisation des fonds déjà décaissés, José Ángel González Tausz aurait plutôt choisi de poser à son tour une question : où sont les 84 millions d’euros restants du projet ? Une inversion des rôles que Bachir Fofana assimile, non sans ironie, à celle d’un locataire qui, après plusieurs mois d’impayés, réclamerait les clés d’un second appartement.
Dans cette affaire, écrit notre confrère, les chiffres constituent le premier fil conducteur. Le 11 juin 2024, une somme de 56 millions d’euros, soit environ 37 milliards de francs CFA, a été décaissée au profit d’AEE Power EPC. Or, le 19 décembre 2025, dix-huit mois plus tard, l’ASER aurait, dans un courriel cité par l’auteur, recensé seulement 25 localités électrifiées sur les 1 740 prévues. Soit, selon son calcul, un taux de réalisation de 1,43 %, alors que 40 % du financement auraient déjà été consommés et que plus de la moitié du délai contractuel se serait écoulée.
« Voilà le dossier », résume en substance Bachir Fofana, considérant que le reste de l’interview tendrait à déplacer le centre de gravité de l’affaire vers d’autres considérations.
S’agissant des 84 millions d’euros présentés comme « bloqués », le journaliste rappelle que la banque Santander et la CESCE, l’agence espagnole de crédit à l’exportation, auraient fourni des explications écrites dès le 18 décembre 2025.
Dans une correspondance adressée au ministre Secrétaire général du gouvernement, elles auraient indiqué qu’aucun nouveau décaissement ne pourrait intervenir tant que les 37 milliards déjà versés n’auraient pas été justifiés. Le 23 février 2026, la CESCE aurait, dans une réponse adressée à l’ambassadeur du Sénégal, précisé qu’aucune demande de décaissement supplémentaire n’avait été introduite par les autorités sénégalaises. Dès lors, s’interroge Bachir Fofana, comment comprendre que José réclame publiquement des fonds qui, selon cette correspondance, n’auraient même pas été sollicités auprès de la banque ?
Sur la question de l’avance de démarrage, l’auteur rappelle qu’il ne conteste nullement son principe contractuel. C’est précisément, écrit-il, là que résiderait le problème : une avance n’est pas un cadeau, mais un financement qui doit trouver sa justification dans des travaux effectivement réalisés et constatés.
Selon lui, le bailleur réclamerait depuis deux ans les pièces justificatives nécessaires, sans obtenir, à ce stade, les éléments attendus. Pas de bon de commande, pas de décompte validé. Et José Ángel González Tausz aurait lui-même reconnu, au cours de son entretien, que « les factures présentées ne sont pas encore approuvées ». Pour Bachir Fofana, cette déclaration constitue un élément particulièrement significatif.
Vient ensuite, poursuit notre confrère, le passage consacré à la destination des fonds. À la question de savoir où se trouve l’argent, José aurait répondu qu’il était « dans la comptabilité, réparti dans plusieurs comptes ». Une affirmation qui appelle, selon l’auteur, des éclaircissements supplémentaires. Il rappelle que Santander aurait déjà signalé, le 30 septembre 2024, des transferts opérés à partir du compte de l’avance avant même le démarrage effectif des travaux. Il évoque également un témoignage recueilli devant la Section de recherches faisant état de mouvements vers six comptes une semaine après le virement.
Pour Bachir Fofana, une avance de démarrage ne saurait être assimilée à une simple trésorerie destinée à être ventilée indistinctement. Si la traçabilité des fonds est aussi claire qu’annoncée, écrit-il en substance, les pièces bancaires devraient permettre de l’établir rapidement. Il rappelle également qu’un juge de Madrid aurait accordé dix jours, le 24 février 2026, dans le cadre d’une procédure évoquée comme portant sur une appropriation indue. Là encore, l’auteur constate que les réponses attendues ne seraient toujours pas intervenues.
La question des cautions occupe également une place importante dans l’analyse de Bachir Fofana. José aurait affirmé qu’elles étaient « confirmées » et que les primes avaient été « payées comme d’habitude ». Or, selon les éléments avancés par le journaliste, les cautions SONAC dateraient du 18 mars 2024, tandis que les primes n’auraient été réglées que les 14 et 20 juin, donc après le décaissement.
L’auteur souligne que l’article 13 du Code CIMA, reproduit sur les avis d’émission eux-mêmes, prévoit qu’une garantie ne prend effet qu’après paiement de la prime. Il rappelle également que l’ARCOP aurait, à trois reprises durant l’été 2024 — les 12 juillet, 23 juillet et 7 août — attiré l’attention sur cette question, allant jusqu’à évoquer une possible nullité du marché. Dès lors, estime Bachir Fofana, présenter comme une pratique ordinaire le paiement différé des primes ne suffirait pas à dissiper les interrogations. « Appelez cela une habitude si vous voulez. Moi j’appelle cela payer sa caution avec l’argent de la caution », écrit-il.
L’autre point vivement contesté par notre confrère concerne la durée de la suspension du marché, qui aurait, selon José, « coûté un an et demi ».
Bachir Fofana oppose à cette affirmation la chronologie des faits. D’après les dates qu’il avance, le contrat n’aurait été suspendu que du 21 novembre 2024 au 21 février 2025, soit trois mois et dix-neuf jours. Après février 2025, affirme-t-il, rien n’aurait empêché la reprise des travaux. Or, les engins seraient restés à l’arrêt. Pour l’auteur, le seul véritable gel qui se serait prolongé serait celui des décaissements, conditionnés par une exigence qui tiendrait en une phrase : justifier les 37 milliards déjà versés.
Reste, enfin, la posture d’un dirigeant se déclarant serein et « à la disposition de la justice ». Bachir Fofana dit ne pas vouloir s’attarder sur cette assurance. Ce qu’il met en avant, ce sont plutôt les demandes de justificatifs qui, selon lui, seraient restées sans réponse pendant deux ans, une délégation de l’État sénégalais qui aurait été éconduite à Madrid le 11 décembre 2025 et un délai de dix jours fixé par un juge, arrivé à expiration sans réponse connue. « Un homme qui détient des connaissements et des relevés bancaires les pose sur la table. Il n’organise pas d’interviews », écrit le journaliste.
Pour Bachir Fofana, cette interview risque donc de rester dans les annales du dossier, mais peut-être pour des raisons différentes de celles espérées par son auteur. Il retient notamment deux déclarations : des fonds « répartis dans plusieurs comptes » et des factures qui « ne sont pas encore approuvées ». Pendant ce temps, estime-t-il, le contribuable sénégalais pourrait se retrouver exposé à une double charge : d’une part, à travers l’endettement garanti ; d’autre part, à travers les 20 milliards inscrits au budget 2026. Et ce, rappelle-t-il, pour un projet qui avait initialement été présenté comme financé à 100 % par le privé.
Au terme de son analyse, Bachir Fofana ramène le débat à une interrogation aussi simple que lourde de conséquences : 40 % du marché décaissé, plus de la moitié du délai consommée et seulement 1,43 % des villages électrifiés : où sont passés les 37 milliards de francs CFA ?
Une question qui, au-delà des invectives, des déclarations et des controverses médiatiques, appelle désormais des réponses documentées, vérifiables et opposables à tous. Car dans une affaire où sont en jeu des ressources publiques, des engagements financiers et l’électrification de milliers de localités, la lumière ne saurait procéder de la seule communication : elle doit jaillir des comptes, des pièces, des travaux réalisés et de la vérité des chiffres.