Affaire « Nogaye » : les révélations de l’enquête soulèvent aussi de sérieuses questions sur la vidéosurveillance au Pullman

Rédigé par Dakarposte le Samedi 5 Septembre 2026 à 12:54 modifié le Samedi 5 Septembre 2026 14:56

Seneweb avait révélé l’arrestation de l’actrice Ndèye Ndao Thiam, connue sous le nom de « Nogaye » dans la série Bété Bété, ainsi que de ses deux amies et de deux hommes, à l’issue d’une soirée festive à l’hôtel Pullman Dakar qui s’était achevée à la gendarmerie.

Dans son édition de ce samedi, Libération apporte de nouveaux éléments sur cette affaire, dont certains sont particulièrement accablants pour les personnes interpellées.

Les faits remontent au 1er septembre, lorsque l’homme d’affaires Sidi Mouhamed, âgé de 35 ans, s’est présenté à la brigade de Thionk pour signaler la disparition de sa montre Rolex Oyster, dont la valeur est estimée à 11 872 dollars, soit environ 7,2 millions de francs CFA.

Selon les informations rapportées par Libération, le plaignant a expliqué avoir passé la nuit du 28 au 29 août au Pullman Dakar, dans les chambres 325 et 206, en compagnie de son ami Abou Daffé, 32 ans, de la femme d’affaires Fatou Diallo, dite « Fafa », 30 ans, de l’étudiante Aïssatou Goudiaby, 24 ans, et de l’actrice Ndèye Ndao Thiam, 28 ans. C’est au cours de cette soirée que la montre aurait disparu.

L’enquête aurait ensuite connu un tournant avec l’exploitation des images de vidéosurveillance de l’établissement. D’après Libération, les enquêteurs auraient ainsi découvert des séquences montrant plusieurs membres du groupe consommant du protoxyde d’azote, communément appelé « gaz hilarant », au moyen de ballons.

Une perquisition menée le 2 septembre au domicile de Fatou Diallo, aux Mamelles, aurait permis aux enquêteurs de saisir six bonbonnes de protoxyde d’azote déjà utilisées ainsi que dix ballons.

Au cours de leurs auditions, rapportées par le quotidien, les trois femmes auraient désigné Abou Daffé comme le fournisseur de la substance, qui aurait été commandée par l’intermédiaire d’un livreur. Ndèye Ndao Thiam, alias « Nogaye », aurait déclaré n’avoir effectué qu’« une seule prise », invoquant des maux de ventre. Fatou Diallo aurait, pour sa part, reconnu une consommation collective à cinq.

Abou Daffé et Sidi Mouhamed ont, de leur côté, contesté les faits qui leur sont reprochés. Toujours selon Libération, Fatou Diallo aurait également proposé la somme de 600 000 francs CFA au plaignant afin qu’il retire sa plainte.

À l’issue de la procédure, tous les mis en cause ont été placés sous mandat de dépôt. Abou Daffé est poursuivi pour offre et cession de drogue, Fatou Diallo pour vol et usage de drogue, tandis que les trois autres membres du groupe sont poursuivis pour usage de stupéfiants. Ils doivent comparaître mercredi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar.


Mais une autre question, particulièrement troublante, se pose

Au-delà des faits reprochés aux personnes interpellées, le récit de l’exploitation des images de vidéosurveillance soulève une interrogation majeure : où exactement ces images ont-elles été enregistrées ?

Si l’on s’en tient strictement à la formulation de l’article de Libération, les images auraient permis aux enquêteurs d’observer des scènes se déroulant alors que le groupe se trouvait dans les chambres de l’hôtel. Or, si cela signifie que des dispositifs de vidéosurveillance sont effectivement installés à l’intérieur des chambres, la question est d’une tout autre nature.

La présence de caméras dans des espaces privatifs tels que les chambres d’hôtel constituerait une situation extrêmement préoccupante au regard du droit à la vie privée. Une chambre d’hôtel est, par définition, un espace où le client est en droit d’attendre un niveau élevé d’intimité.

Dès lors, une question s’impose : les chambres du Pullman sont-elles réellement équipées de caméras, ou les images évoquées par le journal proviennent-elles des espaces communs de l’établissement — couloirs, ascenseurs, halls ou autres lieux accessibles à la vidéosurveillance ?



La nuance est fondamentale.


Car si des caméras étaient effectivement présentes dans les chambres, cela signifierait potentiellement que les personnes qui y ont séjourné ont pu être filmées dans des moments relevant strictement de leur vie privée. La question devient alors vertigineuse : combien de clients ont ainsi pu être enregistrés à leur insu, et que sont devenues ces images ?

Et, plus grave encore, ces éventuelles captations auraient-elles pu enregistrer des scènes d’intimité entre des clients ?

Il ne s’agit pas ici de minimiser les faits reprochés aux personnes poursuivies, ni de remettre en cause le travail des enquêteurs. Mais l’affaire soulève une question distincte, qui mérite une clarification publique : la vidéosurveillance du Pullman s’est-elle limitée aux espaces communs ou des images ont-elles effectivement été captées à l’intérieur des chambres ?

Si la seconde hypothèse était avérée, ce serait un sujet extrêmement grave, qui dépasserait largement le cadre de l’affaire « Nogaye » et concernerait potentiellement l’ensemble des clients ayant séjourné dans l’établissement.

Mamadou Ndiaye
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