Affaire Rox et Cie : Me Aboubacry Barro mise sur le pardon et la sagesse du tribunal

Rédigé par Dakarposte le Lundi 14 Septembre 2026 à 11:09 modifié le Lundi 14 Septembre 2026 13:09

L’audience s’apprête à s’ouvrir et, déjà, les regards convergent vers le tribunal où doit être examinée ce lundi matin l’affaire opposant plusieurs figures très suivies des réseaux sociaux à la justice sénégalaise.

Joint par la rédaction de Dakarposte avant l’ouverture des débats, Me Aboubacry Barro a livré une lecture à la fois juridique et mesurée d’un dossier dont les péripéties ont largement débordé le cadre des réseaux sociaux pour atterrir devant les juridictions.

L’avocat annonce d’emblée que plusieurs parties qui s’étaient constituées dans le dossier ont, entre-temps, présenté leurs excuses et renoncé à leurs constitutions de partie civile. Une évolution qui, à ses yeux, devrait nécessairement être prise en considération dans l’appréciation globale de l’affaire, même si elle ne signifie pas mécaniquement la disparition de l’action publique.
Car, comme le rappelle en substance la robe noire, le retrait d’une plainte ou d’une constitution de partie civile ne met pas nécessairement un terme à une procédure lorsque le ministère public estime que des infractions susceptibles de poursuites ont été commises. C’est précisément toute la particularité de cette audience : les excuses peuvent contribuer à apaiser les rapports entre protagonistes, mais elles ne dessaisissent pas pour autant la justice de son pouvoir d’appréciation.

Au cœur du dossier figurent notamment des faits liés à l’utilisation des réseaux sociaux et à la diffusion de contenus jugés attentatoires aux droits d’autrui. Rokhaya Fall, connue sous le pseudonyme de « Rox », ainsi que Khadidiatou Kébé, dite « Jessica », et Nafissatou Fall, dite « Narou », avaient été interpellées par la Division spéciale de cybersécurité à la suite de plaintes relatives à leurs interventions sur les réseaux sociaux.

Certaines auditions avaient notamment porté sur des propos tenus lors de directs TikTok, ainsi que sur la diffusion de contenus considérés comme problématiques.

Le dossier s’est ensuite alourdi avec l’ajout de la qualification d’association de malfaiteurs, venant s’ajouter à plusieurs griefs liés notamment à la divulgation de données à caractère personnel, à la diffusion d’images contraires aux bonnes mœurs, à l’atteinte à l’intimité de la vie privée et à des faits commis au moyen d’un système informatique, selon les qualifications évoquées par la défense.

Une seconde affaire, inscrite sous un autre numéro de rôle, devrait également être examinée et pourrait, sauf décision contraire du tribunal, être jointe à la première. Elle concerne notamment Rox, présentée dans les éléments communiqués comme étant poursuivie pour des faits de même nature.

L’enjeu sera donc autant de déterminer la matérialité des faits que d’établir, pour chacune des prévenues, la nature exacte de sa participation aux actes reprochés.

Pour Me Aboubacry Barro, toutefois, le contexte humain ne doit pas être occulté par la seule froideur des qualifications pénales. « Elles ont fauté, elles demandent pardon », résume en substance l’avocat, qui semble vouloir placer le débat judiciaire sous le signe de la responsabilité, du repentir et de la possibilité d’une seconde chance.

Cette ligne de défense n’est pas nouvelle dans la pratique judiciaire : reconnaître une faute, présenter des excuses et manifester une volonté de ne pas récidiver peuvent constituer, selon les circonstances et l’appréciation souveraine du tribunal, des éléments susceptibles d’être pris en considération dans la réponse pénale. Mais ils ne sauraient effacer automatiquement les faits lorsque ceux-ci sont constitués.

L’avocat insiste également sur la diligence de ses confrères, notamment Mes Ciré Cledor Ly et Elhaj Diouf, qui, dira t-il, ont œuvré pour que le dossier puisse être examiné rapidement. Il salue, à cet égard, la compréhension du parquet et du tribunal ayant permis la programmation de l’affaire.

Derrière cette bataille judiciaire se profile en réalité une question devenue incontournable dans la société sénégalaise : jusqu’où peut aller la liberté sur les réseaux sociaux ? La popularité, l’audience numérique et la logique du « direct » peuvent-elles justifier toutes les paroles, toutes les images et toutes les divulgations ? À l’inverse, jusqu’où la réponse pénale doit-elle aller lorsqu’il s’agit de comportements commis dans l’espace numérique ?

Le droit sénégalais est appelé à répondre à ces questions dans un environnement où les réseaux sociaux ont profondément bouleversé les frontières entre vie privée et exposition publique. Ce qui était autrefois prononcé dans un cercle restreint peut désormais être diffusé instantanément à des milliers de personnes, avec des conséquences potentiellement durables pour les personnes visées.

C’est pourquoi l’affaire Rox et Cie dépasse désormais les seules personnes poursuivies. Elle constitue aussi un rappel adressé à toute une génération d’influenceurs et d’utilisateurs des réseaux sociaux : le numérique n’est pas un espace de non-droit.

Pour autant, la justice devra également veiller à préserver la mesure, la proportionnalité et les droits de la défense. La sanction, si elle intervient, devra être celle du droit et non celle de l’émotion collective.

Me Aboubacry Barro, lui, dit compter sur « la sagesse du tribunal ». Une formule qui résume finalement l’attente de cette audience : que la justice puisse entendre les excuses, mesurer la portée des faits reprochés, distinguer les responsabilités individuelles et rendre une décision à la hauteur des principes qui fondent l’État de droit.

Me Barro
Mamadou Ndiaye
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