Affaire des « formateurs au sexe » : au terme d’une enquête internationale, les mis en cause renvoyés devant la Chambre criminelle

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 12 Aout 2026 à 10:24 modifié le Mercredi 12 Aout 2026 12:24

L’instruction de l’affaire dite des « formateurs au sexe » vient de franchir une étape judiciaire majeure. Selon les informations rapportées par Libération, le doyen des juges a ordonné le renvoi devant la Chambre criminelle de l’ensemble des personnes mises en cause dans cette procédure aux ramifications internationales. Une décision qui ouvre désormais la voie à un procès au cours duquel les charges retenues par l’instruction seront soumises au débat contradictoire.

Parmi les personnes renvoyées figurent notamment Pierre Robert, Amath Lô, Malick Sène Guèye, Birame Senghor, Babacar Diallo, Aliou Goudiaby, Moussa Ba, Abdou Lakram Gaye, Jules Ibrahima Tavares, Serigne Dame Mbom, Mamadou Badiane, Seydou Sangharé, Abdoulaye Sall Dieng et Papis Danfa, ainsi qu’un autre mis en cause cité dans la procédure.

Le dossier, particulièrement sensible, comporte des qualifications pénales d’une exceptionnelle gravité. Sont notamment évoqués, selon Libération, l’association de malfaiteurs, la traite des personnes en bande organisée, le proxénétisme en bande organisée, la transmission volontaire du VIH/Sida, le viol sur mineur, des faits de pédophilie, des actes contre nature, ainsi que des infractions relatives à la détention et à l’usage de stupéfiants, notamment le crack. Ces qualifications demeurent, à ce stade, celles retenues dans le cadre de la procédure et ne sauraient préjuger de la culpabilité des personnes renvoyées devant la juridiction criminelle.

L’affaire aurait pris naissance en France, où les premières investigations auraient conduit les enquêteurs sur la piste d’un réseau présumé d’exploitation sexuelle. Les investigations se seraient notamment intéressées à des mineurs âgés de 3 à 15 ans, dont certains seraient issus de milieux particulièrement défavorisés. Dans le cadre de cette enquête, certaines personnes auraient été présentées comme des « formateurs sexuels », chargés, selon les éléments rapportés, de préparer de jeunes garçons à des pratiques sexuelles avec des clients de Pierre Robert.

L’exploitation des données issues de téléphones portables aurait ensuite permis aux enquêteurs de prolonger leurs investigations jusqu’au Sénégal. Des communications et différents échanges auraient conduit à l’identification de plusieurs personnes présentes sur le territoire sénégalais. Une commission rogatoire internationale aurait alors permis aux enquêteurs de poursuivre les investigations, avec plusieurs interpellations et des perquisitions au cours desquelles des téléphones et divers objets auraient été saisis.

Le parcours de Pierre Robert occupe une place centrale dans cette procédure. Selon les éléments de l’instruction rapportés par la presse, celui-ci aurait séjourné au Sénégal et entretenu des relations avec plusieurs personnes aujourd’hui poursuivies. Les enquêteurs se seraient notamment penchés sur les communications échangées, les rencontres évoquées dans les téléphones ainsi que sur certains mouvements financiers effectués par l’intermédiaire de Western Union.

Entendus dans le cadre de l’enquête, plusieurs mis en cause auraient reconnu connaître Pierre Robert ou avoir entretenu avec lui des relations personnelles, tout en contestant fermement toute participation à une entreprise criminelle organisée. Certains auraient également reconnu des relations sexuelles avec des hommes, tout en réfutant toute implication dans des faits concernant des mineurs ou dans un quelconque dispositif d’exploitation sexuelle.

Malick Sène Guèye aurait notamment été interrogé sur ses relations avec Pierre Robert et sur la teneur de leurs échanges. Amath Lô aurait, de son côté, été confronté à des éléments issus de l’exploitation de la téléphonie. D’autres personnes, parmi lesquelles Birame Senghor, Moussa Ba, Seydou Sangharé et Jules Ibrahima Tavares, auraient également été questionnées sur leurs liens supposés avec Pierre Robert ou avec d’autres protagonistes du dossier.

Pierre Robert lui-même aurait reconnu certains faits ou certaines relations, tout en contestant d’autres accusations, notamment celles relatives à des mineurs. Les enquêteurs se seraient également intéressés à plusieurs transferts d’argent réalisés entre lui et certains protagonistes, chacun ayant fourni ses propres explications quant à la nature et à la finalité de ces opérations.

Après plusieurs mois d’investigations et l’exploitation de nombreux éléments recueillis en France comme au Sénégal, le doyen des juges a donc considéré que les charges réunies étaient suffisantes pour ordonner le renvoi de l’ensemble des mis en cause devant la Chambre criminelle.

Cette décision ne constitue toutefois pas une déclaration de culpabilité. Elle marque l’aboutissement de la phase d’instruction et le passage à une nouvelle étape, celle du jugement. Il appartiendra désormais à la Chambre criminelle d’examiner, au terme d’un débat public et contradictoire, la solidité des accusations, la valeur des éléments de preuve et la responsabilité pénale éventuelle de chacun des prévenus.

Dans cette affaire aux ramifications internationales, où se mêlent téléphonie, mouvements financiers, témoignages et investigations transfrontalières, la justice devra désormais démêler les liens entre les différents protagonistes et déterminer ce qui relève des relations personnelles, de la manipulation alléguée ou, le cas échéant, d’une véritable entreprise criminelle organisée.
La vérité judiciaire reste donc à établir.
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