Au Togo, deux journalistes français au cœur d’un inquiétant bras de fer

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 19 Aout 2026 à 12:20 modifié le Mercredi 19 Aout 2026 14:20

Deux ressortissants français, journalistes-réalisateurs employés par une société de production française, sont détenus à Lomé depuis le 27 juillet.

L’information, confirmée mardi par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, jette une lumière crue sur le climat dans lequel évoluent aujourd’hui les médias étrangers au Togo.

Les deux hommes font l’objet d’une information judiciaire, mais les autorités françaises se gardent, à ce stade, de préciser les faits qui leur sont reprochés ou les circonstances exactes de leur arrestation.

Paris indique toutefois que ses services consulaires suivent attentivement leur situation : trois visites consulaires ont déjà été effectuées et la diplomatie française assure veiller à leurs conditions de détention, à leur état de santé ainsi qu’au respect de leurs droits à la défense.
Derrière cette prudence diplomatique se dessine pourtant une affaire aux contours autrement plus troublants. La révélation de ces arrestations est venue du média d’investigation togolais L’Alternative, qui affirme que le dossier aurait pris une dimension politique.

Selon cette publication, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, aurait donné des instructions au ministre de la Justice, Pacôme Adjourouvi. Plus grave encore, L’Alternative avance que Lomé aurait proposé la libération des deux Français en échange de l’extradition du journaliste d’investigation Ferdinand Ayité.

Il convient évidemment de manier ces informations avec la plus grande précaution : elles n’ont été confirmées officiellement ni par les autorités togolaises ni par le gouvernement français.

Mais leur seule évocation suffit à donner à cette affaire une résonance particulière. Car si un tel marchandage devait être établi, il ne s’agirait plus seulement du sort de deux journalistes détenus dans le cadre d’une procédure judiciaire.

C’est la liberté de la presse, l’indépendance de la justice et l’usage même de la détention comme instrument de pression politique qui seraient directement questionnés.
Le nom de Ferdinand Ayité n’est d’ailleurs pas inconnu dans ce paysage de tensions. Journaliste d’investigation et figure critique du pouvoir togolais, il vit hors du pays après avoir été confronté à de graves difficultés avec les autorités.
Que son nom puisse aujourd’hui apparaître, même indirectement et sous le sceau d’informations non confirmées, dans une affaire impliquant deux ressortissants français donne à l’épisode une dimension singulièrement préoccupante.

Cette affaire survient dans un contexte déjà lourd pour la presse internationale au Togo.
Depuis juin 2025, Radio France Internationale et France 24 ne peuvent plus y être diffusées, après leur suspension par les autorités, qui leur reprochent notamment d’avoir relayé des informations jugées « inexactes et tendancieuses » dans le contexte des contestations populaires. Ces deux médias n’ont, à ce jour, pas retrouvé leur droit de diffusion dans le pays.

Le précédent de 2024 avait déjà marqué les esprits. Le journaliste français Thomas Dietrich, venu couvrir des manifestations pour Afrique XXI, avait été interpellé alors qu’il exerçait son métier

. Condamné à six mois de prison avec sursis, il avait ensuite été reconduit à la frontière. Un épisode qui avait suscité de vives inquiétudes parmi les défenseurs de la liberté de la presse.

Le tableau est d’autant plus sensible que le Togo traverse lui-même une période politique et sécuritaire délicate. Faure Gnassingbé, qui a succédé à son père en 2005, demeure la figure centrale du pouvoir togolais.

Dans le même temps, le nord du pays est confronté à la menace djihadiste, avec des incursions et des attaques liées à l’instabilité qui gagne progressivement les pays voisins du Sahel.

Dans un tel environnement, la détention de deux journalistes-réalisateurs français ne peut être regardée comme un fait divers ordinaire. Elle appelle des explications précises, transparentes et, surtout, vérifiables.

Une procédure judiciaire doit pouvoir suivre son cours sans que le secret qui l’entoure ne devienne le paravent de toutes les hypothèses.

Car lorsque des journalistes sont privés de liberté, lorsque des médias internationaux sont réduits au silence et que surgissent, dans le même temps, des informations faisant état d’un possible échange entre détenus et exilé politique, le malaise dépasse largement les frontières togolaises.

La France observe désormais avec attention le sort de ses deux ressortissants.

Le Togo, lui, est confronté à une question dont la portée excède largement cette affaire : peut-on encore garantir que la justice demeure à l’abri des rapports de force politiques lorsqu’un journaliste devient l’enjeu d’un bras de fer entre États ?

Pour l’heure, aucune réponse officielle ne permet de trancher les accusations rapportées par L’Alternative. Mais une chose est certaine : dans une démocratie, la lumière ne devrait jamais être considérée comme une menace.

Et lorsqu’elle vient des journalistes, la meilleure manière de la combattre n’est jamais de les enfermer, mais de répondre à leurs questions.

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