Contrat Aser-Aee Power : LES FAUSSES LUMIÈRES DE JEAN-MICHEL SÈNE

Rédigé par Dakarposte le Jeudi 4 Juin 2026 à 18:21 modifié le Jeudi 4 Juin 2026 18:26

Un courrier confidentiel du Dg de l’Aser, adressé au ministre des Finances Cheikh Diba, fait la Une des médias. M. Sène y sollicite l’intervention du ministre pour débloquer le financement nécessaire à la réalisation du marché portant sur l’électrification de 1740 localités. Il déclare que la banque espagnole aurait pris une décision unilatérale, oubliant que les partenaires espagnols ont adressé de nombreuses correspondances aux autorités sénégalaises et tenu des réunions pour la poursuite du marché. Or, lui-même avait, en son temps, requis la suspension desdits financements et n’a pas indiqué de progrès significatif pour convaincre les bailleurs de fonds espagnols.


La lettre confidentielle du Dg de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale adressée au ministre des Finances, dans laquelle M. Jean-Michel Sène demande à Cheikh Diba son «accompagnement afin d’obtenir une clarification définitive de la situation auprès de Banco Santander» concernant l’arrêt des financements dans le cadre du marché n°T0296/24-DK, est un modèle d’enfumage, si l’on veut rester poli.

Après des mois de tergiversation et de déni, Jean-Michel Sène reconnaît dans son courrier que le projet d’électrification de 1740 localités est arrêté, en prétendant toutefois ne pas en connaître le motif. A lire son document, l’Aser «a entrepris l’ensemble des actions relevant de ses responsabilités» afin de permettre l’achèvement de ce projet d’électrification. L’entreprise sénégalaise aurait notamment «entrepris des visites de terrain, des études et des plans d’exécution pour plus de 300 localités pour la phase 2». Elle aurait également obtenu, le 3 avril dernier, son quitus environnemental à l’issue des études environnementales et sociales. Toutes les mesures que l’Aser aurait prises permettent à son directeur d’affirmer qu’«aussi bien sur le plan technique que financier, l’Aser a entrepris l’ensemble des diligences nécessaires visant à lever les obstacles relevant de ses responsabilités et à sécuriser l’exécution normale du projet».
Jean-Michel Sène fait comme si la levée de la suspension du marché par la Cour suprême a écarté l’obstacle le plus important pour la poursuite de ce marché obtenu grâce à la société Aee Power Sénégal. Pour lui, «en suspendant unilatéralement les décaissements, la banque viole les dispositions contractuelles qu’elle a signées avec l’Etat du Sénégal par le biais du Mfb».



Al Aminou Lô était saisi

Il est pourtant informé que, par courrier adressé au ministre-Secrétaire général du gouvernement, M. Mouhamadou Al Aminou Lô, en date du 26 décembre 2024, le Directeur exécutif chargé de l’Export global de la Banco Santander expliquait que tout en restant «pleinement engagée… à la réalisation du projet d’électrification rurale pour le bénéfice des populations sénégalaises», la banque espagnole avait pris la décision, «conjointement avec l’Agence de crédit à l’exportation espagnole (Cesce)», garante du financement, de suspendre temporairement le financement jusqu’à ce que le conflit entre les deux parties soit résolu de manière satisfaisante, conformément à la législation sénégalaise des marchés publics.

La banque exprimait sa volonté de reprendre le décaissement une fois informée d’un accord entre les parties, et sous réserve de l’accord de la Cesce. Antonio Sala rappelait dans le même courrier à l’actuel Premier ministre, que «la participation de notre banque à ce projet est le résultat des efforts déployés par le représentant légal d’Aee Power Sénégal Sa, qui est un partenaire privilégié de notre banque à travers des projets au Sénégal et dans la sous-région, qui se déroulent de manière satisfaisante et dans les délais impartis».



Pas de garantie souveraine de l’Etat sans Aee Power Sénégal

Ce courrier faisait suite à un autre adressé par la même banque au ministre Cheikh Diba, le 30 septembre 2024, dans lequel elle faisait état des préoccupations aussi bien de la banque que de la Cesce, au sujet du «litige opposant Aee Power Sénégal et son partenaire espagnol Aee Power Epc». La lettre à Cheikh Diba rappelle également les griefs portés contre l’entreprise espagnole par l’Arcop dans sa décision du 4 septembre 2024. L’un des points les plus importants soulignés par l’autorité de régulation de la commande publique était «la non-éligibilité d’Aee Power Epc à la garantie souveraine de l’Etat, en cas d’éviction d’Aee Power Sa». Le Code des marchés souligne que seule une entreprise sénégalaise peut bénéficier de la garantie souveraine de l’Etat. La mise à l’écart de l’entreprise de Seydou Kane aboutirait donc, pour la Banco Santander, à une incertitude quant à la possibilité de se faire éventuellement rembourser son financement.


L’Arcop avait, par conséquent, relevé «l’irrégularité d’un nouvel accord signé exclusivement entre Aee Power Epc et l’Aser, au détriment d’Aee Power Sa». Ce qui a poussé la Banco Santander à demander des éclaircissements à Cheikh Diba quant au maintien de la garantie souveraine de l’Etat en cas d’éviction d’Aee Power Sénégal Sa et son remplacement par une autre entreprise. Antonio Sala, dans son courrier, avait tenu à préciser que les explications demandées par la Banco Santander et la Cesce à la société espagnole Aee Power Epc n’avaient pas reçu de réponse malgré tout le temps.


Dossier prioritaire pour Abdourahmane Diouf

Il faut souligner aussi un détail important, qui provient des échanges de Jean-Michel Sène, qui précisait dans un courriel à Al Aminou Lô, Secrétaire général du gouvernement le 19 décembre 2025, qu’au cours d’une rencontre à Madrid dans les locaux de la Cesce, «il a été convenu que les décaissements seraient suspendus tant que la situation ne serait pas clarifiée. Cette mesure de précaution a été prise par l’Aser elle-même, soucieuse de prendre toutes les dispositions nécessaires afin de sécuriser le projet».
A ce niveau donc, persister à vouloir faire croire que la décision de suspension des décaissements relève d’une décision unilatérale de la Banco Santander est une manière de vouloir maintenir l’opinion dans l’obscurité. Si Jean-Michel Sène a pu persister dans son déni pendant tout ce temps, c’est qu’il a bénéficié du silence complice de sa tutelle. On peut penser que le ministre El Hadj Abdourahmane Diouf, qui vient d’hériter de ce dossier brûlant, ne va pas hésiter à en faire une de ses priorités.

























Le Quotidien

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