Le bras de fer qui oppose l’AGETIP à la Ville de Dakar autour de l’aménagement de la Corniche Ouest prend une tournure préoccupante.
Pour Momath Talla Ndao, député à l’Assemblée nationale, spécialiste de la décentralisation et commissaire à la décentralisation et à la réforme territoriale du MONCAP, cette polémique révèle surtout les insuffisances d’une gouvernance urbaine qui aurait dû privilégier la concertation, la complémentarité et le respect scrupuleux des prérogatives institutionnelles.
L’enjeu est d’autant plus considérable que le projet d’aménagement de la Corniche Ouest représente, selon lui, un marché de 18 milliards de francs CFA, portant sur un linéaire de dix kilomètres réparti en cinq séquences : Koussoum, Soumbédioune, l’Université Cheikh Anta Diop, Fann et Ouakam.
Lancés en septembre 2021 pour une durée contractuelle de vingt-quatre mois, les travaux auraient donc dû être achevés en 2023 ou, au plus tard, au début de 2024. Or, quatre années plus tard, le chantier demeure inachevé.
« Pourquoi un tel blocage et un retard aussi inquiétant ? », s’interroge le parlementaire, qui reconnaît l’existence de difficultés liées à la libération de certaines emprises, mais estime que celles-ci ne sauraient, à elles seules, expliquer une situation aussi persistante.
À ses yeux, le linéaire effectivement aménagé ne dépasserait guère cinq kilomètres, avec des finitions encore inachevées. Dès lors, parler d’un taux d’exécution physique de 50 % relèverait même d’une appréciation particulièrement indulgente.
Une autre question, plus sensible encore, mérite selon lui une réponse publique : quel est le taux d’exécution financière de ce marché de 18 milliards de francs CFA ? En sa qualité de député, Momath Talla Ndao entend inscrire cette interrogation dans le champ de l’évaluation des politiques publiques.
« Si l’agence a traîné pendant quatre ans pour livrer à peine cinq kilomètres, peut-on raisonnablement compter sur elle pour aménager ne serait-ce que cent mètres linéaires supplémentaires d’ici décembre 2026 ? », demande-t-il, mettant ainsi en lumière l’écart entre les ambitions affichées et le rythme réel d’exécution.
Mais au-delà des chiffres et des délais, c’est la méthode qui interpelle l’ancien expert en décentralisation et gouvernance territoriale du PACASEN, fonction qu’il a exercée de janvier 2020 à avril 2024. Pour lui, l’une des faiblesses originelles du projet réside précisément dans l’insuffisante implication des collectivités territoriales et de la Ville de Dakar.
Dans cette perspective, l’actuelle querelle entre l’AGETIP et la municipalité apparaît à ses yeux comme une profonde anomalie institutionnelle. La Ville de Dakar, rappelle-t-il, n’est ni une simple spectatrice ni une décoration de la politique de décentralisation. Elle dispose de compétences propres, consacrées par le Code général des collectivités territoriales, notamment en matière de développement économique, social, scientifique et environnemental, ainsi que dans le domaine du développement urbain.
L’argument fondé sur l’appartenance de la Corniche au Domaine public maritime ne saurait, selon lui, exonérer les acteurs du devoir de concertation avec la collectivité territoriale concernée. Reconnaître à l’État ses prérogatives sur le domaine maritime n’implique nullement, à ses yeux, de reléguer la Ville au second plan lorsqu’il s’agit d’aménager un espace situé au cœur de son territoire et directement utilisé par ses populations.
« Quel que soit son mandat, comment une agence d’exécution peut-elle agir sur un territoire urbain sans en informer ni y impliquer l’autorité politique locale ? », s’interroge-t-il. Une telle démarche serait, selon le parlementaire, contraire à l’esprit même de la décentralisation et à la nécessité d’une gouvernance urbaine fondée sur la responsabilité partagée.
Le spécialiste va plus loin en qualifiant de « sacrilège » l’attitude qu’il prête à l’AGETIP dans ce dossier. L’agence, rappelle-t-il, est historiquement née d’une dynamique associant l’Association des maires du Sénégal, le Conseil national du patronat, le secteur du BTP et la Banque mondiale.
Sa vocation originelle devrait donc être celle d’un partenaire et d’un facilitateur au service des collectivités, et non celle d’un acteur susceptible d’entrer en confrontation avec elles.
Pour Momath Talla Ndao, un simple cadre de concertation, d’information et de partage aurait probablement suffi à prévenir la crise actuelle. Lorsque plusieurs institutions poursuivent le même objectif sur un même territoire, explique-t-il en substance, leur confrontation constitue moins une fatalité qu’un aveu d’échec de la gouvernance.
Il invite ainsi l’Association des maires du Sénégal à jouer pleinement son rôle de régulation afin d’éviter que l’AGETIP ne soit entraînée dans des querelles politiques ou institutionnelles.
Cette situation serait, selon lui, l’un des héritages d’une gouvernance de l’ancien régime qu’il conviendrait désormais de corriger, notamment lorsque des responsabilités politiques et des fonctions d’exécution se trouvent excessivement imbriquées.
L’AGETIP, poursuit-il, devrait demeurer dans son rôle d’appui technique et d’ingénierie de projets, en accompagnant les initiatives de l’État et des collectivités territoriales.
Elle n’aurait pas vocation à se substituer aux autorités locales dans la définition et la conduite des politiques urbaines.
Dans ce « bruit de vagues » qui agite aujourd’hui la Corniche Ouest, le véritable enjeu dépasse donc la querelle entre deux institutions.
Il touche à la conception même de la décentralisation et à la manière dont doivent être conduits les grands projets urbains.
À l’approche des Jeux olympiques de la Jeunesse, cette controverse apparaît d’autant plus regrettable que Dakar est appelée à être au cœur de l’événement et que les efforts de l’État et de la municipalité devraient, par principe, converger vers un même objectif.
Momath Talla Ndao se refuse toutefois à entrer dans le débat sur la pertinence esthétique ou fonctionnelle de certaines installations sportives réalisées sur la Corniche, préférant réserver son appréciation personnelle sur ce point. Son propos porte avant tout sur la méthode, la gouvernance et le respect des compétences.
Car, rappelle-t-il, dans une politique urbaine cohérente, l’État et les collectivités territoriales ne doivent pas évoluer en territoires concurrents. Ils doivent agir en complémentarité, conformément au principe de subsidiarité.
La décentralisation n’est pas un obstacle à l’action publique : elle en est l’un des instruments essentiels.
Et sur la Corniche Ouest, estime le député, ce sont précisément le dialogue, la synergie et le respect des institutions qui auraient dû tenir lieu de boussole.
Pour Momath Talla Ndao, député à l’Assemblée nationale, spécialiste de la décentralisation et commissaire à la décentralisation et à la réforme territoriale du MONCAP, cette polémique révèle surtout les insuffisances d’une gouvernance urbaine qui aurait dû privilégier la concertation, la complémentarité et le respect scrupuleux des prérogatives institutionnelles.
L’enjeu est d’autant plus considérable que le projet d’aménagement de la Corniche Ouest représente, selon lui, un marché de 18 milliards de francs CFA, portant sur un linéaire de dix kilomètres réparti en cinq séquences : Koussoum, Soumbédioune, l’Université Cheikh Anta Diop, Fann et Ouakam.
Lancés en septembre 2021 pour une durée contractuelle de vingt-quatre mois, les travaux auraient donc dû être achevés en 2023 ou, au plus tard, au début de 2024. Or, quatre années plus tard, le chantier demeure inachevé.
« Pourquoi un tel blocage et un retard aussi inquiétant ? », s’interroge le parlementaire, qui reconnaît l’existence de difficultés liées à la libération de certaines emprises, mais estime que celles-ci ne sauraient, à elles seules, expliquer une situation aussi persistante.
À ses yeux, le linéaire effectivement aménagé ne dépasserait guère cinq kilomètres, avec des finitions encore inachevées. Dès lors, parler d’un taux d’exécution physique de 50 % relèverait même d’une appréciation particulièrement indulgente.
Une autre question, plus sensible encore, mérite selon lui une réponse publique : quel est le taux d’exécution financière de ce marché de 18 milliards de francs CFA ? En sa qualité de député, Momath Talla Ndao entend inscrire cette interrogation dans le champ de l’évaluation des politiques publiques.
« Si l’agence a traîné pendant quatre ans pour livrer à peine cinq kilomètres, peut-on raisonnablement compter sur elle pour aménager ne serait-ce que cent mètres linéaires supplémentaires d’ici décembre 2026 ? », demande-t-il, mettant ainsi en lumière l’écart entre les ambitions affichées et le rythme réel d’exécution.
Mais au-delà des chiffres et des délais, c’est la méthode qui interpelle l’ancien expert en décentralisation et gouvernance territoriale du PACASEN, fonction qu’il a exercée de janvier 2020 à avril 2024. Pour lui, l’une des faiblesses originelles du projet réside précisément dans l’insuffisante implication des collectivités territoriales et de la Ville de Dakar.
Dans cette perspective, l’actuelle querelle entre l’AGETIP et la municipalité apparaît à ses yeux comme une profonde anomalie institutionnelle. La Ville de Dakar, rappelle-t-il, n’est ni une simple spectatrice ni une décoration de la politique de décentralisation. Elle dispose de compétences propres, consacrées par le Code général des collectivités territoriales, notamment en matière de développement économique, social, scientifique et environnemental, ainsi que dans le domaine du développement urbain.
L’argument fondé sur l’appartenance de la Corniche au Domaine public maritime ne saurait, selon lui, exonérer les acteurs du devoir de concertation avec la collectivité territoriale concernée. Reconnaître à l’État ses prérogatives sur le domaine maritime n’implique nullement, à ses yeux, de reléguer la Ville au second plan lorsqu’il s’agit d’aménager un espace situé au cœur de son territoire et directement utilisé par ses populations.
« Quel que soit son mandat, comment une agence d’exécution peut-elle agir sur un territoire urbain sans en informer ni y impliquer l’autorité politique locale ? », s’interroge-t-il. Une telle démarche serait, selon le parlementaire, contraire à l’esprit même de la décentralisation et à la nécessité d’une gouvernance urbaine fondée sur la responsabilité partagée.
Le spécialiste va plus loin en qualifiant de « sacrilège » l’attitude qu’il prête à l’AGETIP dans ce dossier. L’agence, rappelle-t-il, est historiquement née d’une dynamique associant l’Association des maires du Sénégal, le Conseil national du patronat, le secteur du BTP et la Banque mondiale.
Sa vocation originelle devrait donc être celle d’un partenaire et d’un facilitateur au service des collectivités, et non celle d’un acteur susceptible d’entrer en confrontation avec elles.
Pour Momath Talla Ndao, un simple cadre de concertation, d’information et de partage aurait probablement suffi à prévenir la crise actuelle. Lorsque plusieurs institutions poursuivent le même objectif sur un même territoire, explique-t-il en substance, leur confrontation constitue moins une fatalité qu’un aveu d’échec de la gouvernance.
Il invite ainsi l’Association des maires du Sénégal à jouer pleinement son rôle de régulation afin d’éviter que l’AGETIP ne soit entraînée dans des querelles politiques ou institutionnelles.
Cette situation serait, selon lui, l’un des héritages d’une gouvernance de l’ancien régime qu’il conviendrait désormais de corriger, notamment lorsque des responsabilités politiques et des fonctions d’exécution se trouvent excessivement imbriquées.
L’AGETIP, poursuit-il, devrait demeurer dans son rôle d’appui technique et d’ingénierie de projets, en accompagnant les initiatives de l’État et des collectivités territoriales.
Elle n’aurait pas vocation à se substituer aux autorités locales dans la définition et la conduite des politiques urbaines.
Dans ce « bruit de vagues » qui agite aujourd’hui la Corniche Ouest, le véritable enjeu dépasse donc la querelle entre deux institutions.
Il touche à la conception même de la décentralisation et à la manière dont doivent être conduits les grands projets urbains.
À l’approche des Jeux olympiques de la Jeunesse, cette controverse apparaît d’autant plus regrettable que Dakar est appelée à être au cœur de l’événement et que les efforts de l’État et de la municipalité devraient, par principe, converger vers un même objectif.
Momath Talla Ndao se refuse toutefois à entrer dans le débat sur la pertinence esthétique ou fonctionnelle de certaines installations sportives réalisées sur la Corniche, préférant réserver son appréciation personnelle sur ce point. Son propos porte avant tout sur la méthode, la gouvernance et le respect des compétences.
Car, rappelle-t-il, dans une politique urbaine cohérente, l’État et les collectivités territoriales ne doivent pas évoluer en territoires concurrents. Ils doivent agir en complémentarité, conformément au principe de subsidiarité.
La décentralisation n’est pas un obstacle à l’action publique : elle en est l’un des instruments essentiels.
Et sur la Corniche Ouest, estime le député, ce sont précisément le dialogue, la synergie et le respect des institutions qui auraient dû tenir lieu de boussole.