L’Amérique aime la bagnole. Le pays est traversé par des quatre voies et pavé de parkings. Alors, ça ne dérange personne aux USA, de faire deux heures de route, bouchons compris, pour rejoindre des stades situés souvent loin et même très loin des centres-villes. À Boston, le Gillette Stadium est à 45 kilomètres du cœur battant de la ville. C’est quasiment comme s’il fallait aller à Saint-Etienne pour voir jouer l’OL. Les embouteillages monstres ne découragent personne, ils font partie du rituel. Il faut dire que l’expérience vaut le détour. Ici, on ne se serre pas comme du bétail à boire des bières tièdes dans une tribune qui sent la fumée froide.
Pour cette Coupe du monde, les États-Unis et la FIFA ont emprunté les codes des sports américains pour les adapter au football. Les stades monumentaux, véritables cathédrales au milieu des autoroutes, offrent des perspectives folles. Les grands écrans du Gillette Stadium offrent une expérience unique. Ceux-ci sont au cœur du spectacle.
Car si, en Europe, ce sont les tribunes qui font l’ambiance, de ce côté de l’Atlantique, c’est le stade qui en a la charge. La scénographie est impeccable, rodée et se répète à chaque rencontre. Le football n’est jamais laissé seul. Il est accompagné, encadré, amplifié, voire survitaminé. À l’image de l’entrée des équipes : les joueurs ne sont plus 11 sur la pelouse, mais 26 à s’époumoner sur les hymnes devant des drapeaux gigantesques.
Eminem, Aznavour, David Guetta et Zidane
L’avant-match est un concert à ciel ouvert avec un son assourdissant, mais impeccable. Chaque sélection a le droit à trois classiques pour chauffer ses fans. Côté français, le triptyque est éclectique : Emmenez-moi de Charles Aznavour, D.A.N.C.E de Justice et le très moderne Melodrama de Disiz et Theodora. Philadelphie a eu du rab avant France – Irak avec un surprenant Michel Delpech (Le Chasseur). La bande-son cocardière, très bien choisie, fait toujours son effet.
Mais l’identité sonore de cette Coupe du monde ne s’arrête pas là. Les équipes entrent sur l’instrumentale de Lose Yourself, le hit d’Eminem, ou sur Sirius (Alan Parsons Project) emprunté aux Bulls de Michael Jordan. Le coup d’envoi est, lui, annoncé par un puissant remix de Titanium (David Guetta feat.Sia). La mécanique est parfaite et pour faire monter la sauce, la FIFA diffuse les moments iconiques de sa compétition sur les écrans avec du Pelé, du Cruyff, du Zidane et du Messi. Le supporter n’est plus vraiment responsable de l’ambiance. Il ne porte plus le match. Il l’accompagne. Il le regarde. Il le consomme.
"Make some noise"
Tous les 20 mètres, un stand de hot dog (à 17 euros pièces pour une qualité douteuse), de pop-corn, de pizzas : il y en a pour tous les goûts. On se sert avec des plateaux qu’on ramène jusqu’à son siège. Et face à l’appétit vorace des spectateurs, il n’est pas rare de voir les tribunes dépeuplées à la reprise des débats après la pause. Mais il faut dire que l’expérience est agréable : on se goinfre avec des tubes qui s’enchaînent face à la promesse d’un spectacle que la FIFA sait vendre.
Chaque temps mort est l’occasion de chercher dans le stade le fan le plus dingue ou le mieux déguisé. Et pour couvrir les huées qui accueillent les hydratation break, rien de mieux que quelques classiques pour saturer les enceintes : les Red Hot Chili Peppers pour faire couleur locale, Khaled pour son caractère festif ou Gala pour mettre tout le monde d’accord. Et sur les écrans, une injonction : Make some noise (ndlr : "Faites du bruit") au cas où on n’aurait pas compris l’objet de la soirée. Les batucadas ou les pom-pom girls s’occupent de maintenir l’ambiance quand la pause intervient. Il ne faudrait surtout pas entendre les mouches voler.
Le match est-il toujours au centre de l’attention ?
Mais au milieu de ce vacarme, le match est-il toujours au centre de l’attention ? Le public se divise en trois catégories : les supporters des deux équipes et une bonne partie d’Américains dont la plupart ne connaissent rien aux règles du jeu qui se déroule sous leurs yeux. Le prix des billets, et du voyage, a dissuadé bon nombre de fans de faire le déplacement. Il opère une sélection par le haut et dessine un public plus poli et moins incandescent. Comme souvent lors des Coupes du monde. Les incessantes coupures n’aident pas à faire monter l’ambiance même si elles la nourrissent artificiellement. On chante, on mange, mais est-ce qu’on pousse encore ?
Même les Ecossais, pourtant réputés pour leur ferveur, n’ont pas vraiment secoué les murs du stade de Boston à l’exception d’un Flower of Scotland vibrant lors des hymnes face à Haïti. Le spectacle est partout, le confort irréprochable, le son impeccable. Mais en quittant le stade, une question reste suspendue : si le football est devenu un show, y’a-t-il encore de la place pour les supporters ?
Pour cette Coupe du monde, les États-Unis et la FIFA ont emprunté les codes des sports américains pour les adapter au football. Les stades monumentaux, véritables cathédrales au milieu des autoroutes, offrent des perspectives folles. Les grands écrans du Gillette Stadium offrent une expérience unique. Ceux-ci sont au cœur du spectacle.
Car si, en Europe, ce sont les tribunes qui font l’ambiance, de ce côté de l’Atlantique, c’est le stade qui en a la charge. La scénographie est impeccable, rodée et se répète à chaque rencontre. Le football n’est jamais laissé seul. Il est accompagné, encadré, amplifié, voire survitaminé. À l’image de l’entrée des équipes : les joueurs ne sont plus 11 sur la pelouse, mais 26 à s’époumoner sur les hymnes devant des drapeaux gigantesques.
Eminem, Aznavour, David Guetta et Zidane
L’avant-match est un concert à ciel ouvert avec un son assourdissant, mais impeccable. Chaque sélection a le droit à trois classiques pour chauffer ses fans. Côté français, le triptyque est éclectique : Emmenez-moi de Charles Aznavour, D.A.N.C.E de Justice et le très moderne Melodrama de Disiz et Theodora. Philadelphie a eu du rab avant France – Irak avec un surprenant Michel Delpech (Le Chasseur). La bande-son cocardière, très bien choisie, fait toujours son effet.
Mais l’identité sonore de cette Coupe du monde ne s’arrête pas là. Les équipes entrent sur l’instrumentale de Lose Yourself, le hit d’Eminem, ou sur Sirius (Alan Parsons Project) emprunté aux Bulls de Michael Jordan. Le coup d’envoi est, lui, annoncé par un puissant remix de Titanium (David Guetta feat.Sia). La mécanique est parfaite et pour faire monter la sauce, la FIFA diffuse les moments iconiques de sa compétition sur les écrans avec du Pelé, du Cruyff, du Zidane et du Messi. Le supporter n’est plus vraiment responsable de l’ambiance. Il ne porte plus le match. Il l’accompagne. Il le regarde. Il le consomme.
"Make some noise"
Tous les 20 mètres, un stand de hot dog (à 17 euros pièces pour une qualité douteuse), de pop-corn, de pizzas : il y en a pour tous les goûts. On se sert avec des plateaux qu’on ramène jusqu’à son siège. Et face à l’appétit vorace des spectateurs, il n’est pas rare de voir les tribunes dépeuplées à la reprise des débats après la pause. Mais il faut dire que l’expérience est agréable : on se goinfre avec des tubes qui s’enchaînent face à la promesse d’un spectacle que la FIFA sait vendre.
Chaque temps mort est l’occasion de chercher dans le stade le fan le plus dingue ou le mieux déguisé. Et pour couvrir les huées qui accueillent les hydratation break, rien de mieux que quelques classiques pour saturer les enceintes : les Red Hot Chili Peppers pour faire couleur locale, Khaled pour son caractère festif ou Gala pour mettre tout le monde d’accord. Et sur les écrans, une injonction : Make some noise (ndlr : "Faites du bruit") au cas où on n’aurait pas compris l’objet de la soirée. Les batucadas ou les pom-pom girls s’occupent de maintenir l’ambiance quand la pause intervient. Il ne faudrait surtout pas entendre les mouches voler.
Le match est-il toujours au centre de l’attention ?
Mais au milieu de ce vacarme, le match est-il toujours au centre de l’attention ? Le public se divise en trois catégories : les supporters des deux équipes et une bonne partie d’Américains dont la plupart ne connaissent rien aux règles du jeu qui se déroule sous leurs yeux. Le prix des billets, et du voyage, a dissuadé bon nombre de fans de faire le déplacement. Il opère une sélection par le haut et dessine un public plus poli et moins incandescent. Comme souvent lors des Coupes du monde. Les incessantes coupures n’aident pas à faire monter l’ambiance même si elles la nourrissent artificiellement. On chante, on mange, mais est-ce qu’on pousse encore ?
Même les Ecossais, pourtant réputés pour leur ferveur, n’ont pas vraiment secoué les murs du stade de Boston à l’exception d’un Flower of Scotland vibrant lors des hymnes face à Haïti. Le spectacle est partout, le confort irréprochable, le son impeccable. Mais en quittant le stade, une question reste suspendue : si le football est devenu un show, y’a-t-il encore de la place pour les supporters ?