De nombreux supporters ont déjà fait le choix de ne pas venir soutenir leur équipe à la prochaine Coupe du Monde. Le prix faramineux des billets, au moins trois fois et parfois jusqu'à dix fois plus chers qu'au Qatar en 2022, y est pour beaucoup : ESTC, l'association officielle des supporters anglais, a calculé qu'il coûterait 7 000 dollars US - au minimum -, soit un peu plus de 6 000 euros, à un fan des Three Lions pour suivre son équipe de bout en bout si celle-ci parvenait en finale soixante ans après Wembley. Transport, hôtels, pizzas et bière non compris.
D'autres auront craint se voir refuser l'entrée sur le territoire américain pour cause de "mauvais" passeport, ceux venus d'Iran et de Haiti par exemple, officiellement persona non grata à l'exception des joueurs et de l'encadrement technique de la sélection. Depuis ce mercredi, les ressortissants de 75 pays sont soumis aux nouvelles règles d'immigration annoncées par le Ministre des Affaires Etrangères de Donald Trump Marco Rubio. Quinze de ces pays, dont le Brésil, l'Egypte et la Côte d'Ivoire, se sont qualifiés pour le Mondial.
Certes, la suspension de l'attribution de visas aux ressortissants de ces nations ne concerne pas a priori les supporters en déplacement, en tout cas pas encore, mais on comprend que ceux-là se demandent à quoi ressemblera le welcome américain. Ce ne sont pas les images terribles des raids menés par ICE dans de nombreuses villes US et des violences policières qui ont mené à la mort de Renée Nicole Good qui les auront rassurés à ce sujet.
Le Groenland change tout
Rien de cela n'est vraiment nouveau. Ce qui l'est, c'est l'ouragan géopolitique déclenché par l'intervention américaine au Vénézuéla et les menaces de Donald Trump vis-à-vis du Mexique, de Panama, de la Colombie et, surtout, du Groenland, qui mettent en péril jusqu'à l'existence de l'OTAN et des alliances forgées après la Seconde Guerre Mondiale, comme le Premier Ministre canadien Mark Carney le dit si éloquemment à Davos cette semaine.
Même si Trump parait avoir fait marche arrière, où nous en serons sur ce plan dans un mois, nul ne le sait, au fur et à mesure que les déclarations du président américain se font de plus en plus lunaires, sans que qui que ce soit dans son entourage ose émettre la moindre réserve ou essaie de les tempérer. L'impensable ne l'est plus. En football, cela signifie qu'un boycott des nations se sentant menacées par l'expansionnisme américain est entré dans le champ du possible.
Ce ne serait pas la première fois qu'un groupe de nations déciderait de boycotter la Coupe du Monde. L'Uruguay, vexé de ce que beaucoup de pays européens avaient snobé le tournoi de 1930, refusa de défendre son titre mondial en Italie en 1934. Pas un pays africain ne participa à l'édition 1966 après que la Fifa avait décidé que trois de ses confédérations - Afrique, Asie et Océanie - devraient se battre pour une seule des seize places offertes au tournoi. Si vous vous demandez comment il se fait que la Corée du Nord plutôt que le Ghana (plus grande puissance de football en Afrique à l'époque) se soit retrouvée en Angleterre, ne cherchez pas plus loin : elle n'avait eu à battre qu'une seule équipe pour cela, l'Australie (*).
47% d'Allemands partisans du boycott
Cette fois-ci, ce serait l'Europe qui serait concernée en premier lieu ; et, il y a quelques jours, pour la première fois, une personnalité politique européenne d'envergure a osé envisager la possibilité d'un boycott. Il ne s'agissait pas d'un excentrique ou d'un professionnel de la provocation, comme le président du Parti des Travailleurs de Grande-Bretagne George Galloway, qui avait déclaré : "seul un cinglé irait aux USA pour la Coupe du Monde de la Fifa ! Vous auriez de la chance d'en revenir vivant. Même si vous êtes blanc !"
Il s'agissait de Jürgen Hardt, porte-parole aux affaires étrangères de la CDU, le parti chrétien-démocrate du chancellier allemand Friedrich Merz. Hardt parlait au magazine Bild, qui avait pour l'occasion commandé un sondage à l'institut INSA, effectué les 15 et 16 janvier derniers.
"Seriez-vous partisan d'un boycott de la Coupe du Monde de la Fifa aux USA si le président US Donald Trump annexait le Groenland ?" était la question posée. 47% des personnes interrogées répondirent "oui", contre 35% qui dirent "non" et 18% d'indécis.
On n'en est pas encore aux 65% des Allemands qui souhaitaient que la Mannschaft fasse l'impasse sur Qatar 2022. La différence est que le gouvernement allemand s'était bien gardé de prendre position sur la question alors. Ce n'est plus tout à fait le cas : si Hardt ne fait pas partie du cabinet de Merz, il a l'oreille de son chancelier et personne ne doute qu'il avait aussi sa bénédiction.
Hardt précisa qu'un boycott serait une mesure de dernier recours "pour faire reprendre raison à Trump sur le dossier du Groenland", vu combien le président américain avait montré "quelle grande importance la Coupe du Monde avait pour lui".
Petitions en vogue
Si Hardt se sentait le droit de parler comme il le fit, c'est qu'il sait que la possibilité d'un boycott est évoquée dans les discussions entre partenaires de l'Union - comme elle le sera en marge du prochain Congrès de l'UEFA à Bruxelles, le 12 février prochain -, au même titre que l'imposition de tarifs douaniers sur les biens importés des Etats-Unis ou la vente massive d'obligations du Trésor américain. De plus, politiquement parlant, faire preuve de défiance face à Trump est devenu un moyen sûr de se mettre au diapason de l'opinion en Europe.
On ne peut encore parler d'un véritable mouvement ; mais plusieurs pétitions demandant à leurs fédérations de se retirer du game ont été lancées, notamment aux Pays-Bas, où son initiateur, le présentateur et écrivain Teun van de Keuken, fit une intervention remarquée sur la chaîne de télévision publique NPO-1 lundi dernier. Le nombre de signataires de "Boycott Trump's World Cup" explosa de 8 000 à plus de 60 000 en l'espace de quelques heures. Mardi soir, la barre des 100 000 était dépassée.
D'autres voix, plus inattendues, se sont faites entendre, comme celle de Claude Le Roy, figure vénérée du football africain et l'un des héros, avec Sadio Mané, de la toute récente et plus que tumultueuse finale de la CAN. Ce n'est pas le destin du Groenland qui animait la colère de l'ancien sélectionneur du Congo, du Cameroun et du Sénégal (entre autres nations africaines). Ce sont les coupes sauvages pratiquées par l'administration Trump dans le budget d'aide internationale des USA.
"Il abîme l’Afrique en tuant les ONG", nous expliquait-il lundi. "C’est ça, le drame de ce continent. Je me demande s’il ne faudrait pas appeler au boycott de la Coupe du monde 2026, vu le comportement de Donald Trump à l’égard du continent africain, avec un président de la FIFA [Gianni Infantino] qui se targue d’être à ses côtés. Les dirigeants au plus haut niveau du foot ne parlent plus jamais de foot mais que de fric", développait-il au Figaro.
Silence et gêne
On doit ajouter à cela les activistes environnementaux révoltés par la décision de l'Amérique trumpienne de se retirer de l'Accord de Paris. Le Canadien Tim Walters, professeur au Okanagan College de Colombie Britannique, s'est exprimé sur le sujet pour le site de Play The Game. "Les États-Unis sont désormais un "État voyou "en matière d'environnement et doivent être traités comme tels", écrivit-il. "Le dirigeant qui a choisi la voie du nihilisme climatique ne saurait être autorisé à présider la Coupe du monde".
Dans le climat actuel, si volatil, des relations européo-américaines, quand personne ne sait à quoi ressemblera le prochain diktat trumpien, faire quelque prédiction que ce soit sur le Mondial de 2026 est impossible. Gianni Infantino, bien gêné, n'est pas sorti de son silence. Le président de l'UEFA Aleksandr Ceferin n'a pas pipé mot, pas plus que Philippe Diallo et ses pairs. Pour le moment. Cela n'empêchera pas la graine de l'idée du boycott de continuer de pousser : c'est que le terreau est fertile.
Et que le Danemark, toujours en lice pour une place au Mondial via les barrages, vienne à se qualifier au mois de mars...
(*) Une fois le boycott africain confirmé, la Fifa décida que la place promise au tournoi de 1966 irait au vainqueur d'un tournoi quadrangulaire dans lequel seraient engagées les deux Corées, l'Australie et...l'Afrique du Sud, invitée par la Confédération asiatique afin de contourner son expulsion de la CAF ; mais seules la Corée du Nord et l'Australie se rendirent au Cambodge pour ce qui équivalait à un barrage, remporté 9-2 par les premiers sur les deux matches.
D'autres auront craint se voir refuser l'entrée sur le territoire américain pour cause de "mauvais" passeport, ceux venus d'Iran et de Haiti par exemple, officiellement persona non grata à l'exception des joueurs et de l'encadrement technique de la sélection. Depuis ce mercredi, les ressortissants de 75 pays sont soumis aux nouvelles règles d'immigration annoncées par le Ministre des Affaires Etrangères de Donald Trump Marco Rubio. Quinze de ces pays, dont le Brésil, l'Egypte et la Côte d'Ivoire, se sont qualifiés pour le Mondial.
Certes, la suspension de l'attribution de visas aux ressortissants de ces nations ne concerne pas a priori les supporters en déplacement, en tout cas pas encore, mais on comprend que ceux-là se demandent à quoi ressemblera le welcome américain. Ce ne sont pas les images terribles des raids menés par ICE dans de nombreuses villes US et des violences policières qui ont mené à la mort de Renée Nicole Good qui les auront rassurés à ce sujet.
Le Groenland change tout
Rien de cela n'est vraiment nouveau. Ce qui l'est, c'est l'ouragan géopolitique déclenché par l'intervention américaine au Vénézuéla et les menaces de Donald Trump vis-à-vis du Mexique, de Panama, de la Colombie et, surtout, du Groenland, qui mettent en péril jusqu'à l'existence de l'OTAN et des alliances forgées après la Seconde Guerre Mondiale, comme le Premier Ministre canadien Mark Carney le dit si éloquemment à Davos cette semaine.
Même si Trump parait avoir fait marche arrière, où nous en serons sur ce plan dans un mois, nul ne le sait, au fur et à mesure que les déclarations du président américain se font de plus en plus lunaires, sans que qui que ce soit dans son entourage ose émettre la moindre réserve ou essaie de les tempérer. L'impensable ne l'est plus. En football, cela signifie qu'un boycott des nations se sentant menacées par l'expansionnisme américain est entré dans le champ du possible.
Ce ne serait pas la première fois qu'un groupe de nations déciderait de boycotter la Coupe du Monde. L'Uruguay, vexé de ce que beaucoup de pays européens avaient snobé le tournoi de 1930, refusa de défendre son titre mondial en Italie en 1934. Pas un pays africain ne participa à l'édition 1966 après que la Fifa avait décidé que trois de ses confédérations - Afrique, Asie et Océanie - devraient se battre pour une seule des seize places offertes au tournoi. Si vous vous demandez comment il se fait que la Corée du Nord plutôt que le Ghana (plus grande puissance de football en Afrique à l'époque) se soit retrouvée en Angleterre, ne cherchez pas plus loin : elle n'avait eu à battre qu'une seule équipe pour cela, l'Australie (*).
47% d'Allemands partisans du boycott
Cette fois-ci, ce serait l'Europe qui serait concernée en premier lieu ; et, il y a quelques jours, pour la première fois, une personnalité politique européenne d'envergure a osé envisager la possibilité d'un boycott. Il ne s'agissait pas d'un excentrique ou d'un professionnel de la provocation, comme le président du Parti des Travailleurs de Grande-Bretagne George Galloway, qui avait déclaré : "seul un cinglé irait aux USA pour la Coupe du Monde de la Fifa ! Vous auriez de la chance d'en revenir vivant. Même si vous êtes blanc !"
Il s'agissait de Jürgen Hardt, porte-parole aux affaires étrangères de la CDU, le parti chrétien-démocrate du chancellier allemand Friedrich Merz. Hardt parlait au magazine Bild, qui avait pour l'occasion commandé un sondage à l'institut INSA, effectué les 15 et 16 janvier derniers.
"Seriez-vous partisan d'un boycott de la Coupe du Monde de la Fifa aux USA si le président US Donald Trump annexait le Groenland ?" était la question posée. 47% des personnes interrogées répondirent "oui", contre 35% qui dirent "non" et 18% d'indécis.
On n'en est pas encore aux 65% des Allemands qui souhaitaient que la Mannschaft fasse l'impasse sur Qatar 2022. La différence est que le gouvernement allemand s'était bien gardé de prendre position sur la question alors. Ce n'est plus tout à fait le cas : si Hardt ne fait pas partie du cabinet de Merz, il a l'oreille de son chancelier et personne ne doute qu'il avait aussi sa bénédiction.
Hardt précisa qu'un boycott serait une mesure de dernier recours "pour faire reprendre raison à Trump sur le dossier du Groenland", vu combien le président américain avait montré "quelle grande importance la Coupe du Monde avait pour lui".
Petitions en vogue
Si Hardt se sentait le droit de parler comme il le fit, c'est qu'il sait que la possibilité d'un boycott est évoquée dans les discussions entre partenaires de l'Union - comme elle le sera en marge du prochain Congrès de l'UEFA à Bruxelles, le 12 février prochain -, au même titre que l'imposition de tarifs douaniers sur les biens importés des Etats-Unis ou la vente massive d'obligations du Trésor américain. De plus, politiquement parlant, faire preuve de défiance face à Trump est devenu un moyen sûr de se mettre au diapason de l'opinion en Europe.
On ne peut encore parler d'un véritable mouvement ; mais plusieurs pétitions demandant à leurs fédérations de se retirer du game ont été lancées, notamment aux Pays-Bas, où son initiateur, le présentateur et écrivain Teun van de Keuken, fit une intervention remarquée sur la chaîne de télévision publique NPO-1 lundi dernier. Le nombre de signataires de "Boycott Trump's World Cup" explosa de 8 000 à plus de 60 000 en l'espace de quelques heures. Mardi soir, la barre des 100 000 était dépassée.
D'autres voix, plus inattendues, se sont faites entendre, comme celle de Claude Le Roy, figure vénérée du football africain et l'un des héros, avec Sadio Mané, de la toute récente et plus que tumultueuse finale de la CAN. Ce n'est pas le destin du Groenland qui animait la colère de l'ancien sélectionneur du Congo, du Cameroun et du Sénégal (entre autres nations africaines). Ce sont les coupes sauvages pratiquées par l'administration Trump dans le budget d'aide internationale des USA.
"Il abîme l’Afrique en tuant les ONG", nous expliquait-il lundi. "C’est ça, le drame de ce continent. Je me demande s’il ne faudrait pas appeler au boycott de la Coupe du monde 2026, vu le comportement de Donald Trump à l’égard du continent africain, avec un président de la FIFA [Gianni Infantino] qui se targue d’être à ses côtés. Les dirigeants au plus haut niveau du foot ne parlent plus jamais de foot mais que de fric", développait-il au Figaro.
Silence et gêne
On doit ajouter à cela les activistes environnementaux révoltés par la décision de l'Amérique trumpienne de se retirer de l'Accord de Paris. Le Canadien Tim Walters, professeur au Okanagan College de Colombie Britannique, s'est exprimé sur le sujet pour le site de Play The Game. "Les États-Unis sont désormais un "État voyou "en matière d'environnement et doivent être traités comme tels", écrivit-il. "Le dirigeant qui a choisi la voie du nihilisme climatique ne saurait être autorisé à présider la Coupe du monde".
Dans le climat actuel, si volatil, des relations européo-américaines, quand personne ne sait à quoi ressemblera le prochain diktat trumpien, faire quelque prédiction que ce soit sur le Mondial de 2026 est impossible. Gianni Infantino, bien gêné, n'est pas sorti de son silence. Le président de l'UEFA Aleksandr Ceferin n'a pas pipé mot, pas plus que Philippe Diallo et ses pairs. Pour le moment. Cela n'empêchera pas la graine de l'idée du boycott de continuer de pousser : c'est que le terreau est fertile.
Et que le Danemark, toujours en lice pour une place au Mondial via les barrages, vienne à se qualifier au mois de mars...
(*) Une fois le boycott africain confirmé, la Fifa décida que la place promise au tournoi de 1966 irait au vainqueur d'un tournoi quadrangulaire dans lequel seraient engagées les deux Corées, l'Australie et...l'Afrique du Sud, invitée par la Confédération asiatique afin de contourner son expulsion de la CAF ; mais seules la Corée du Nord et l'Australie se rendirent au Cambodge pour ce qui équivalait à un barrage, remporté 9-2 par les premiers sur les deux matches.