Coupe du monde - France-Sénégal 2002, autopsie d'un couac mondial avec les acteurs français et sénégalais de l'époque

Rédigé par Dakarposte le Lundi 15 Juin 2026 à 01:16 modifié le Lundi 15 Juin 2026 03:16

Il y a 24 ans à Séoul, la France, championne du monde et d'Europe en titre, se faisait surprendre par le Sénégal (0-1) en match d'ouverture du Mondial 2002. Comment expliquer un tel couac pour les hommes de Roger Lemerre, qui écrasaient tout sur leur passage jusqu'ici ? Retour sur ce si particulier 31 mai 2002 avec les acteurs français et sénégalais de l'époque.


Ce samedi 18 mai 2002, le public du Stade de France est en fête. Les Bleus, champions du monde et d'Europe en titre mais aussi vainqueurs de la Coupe des Confédérations 2001 avec un effectif renouvelé, concluent leur tournée mondiale, Djibril Cissé, auteur d'une saison extraordinaire avec l'AJ Auxerre, honore sa première sélection, l'équipementier de l'époque diffuse en boucle des spots publicitaires du maillot bleu avec la deuxième étoile, le tout sur l'air "On est champions" de Johnny Hallyday. A treize jours du coup d'envoi du Mondial, le très fort optimisme ambiant peut se comprendre : Roger Lemerre part en Asie avec les meilleurs buteurs de L1 (Djibril Cissé), de Premier League (Thierry Henry) et de Serie A (David Trezeguet) mais aussi 17 éléments qui ont brillamment remporté l'Euro 2000.


Pourtant, ce soir-là, les Bleus, tenus en échec un mois plus tôt à Saint-Denis par la Russie (0-0), s'inclinent face à la Belgique (1-2), loin d'être la machine de guerre qu'elle va devenir une décennie plus tard avec la génération Hazard. Bien plus qu'il n'y paraît à l'époque, cette défaite, concédée sans Zinédine Zidane et Claude Makélélé retenus par le Real Madrid en vue de la finale de la Ligue des champions quatre jours plus tard contre le Bayer Leverkusen (2-1), est annonciatrice de lendemains très compliqués.


"Marcel Desailly : Notre préparation ne s'était pas bien passée "

Après Robert Pirès, en très grande forme lors de cette saison 2001-02 mais victime d'une rupture d'un ligament croisé d'un genou en mars contre Newcastle en Coupe d'Angleterre, c'est le Ballon d'Or 1998, grand espoir de tout un peuple, qui va garnir l'infirmerie lors du match amical en Corée du Sud (3-2) le 26 mai à cinq jours du match d'ouverture. Ces deux joueurs cadres du onze de Roger Lemerre manquent donc à l'appel pour affronter le Sénégal à Séoul. "Notre préparation ne s'était pas bien passée, nous a confié Marcel Desailly en marge de France-Côte d'Ivoire (1-2) le 4 juin dernier. On avait joué contre la Corée du Sud trop près de notre premier match face au Sénégal. Zinedine Zidane se blesse, notre état d’esprit était négatif."

En face se présentent les Lions de la Teranga, novices en Coupe du monde. Dans les 23 de Bruno Metsu, on retrouve 21 éléments qui évoluent dans le championnat de France dont le Lensois El-Hadji Diouf et l'Auxerrois Khalilou Fadiga. Trois mois et demi plus tôt, les Sénégalais ont atteint la finale de la Coupe d'Afrique des nations (défaite aux tirs au but contre le Cameroun). Pourtant, avant le coup d'envoi du match face aux Bleus, "pas grand monde n'aurait misé un kopeck sur nous", rappelle Amara Traoré, leader à l'époque du vestiaire sénégalais.

"On a senti que l'équipe de France nous a un peu sous-estimés et qu'il y avait un sentiment de supériorité. Pas seulement les joueurs mais tout le football français. A l'époque, j'avais eu une discussion sur Eurosport avec Philippe Séguin, l'ancien président de l'Assemblée nationale, qui était un grand fan de football. Il m'avait dit après le tirage : 'Monsieur Traoré, soyez réaliste...'. Pour les observateurs, on sentait qu'il n'allait pas y avoir photo. Pourtant, sur un match, on savait qu'on pouvait faire un exploit, nous confie l'ancien attaquant emblématique de Gueugnon, remplaçant face à la France. De notre côté, il n'y avait pas de sentiment de peur mais plutôt de révolte. On voulait faire quelque chose de grandiose et marquer l'histoire de la Coupe du monde." Sans se prendre la tête car la nuit précédant la rencontre "certains joueurs ont veillé jusqu'à deux heures du matin (dixit Amara Traoré)".

Sélectionneur du Sénégal, Bruno Metsu est déterminé à frapper un grand coup. L'ancien coach de Sedan, "auteur d'un discours d'avant-match vraiment mémorable pour transcender l'équipe", aligne un 4-1-4-1 défensif "avec l'objectif de bloquer les deux couloirs adverses" via les duos Ferdinand Coly-Moussa Ndiaye et Omar Daf-Khalilou Fadiga pour forcer l'équipe de France à jouer au centre du terrain.
C'est d'ailleurs dans cette zone que Youri Djorkaeff perd le ballon à la demi-heure de jeu. El-Hadji Diouf, côté gauche, avale l'espace, évite le tacle de Franck Leboeuf et effectue un centre en retrait. Emmanuel Petit veut repousser en corner mais le ballon rebondit sur Fabien Barthez. Dans les six mètres, le regretté Papa Bouba Diop conclut dans le but vide. "On a encaissé un but un peu comique en contre-attaque, dira après coup Franck Leboeuf en zone mixte. Les Sénégalais ont été plus réalistes que nous."

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