DRAME À L’HÔPITAL NDAMATOU DE TOUBA : LA MORT D’UN NOURRISSON DE NEUF MOIS EXIGE TOUTE LA VÉRITÉ

Rédigé par Dakarposte le Samedi 10 Octobre 2026 à 21:38 modifié le Samedi 10 Octobre 2026 23:38

La mort du petit Serigne Saliou Dieng, âgé de neuf mois, à l’Établissement public de santé (EPS) Touba Ndamatou, plonge une famille dans une douleur indicible et soulève de graves interrogations sur les circonstances de sa prise en charge. Au-delà de l’émotion, une exigence s’impose : que toute la lumière soit faite sur ce drame, dans l’intérêt de la famille endeuillée, de la vérité et de la confiance des citoyens envers notre système de santé.


Il est des drames devant lesquels les mots semblent dérisoires. La disparition d’un nourrisson de neuf mois appartient à cette catégorie de tragédies qui bouleversent les consciences et laissent derrière elles une douleur que rien ne saurait véritablement apaiser. À Touba, le décès du petit Serigne Saliou Dieng, après plusieurs jours d’hospitalisation à l’EPS Ndamatou, suscite une vive émotion et appelle des réponses précises.

Car lorsqu’une vie aussi fragile s’éteint dans un établissement de santé, les parents ont le droit de comprendre ce qui s’est passé. Ils ont droit à des explications claires, à une enquête sérieuse et à des conclusions fondées sur des éléments médicaux et judiciaires incontestables. Leur chagrin ne saurait être relégué au second plan, pas plus que leurs interrogations ne devraient être balayées d’un revers de main.

Dans un communiqué publié le 9 octobre 2026, la direction de l’hôpital a livré sa version des faits. Selon ce document, le nourrisson a été admis aux urgences pédiatriques le vendredi 2 octobre, avant de bénéficier de soins et d’être transféré en réanimation à la suite d’un arrêt cardiaque. Après trois jours de soins intensifs, l’enfant a malheureusement succombé.

L’établissement précise que la cause exacte du décès n’étant pas établie, des démarches ont été engagées dès le jour du drame en vue de la réalisation d’une autopsie. Une enquête interne aurait également été ouverte afin de déterminer les circonstances de cette disparition.

De son côté, la famille avance une autre hypothèse : selon ses déclarations, une injection administrée au nourrisson serait à l’origine de son décès. Cette affirmation, particulièrement grave, doit être examinée avec le plus grand sérieux. Elle ne saurait être considérée comme une preuve de faute médicale avant les conclusions des investigations, mais elle ne saurait davantage être écartée sans vérification.

Entre les interrogations légitimes des parents et les explications de l’établissement hospitalier, seule une investigation rigoureuse permettra de distinguer les faits établis des suppositions.

Dans une affaire aussi sensible, le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique ne peut se contenter d’une communication administrative. Il lui revient de s’assurer que les procédures d’évaluation de la prise en charge ont été respectées, que les dossiers médicaux pertinents sont préservés et que les investigations nécessaires sont conduites avec toute l’indépendance requise.

Il importe notamment de déterminer la nature des soins administrés à l’enfant, les circonstances de son transfert en réanimation, la chronologie exacte des événements et l’existence éventuelle d’un lien entre un acte médical et le décès. Ces questions relèvent de l’expertise des professionnels compétents et doivent recevoir des réponses documentées, sans précipitation ni complaisance.

Si aucune faute n’est établie, les conclusions devront permettre de dissiper les soupçons et de rétablir la confiance. Si, en revanche, des manquements sont démontrés, les responsabilités devront être clairement identifiées et les mesures appropriées prises.

La médecine est un domaine où l’incertitude peut parfois subsister malgré des soins consciencieux. Mais cette réalité ne dispense jamais les établissements de santé de leur obligation de traçabilité, de transparence et de reddition de comptes.

La confiance des familles ne se décrète pas. Elle se construit par la qualité des soins, la rigueur des pratiques et la capacité des institutions à répondre avec sérieux aux interrogations qui leur sont adressées.

L’intervention du ministère de la Justice, à travers les autorités judiciaires compétentes, est tout aussi importante si les circonstances du décès sont susceptibles de révéler une infraction.

Il ne s’agit ni de condamner un personnel médical avant l’heure ni de transformer une tragédie en procès public. Il s’agit de garantir que les faits soient examinés avec impartialité, que les éléments de preuve soient préservés et que les conclusions médicales puissent, si nécessaire, être exploitées dans le cadre d’une procédure judiciaire.

L’autopsie annoncée revêt, à cet égard, une importance particulière. Ses résultats devront être communiqués aux autorités compétentes et, dans les limites prévues par la loi, expliqués à la famille. L’enquête interne ne saurait, à elle seule, remplacer les vérifications indépendantes qu’exigerait la découverte d’éléments susceptibles de mettre en cause une responsabilité pénale.

Il serait également souhaitable que les parents soient régulièrement informés de l’évolution du dossier et puissent faire valoir leurs droits dans un cadre serein.

La transparence ne consiste pas à promettre que toute la vérité sera faite : elle consiste à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour y parvenir, puis à rendre compte des conclusions.


Cette tragédie soulève une question plus large : celle de la relation entre les établissements de santé et les populations qu’ils ont pour mission de servir.

Lorsqu’un décès survient dans un hôpital, les familles sont souvent confrontées à une double épreuve : le deuil, d’une part, et l’incertitude quant aux circonstances de la disparition, d’autre part. En l’absence d’explications précises, les soupçons peuvent s’installer, les rumeurs se propager et la confiance se détériorer.

Il appartient donc aux structures hospitalières de développer une culture de communication responsable avec les familles, particulièrement lorsqu’un événement grave survient. Expliquer les décisions médicales, documenter les soins prodigués et répondre aux interrogations légitimes ne constitue pas une faveur accordée aux proches : c’est une exigence de bonne gouvernance sanitaire.

Il revient également aux autorités de tutelle de s’assurer que les mécanismes de traitement des plaintes, d’évaluation des événements indésirables et de contrôle de la qualité des soins fonctionnent effectivement.

La mort d’un nourrisson ne doit pas devenir une affaire que l’on referme à coups de communiqués. Elle doit, au contraire, donner lieu à un examen méthodique des faits, afin que les éventuelles défaillances soient corrigées et que les enseignements nécessaires soient tirés.


En présentant ses condoléances à la famille, la direction de l’EPS Ndamatou a annoncé son intention de faire preuve de transparence et de prendre les mesures appropriées à la lumière des conclusions de l’autopsie et de l’enquête interne. Cet engagement doit désormais se traduire par des actes concrets et des résultats accessibles aux autorités compétentes.

Le ministère de la Santé doit suivre ce dossier avec la vigilance qu’exige la gravité des faits. Le ministère de la Justice doit, pour sa part, veiller à ce que toute éventuelle infraction soit traitée conformément à la loi. Les responsables de l’établissement doivent coopérer pleinement aux investigations et fournir les éléments nécessaires à la compréhension de la prise en charge du nourrisson.

Il ne s’agit pas de désigner des coupables avant que les faits soient établis. Il s’agit de ne laisser aucune question pertinente sans examen.

Le petit Serigne Saliou Dieng ne reviendra pas. Mais la vérité sur les circonstances de sa mort demeure indispensable à sa famille. Elle l’est également pour tous les parents qui confient leurs enfants aux structures sanitaires dans l’espoir d’y trouver des soins, de la compétence et de la sécurité.

À Touba, la douleur d’une famille ne doit pas se heurter au mur du silence. Elle doit trouver, auprès des autorités sanitaires et judiciaires, une réponse à la hauteur de la gravité du drame.

Faire toute la lumière sur cette affaire, ce n’est pas présumer d’une faute. C’est respecter la mémoire d’un enfant, les droits de ses parents et les exigences d’un service public de santé digne de la confiance des citoyens.

La promesse de transparence est désormais posée. Il appartient aux autorités concernées de lui donner corps, jusqu’à ce que les faits soient établis, les responsabilités éventuelles déterminées et les conclusions communiquées dans le respect de la loi et de la dignité de la famille endeuillée.

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