Dakar en deuil : la disparition du Grand Diaraf El Hadj Farba Paye laisse une empreinte dans la mémoire léboue

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 16 Aout 2026 à 15:15 modifié le Dimanche 16 Aout 2026 18:05

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de l’illustre El Hadj Farba Paye, présenté par l’ancien parlementaire Moussa Diakhaté comme le Grand Diaraf de Dakar, homme de culture, intellectuel accompli, conseiller avisé et figure respectée de la communauté léboue.

À l’annonce de cette disparition, c’est une voix de sagesse qui semble s’être tue, laissant derrière elle le silence particulier que provoquent les départs de ces hommes dont la présence, longtemps discrète mais profondément enracinée, constituait un repère pour les générations.

« Il était pour nous un père, un conseiller et un grand ami », témoigne l’ancien parlementaire Moussa Diakhaté dans un message empreint d’émotion. Quelques mots qui disent, mieux que de longs discours, la place qu’occupait le défunt auprès de ceux qui ont eu le privilège de le connaître et de recueillir ses conseils.

Dans la tradition léboue, le titre de Diaraf, parfois transcrit « Djaraf », ne saurait être réduit à une simple appellation honorifique. Il renvoie à une institution traditionnelle ancienne, intimement liée à l’organisation sociale et politique du pays lébou.
Le Diaraf appartient à cette architecture coutumière qui, à travers les générations, a permis à la communauté de préserver ses équilibres, ses territoires, ses usages et ses mécanismes de médiation. Le Grand Diaraf est ainsi associé à une fonction de conseil, d’arbitrage, de représentation et de préservation de la mémoire collective.

Chez les Lébous, peuple historiquement établi dans la presqu’île du Cap-Vert, cette organisation traditionnelle s’est construite autour des penth, ou pinth, ces grandes familles et unités communautaires qui structurent encore fortement la vie sociale de Dakar et de ses anciennes localités. Les institutions coutumières, les dignitaires, les anciens et les chefs de communauté y jouent traditionnellement un rôle important dans la transmission des valeurs, la résolution des différends et la sauvegarde de l’héritage ancestral. Le « Grand Diaraf » s’inscrit précisément dans cette longue tradition de responsabilité et de service à la communauté.

La disparition d’El Hadj Farba Faye prend donc une résonance particulière. Elle ne concerne pas seulement une famille plongée dans le chagrin ; elle touche également un pan de cette mémoire léboue qui se transmet davantage par la parole, l’exemple et la fréquentation des anciens que par les livres. Un homme de cette stature emporte avec lui une part d’une histoire vécue, de ces récits, de ces usages et de ces enseignements que seule la mémoire des aînés sait conserver.

Dakar, ville cosmopolite et bouillonnante, demeure pourtant profondément marquée par cette civilisation léboue qui constitue l’une de ses matrices historiques. De la presqu’île du Cap-Vert aux quartiers anciens de la capitale, la communauté léboue a contribué à façonner l’identité de la ville, son rapport à la terre, à la mer, à la solidarité et à la vie communautaire. Les institutions traditionnelles demeurent, à cet égard, des gardiennes précieuses de cette mémoire.

C’est pourquoi la disparition du Grand Diaraf résonne au-delà de son cercle familial et de ses proches. Elle rappelle l’importance de ces hommes qui, sans toujours rechercher la lumière, ont consacré une partie de leur existence à écouter, conseiller, rapprocher et transmettre. Dans une époque où la parole est souvent bruyante et où l’autorité se confond parfois avec la visibilité, les figures tutélaires comme El Hadj Farba Faye rappellent qu’il existe une autre forme de grandeur : celle qui se nourrit de la connaissance, de la retenue, de la disponibilité et du service.


La rédaction de Dakarposte s’associe avec une profonde émotion à la douleur de sa famille, de ses proches et de tous ceux qui l’ont connu et estimé. Nous adressons nos condoléances les plus attristées au Pinth de Mbott à Dakar-Plateau, au 12e Pinth de Dakar, à l’ensemble de la collectivité léboue, ainsi qu’à ses amis, compagnons et connaissances.

À sa famille éplorée, nous souhaitons courage et sérénité dans cette douloureuse épreuve. Puisse Allah, dans Son infinie miséricorde, accueillir El Hadj Farba Faye dans Son Paradis, illuminer sa tombe, lui accorder le pardon de ses fautes et récompenser ses bonnes œuvres. Puisse également le Très-Haut accorder à ses proches la force de supporter cette immense perte.

Qu’Allah fasse de sa demeure éternelle un jardin parmi les jardins du Paradis. Que son œuvre, sa mémoire et les conseils qu’il a prodigués continuent de vivre dans le cœur de ceux qui l’ont aimé. À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons. Amine !

Recommandé Pour Vous