Dakar sous les eaux : Le naufrage des milliards et le crépuscule des illusions

Rédigé par Dakarposte le Mardi 15 Septembre 2026 à 18:20 modifié le Mardi 15 Septembre 2026 20:20

Le ciel s'est abattu sur la presqu'île, et avec lui, les derniers vestiges d'une illusion collective. Depuis les premières lueurs de cette matinée, Dakar ne reçoit plus la pluie ; elle la subit, s’y noie et y patauge lourdement, prisonnière d'une infamie hydraulique qui se répète invariablement d’année en année.

La capitale sénégalaise offre le spectacle désolant d'une lagune saumâtre où le génie urbain semble avoir capitulé depuis des lustres. Sous l'assaut des flots, les artères majeures se sont muées en torrents d'incertitude, paralysant la vie de millions d'âmes.
Même le fièrement arboré Bus Rapid Transit (BRT), ce fleuron du transport de masse si intensément usité par la population, n’a pu échapper aux avanies du jour : son couloir dédié, submergé, a essuyé de lourds dégâts collatéraux, contraignant ses bus à fendre des vagues boueuses sous les regards médusés de passagers pris au piège.

Nul sanctuaire n'a été épargné par la furie des eaux. Le quartier populeux de Fass s'est enfoncé sous les flots, tandis que la Médina historique offrait le visage d'un désastre annoncé. Autour du stade Iba Mar Diop et le long de l'avenue Blaise Diagne, les stigmates de l'incurie sont flagrants. C'est pourtant ce même axe névralgique qui est censé abriter les futures échéances planétaires des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ).

Quelle image le Sénégal projette-t-il au monde lorsque ses vitrines internationales se transforment en marécages à la moindre ondée ? Non loin de là, le spectacle saisissant offert par la cour de l'École Nationale d'Administration (ENA) résume à lui seul le drame de la république : des véhicules administratifs et des berlines submergés jusqu'aux portières par un lac improvisé, obligeant les futurs cadres de l'État à contempler le désastre depuis des perrons transformés en embarcadères de fortune.

Face à ce chaos récurrent, une interrogation brûlante et légitime taraude tous les esprits : où sont passés les milliards ? Où s'est évaporée cette manne financière faramineuse annoncée à grand renfort de communication pour juguler, circonscrire et éradiquer ce phénomène qui indispose et meurtrit les ménages ? Les plans décennaux et les budgets pharaoniques semblent s'être dissous dans la même boue qui envahit les salons des banlieues et des quartiers résidentiels.

Le ministre de tutelle, dont la mission première et impérative demeure l'anticipation, la planification et la veille stratégique, se retrouve aujourd'hui sur le banc des accusés. Gouverner, c’est prévoir ; force est de constater qu'ici, on se contente de constater, de déplorer et de subir.

Le temps des faux-semblants et des dérobades est définitivement révolu. Il est urgent de rompre avec le « masla » — ce compromis social hypocrite, cette propension nationale à l'indulgence coupable et à l'accommodement poli qui paralyse l'action publique — pour regarder la vérité en face. Trop, c'est profondément trop.
Les populations sénégalaises, réduites depuis des décennies au rôle de spectatrices impuissantes de leur propre détresse, exigent des comptes et des actes définitifs.

L'État, au premier chef le président de la République Bassirou Diomaye Faye, se trouve directement interpellé au tribunal de la détresse sociale. C'est à lui qu'incombe la charge suprême de satisfaire cette demande sociale primordiale et vitale, et c'est sur la résolution de ces drames du quotidien que son magistère sera, in fine, inexorablement jugé.

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Mamadou Ndiaye
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