Déthié Diouf rétropédale : de qui se moque-t-on et dans quelle République sommes-nous ?

Rédigé par Dakarposte le Mardi 15 Septembre 2026 à 13:27 modifié le Mardi 15 Septembre 2026 15:27

Il y a des volte-face qui interrogent. Et puis il y a celles qui laissent pantois. Le feuilleton Déthié Diouf, autour de la présidence du conseil d’administration du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Rose, appartient incontestablement à la seconde catégorie.

Nommé par décret présidentiel à la tête du conseil d’administration de cette institution culturelle, le responsable de la formation Kiiraay avait, dans un premier temps, rejeté publiquement sa nomination. Il ne s’était pas contenté de décliner poliment une fonction qu’il estimait ne pas lui convenir : il avait dénoncé ce qu’il considérait comme une humiliation et refusé, avec fracas, le décret pris par le président de la République.

Le message était alors limpide : Déthié Diouf ne voulait pas du fauteuil.
Quelques jours plus tard, changement de décor. Le même homme revient sur sa décision et accepte finalement la fonction. À l’entendre, des médiations auraient contribué à infléchir sa position : son marabout, celui qui lui aurait appris le Coran, un dignitaire de la famille Ndiéguène de Thiès et, dans un registre plus intime, une vidéo de ses enfants qui l’aurait profondément ému, jusqu’aux larmes.
Soit.

Mais une question, toute simple, demeure : de qui se moque-t-on ?

Car il ne s’agit pas ici d’une invitation à une cérémonie familiale ni d’une fonction honorifique attribuée dans un cercle privé. Il s’agit d’une nomination officielle, prise par décret présidentiel, dans une République où la parole publique devrait conserver un minimum de gravité.

On peut changer d’avis. L’être humain n’est pas condamné à l’infaillibilité. On peut également reconnaître qu’une décision prise sous le coup de l’émotion, de la colère ou de la déception mérite d’être reconsidérée.
Mais lorsqu’un responsable politique transforme publiquement une nomination présidentielle en affaire d’« humiliation », avant de revenir ensuite s’installer dans le fauteuil qu’il avait rejeté, le malaise ne relève plus du simple changement d’opinion.
Il touche à la crédibilité de la parole donnée.

Plus troublant encore, l’intéressé assure ne rien craindre pour son image. « Je n’ai peur de rien ni de personne », affirme-t-il. Une formule bravache qui ne répond pourtant pas à la question essentielle : qu’advient-il de la confiance lorsque la parole politique peut être démentie quelques jours seulement après avoir été proclamée avec fracas ?

La République n’est pas un théâtre où l’on refuse un rôle devant les caméras pour mieux l’accepter après quelques coups de fil et quelques médiations. Une nomination publique n’est ni un cadeau que l’on crache au visage du donateur avant de revenir le chercher, ni un fauteuil dont la valeur dépend des émotions du moment.

Le plus singulier dans cette affaire demeure précisément le chemin parcouru : nomination, indignation, dénonciation d’une prétendue humiliation, refus spectaculaire, médiations, émotion familiale et, finalement, acceptation.


Quelle République voulons-nous construire si la parole publique devient à ce point réversible ?

L’épisode pourrait prêter à sourire s’il ne touchait pas à une question plus sérieuse : celle de la dignité attachée aux fonctions publiques. Un responsable peut refuser une charge. Il peut l’accepter. Il peut même changer d’avis. Mais il doit alors avoir la courtoisie républicaine d’assumer ses contradictions, d’en expliquer clairement les raisons et de mesurer la portée de ses déclarations antérieures.
Car, à force de transformer les nominations en scènes de théâtre, on finit par donner à la République elle-même des allures de comédie.

Déthié Diouf est finalement monté à bord du train qu’il avait publiquement voulu quitter. Reste désormais à savoir avec quelle autorité morale il entend conduire sa mission au Grand Théâtre.

Le fauteuil est accepté. Le décret est désormais assumé. Mais la question de la parole, elle, demeure entière.

Mamadou Ndiaye
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