Dette publique : taux élevés, recettes fiscales sous pression et marges budgétaires réduites

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 14 Octobre 2026 à 23:49 modifié le Jeudi 15 Octobre 2026 01:49

L’analyse rigoureuse des finances publiques sénégalaises exige de lever le voile sur le triomphalisme des chiffres officiels pour en scruter les réalités macroéconomiques profondes. Si le parachèvement, le 13 octobre 2026, du second appel public à l’épargne se solde par une moisson apparente de 338,2 milliards de FCFA pour une cible initiale de 200 milliards, cette sursouscription massive de 169,1 % ne saurait masquer les tensions structurelles qu'elle fait peser sur l'architecture budgétaire de l’État.

Une mise en perspective de ce second opus avec le premier emprunt de l'année, lancé en février 2026, révèle une permanence inquiétante dans les modalités de financement de la trajectoire budgétaire. Lors de cette première incursion, le Trésor public avait déjà capté 280 milliards de FCFA face à l'engouement du marché, s'appuyant sur une grille de taux faciaux élevés. La réplication exacte de cette courbe des taux onéreux lors de la seconde opération confirme une sédimentation du coût du capital pour l'État. En acceptant de figer des taux de coupon avoisinant les 7 % sur une décennie complète pour les tranches les plus longues, l’autorité financière consent à une charge de la dette rigide et hautement procyclique.

L’impact macroéconomique de ce niveau de coupon sur le budget général s'avère particulièrement lourd par le prisme de l'évolution du ratio du service de la dette par rapport aux recettes fiscales. L'accumulation de ces deux émissions successives à taux nominaux exigeants contribue mécaniquement à une dangereuse rigidité budgétaire. Dans le projet de loi de finances rectificative, les seuls intérêts et commissions sur la dette publique s'élèvent désormais à 1 285,2 milliards de FCFA. Rapporté aux recettes fiscales initialement projetées à 5 384,8 milliards de FCFA, le service des intérêts — avant même le remboursement du principal — absorbe près d'un quart (24 %) des ressources fiscales nettes de l'État. Cet étranglement financier réduit à la portion congrue l’espace budgétaire résiduel, compromettant les dépenses d'investissement structurantes portées par l’Agenda national de Transformation « Sénégal 2050 ».

C’est précisément ce recours effréné au marché intérieur de l'UEMOA pour pallier les déséquilibres de trésorerie qui suscite l'inquiétude croissante et la réaction sévère des agences de notation financière. Loin d'interpréter le succès de ces emprunts comme un gage d'immunité, les vigies internationales y voient le symptôme d'une impasse macroéconomique. À la fin de l'été 2026, Moody's a abaissé la note souveraine du Sénégal à Caa2, pointant explicitement la dépendance accumulée envers des marchés régionaux coûteux et des besoins bruts de financement équivalents à environ 25 % du PIB. Dans la foulée, S&P Global Ratings a sabré la note à CCC en monnaie locale et CC en devises, sanctionnant le risque inhérent au Plan de traitement de la dette souveraine. Pour ces agences, le rythme effréné de l'endettement intérieur n'est plus un signe de vitalité, mais le corollaire de l'absence prolongée de décaissements extérieurs massifs, le pays se trouvant dans l'obligation de se refinancer à court terme à des coûts prohibitifs en attendant l'activation pleine d'un nouveau programme de soutien avec le FMI.

L’argumentaire officiel consistant à justifier cette boulimie obligataire par une volonté « d’apurement de la dette intérieure » relève ainsi d'une illusion comptable délétère. Substituer une dette commerciale de marché, rigide et assortie de coupons nominaux pénalisants, à des engagements envers des fournisseurs nationaux ne constitue pas un assainissement, mais une mutation de passif qui handicape l'avenir du pays. En sur-sollicitant l'épargne locale à hauteur de 169 %, le ministère alimente de surcroît un effet d’éviction latent qui assèche la liquidité bancaire au détriment du secteur privé national, unique véritable moteur d'une croissance autonome et durable
Mamadou Ndiaye
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