EXCAF au bord du gouffre : salariés sacrifiés, opacité et gestion de Sidy Diagne

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 25 Septembre 2026 à 23:23 modifié le Samedi 26 Septembre 2026 01:23

À quelques jours de la rentrée des classes, le malaise social qui traverse EXCAF Télécom prend une dimension particulièrement préoccupante.
Dans les familles des salariés, l’angoisse n’est plus une abstraction : elle se mesure en factures impayées, en fournitures scolaires difficiles à acheter et en dépenses quotidiennes devenues presque impossibles à assumer.

Pendant ce temps, des travailleurs affirment attendre depuis plusieurs mois le versement de salaires qui constituent leur unique moyen de subsistance.

EXCAF, groupe médiatique fondé par le regretté Ben Bass Diagne, se trouve ainsi confronté à une crise qui dépasse largement la simple difficulté de trésorerie.

À écouter les travailleurs et leurs représentants syndicaux, c’est désormais la gestion même de l’entreprise qui est mise en cause.
Et les griefs sont lourds.

Les salariés dénoncent des retards de rémunération qui se prolongeraient depuis plusieurs mois et reprochent à la direction une absence de réponses à la hauteur de leur détresse. Ils pointent particulièrement l’attitude de Sidy Diagne, héritier du fondateur et actuel dirigeant, qu’ils accusent de rester difficilement accessible alors que le personnel réclame des explications et des solutions.

Une entreprise peut connaître des difficultés. Elle peut traverser une crise de trésorerie, accumuler des dettes ou subir les conséquences d’une conjoncture défavorable. Mais lorsque les salariés deviennent les premiers et les plus durables sacrifiés de cette crise, une question de gouvernance finit inévitablement par se poser.

À partir de quel moment une difficulté financière devient-elle le résultat de choix de gestion qui doivent être expliqués ?

La direction aurait invoqué, pour justifier la situation actuelle, un passif hérité de la gestion antérieure. L’argument mérite naturellement d’être entendu. Mais il ne peut, à lui seul, clore le débat.

Plusieurs années après la transmission de l’entreprise, les salariés sont en droit de demander ce qui a été fait pour redresser durablement la situation, quelles stratégies ont été mises en œuvre et pourquoi elles n’auraient pas permis de restaurer une situation salariale normale.
Car les travailleurs ne réclament pas un privilège. Ils réclament leur salaire.

Le malaise est d’autant plus vif que certains salariés disent percevoir un contraste entre les difficultés financières invoquées par la direction et le train de vie qu’ils attribuent à leur employeur. Ces affirmations, qui relèvent pour l’instant du témoignage des travailleurs, doivent naturellement être vérifiées et confrontées à la version de la direction. Elles n’en traduisent pas moins une rupture manifeste de confiance.
Et lorsqu’une direction perd la confiance de ceux qui font fonctionner quotidiennement son entreprise, le problème ne relève plus seulement de la comptabilité : il devient managérial.

Autre sujet de préoccupation : le contrat conclu avec une entité dénommée LinkCOM. Des travailleurs affirment avoir découvert cette opération sans avoir été suffisamment informés de ses tenants et aboutissants. Ils dénoncent un processus qu’ils jugent opaque et annoncent de possibles révélations sur les conditions de ce partenariat.

Là encore, les questions sont légitimes et appellent des réponses précises : quelle est la nature exacte de l’accord ? Quels en sont les bénéficiaires ? Quelles obligations financières ou opérationnelles comporte-t-il ? Dans quelles conditions a-t-il été négocié ? Et surtout, pourquoi les salariés affirment-ils avoir été tenus à distance d’une décision susceptible d’avoir des conséquences sur l’avenir de leur entreprise ?

Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve. Il s’agit de demander des comptes sur la gestion d’une entreprise dont les salariés disent aujourd’hui supporter une part disproportionnée du poids des difficultés.

La succession de Ben Bass Diagne ne saurait davantage transformer son héritier en propriétaire d’un patrimoine sans contrepartie sociale. Hériter d’une entreprise, ce n’est pas seulement recueillir ses actifs, son nom et son histoire. C’est également assumer la responsabilité de ceux qui y travaillent et préserver, autant que possible, l’outil économique transmis.
Or, aujourd’hui, le contraste est saisissant entre l’héritage médiatique laissé par Ben Bass Diagne et le climat social décrit par les employés d’EXCAF.

Le fondateur avait bâti une entreprise qui comptait dans le paysage audiovisuel sénégalais. Ses salariés affirment désormais se retrouver dans une situation où ils doivent se battre pour obtenir leur rémunération. Entre ces deux réalités, il existe nécessairement une histoire de gestion qu’il faudra regarder avec lucidité.

La question fondamentale est donc désormais celle-ci : quelles décisions ont conduit EXCAF à cette situation et qui doit en répondre ?

Dakarposte a tenté de recueillir les explications de Sidy Diagne sur les retards de salaires, la situation financière du groupe, les accusations formulées par les représentants des travailleurs et le partenariat avec LinkCOM. À ce stade, ces démarches n’ont pas permis d’obtenir sa réaction. Sa version demeure donc attendue.

Cette réserve est essentielle : les accusations formulées par les salariés ne constituent pas, en elles-mêmes, des faits judiciairement établis. Elles doivent être confrontées aux documents de l’entreprise et aux explications de sa direction.
Mais cette prudence juridique ne doit pas servir de prétexte à l’effacement d’une réalité sociale.

Des travailleurs affirment ne pas être payés. Des familles disent suffoquer. Une entreprise emblématique traverse une crise profonde. Et la direction doit désormais expliquer ses choix.

Le temps des réponses dilatoires semble révolu. Si EXCAF est réellement victime d’un lourd passif hérité du passé, que les comptes soient présentés. Si des mesures de redressement ont été engagées, qu’elles soient exposées. Si certains contrats sont contestés, qu’ils soient examinés. Et si des erreurs de gestion ont été commises, elles doivent pouvoir être identifiées et, le cas échéant, assumées.
Car une entreprise ne peut prétendre préparer son avenir en laissant ses salariés payer, mois après mois, le prix de ses incertitudes.

À EXCAF, le véritable enjeu n’est donc plus seulement financier. C’est la crédibilité de la gouvernance, la confiance des travailleurs et la survie d’un patrimoine médiatique qui sont désormais sur la table.
Mamadou Ndiaye
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