Escroquerie présumée de 8,223 milliards de FCFA à Ngaparou : un prévenu placé au cœur d’un vaste montage frauduleux

Rédigé par Dakarposte le Mardi 11 Aout 2026 à 23:27 modifié le Mercredi 12 Aout 2026 01:40

Un simple appel téléphonique via WhatsApp a donné naissance à une affaire financière d’une ampleur exceptionnelle devant le Tribunal de grande instance de Mbour.

Au centre du dossier : une somme de 8,223 milliards de francs CFAtransférée par Pathé Diouf, gérant d’un bureau de change à Ngaparou, sur la foi de prétendus avis de virements bancaires qui se sont révélés falsifiés.

Poursuivi dans le cadre de cette affaire, Mamadou Aliou Diallo, gestionnaire d’un point de transfert d’argent, conteste toute participation consciente à une entreprise frauduleuse. Il affirme avoir lui-même été instrumentalisé par les véritables auteurs du stratagème.

Des virements exécutés sur la foi de documents bancaires falsifiés

Les faits auraient débuté par un appel nocturne émanant d’un numéro étranger. L’interlocuteur, se présentant comme résidant en France, aurait sollicité les services de Pathé Diouf afin de procéder à un transfert de fonds au profit de son prétendu frère, Mamadou Aliou Diallo. L’opération initiale devait porter sur un montant de 9 millions de francs CFA.

Mis en confiance par la transmission de documents présentés comme des justificatifs de virements bancaires, le gérant du bureau de change aurait exécuté plusieurs opérations successives. Ces documents se seraient toutefois révélés falsifiés, aucun crédit correspondant aux montants annoncés n’ayant, en réalité, été porté au compte de la victime.

Au moment où Pathé Diouf aurait découvert la supercherie, les transferts déjà effectués atteignaient la somme considérable de 8,223 milliards de francs CFA.



Une enquête qui retrace les mouvements des numéros impliqués


Après avoir constaté l’absence des fonds annoncés, Pathé Diouf aurait tenté de joindre le bénéficiaire des transferts. Ses appels étant demeurés sans réponse, il a saisi les autorités judiciaires.

L’enquête menée par la gendarmerie aurait notamment permis d’examiner les mouvements et la géolocalisation des numéros de téléphone utilisés dans le cadre des opérations litigieuses, ainsi que les différents circuits empruntés par les fonds.

Ces investigations ont conduit au renvoi de Mamadou Aliou Diallo devant le tribunal, lequel devra déterminer s’il a participé consciemment aux manœuvres frauduleuses ou s’il a, au contraire, été utilisé à son insu comme intermédiaire dans une opération dont il ignorait la véritable finalité.

À la barre, deux thèses radicalement opposées


Entendu par le tribunal, Mamadou Aliou Diallo reconnaît avoir reçu les fonds, mais réfute toute implication volontaire dans une entreprise d’escroquerie.

Selon ses explications, il aurait simplement exécuté les instructions qui lui étaient communiquées à distance par le détenteur du numéro étranger.

Il soutient notamment avoir été invité à réacheminer les sommes vers la Guinée, son interlocuteur invoquant une prétendue urgence médicale au sein de sa famille.

Pour la défense, ces circonstances démontreraient que le prévenu n’était pas un acteur du dispositif frauduleux, mais un intermédiaire lui-même manipulé.

Une version fermement contestée par la partie civile. Me Elimane Kane, conseil de Pathé Diouf, estime au contraire que les éléments du dossier révèlent l’existence d’une organisation structurée et concertée, qualifiée à l’audience d’« association d’escrocs ». Il sollicite, au titre de la réparation du préjudice subi par son client, la condamnation du prévenu au paiement de 10 millions de francs CFA de dommages et intérêts.



La défense plaide l’absence de complicité établie


Les conseils de Mamadou Aliou Diallo, Mes Omar Sène et Mbodji, ont plaidé la relaxe pure et simple de leur client.
Ils soutiennent que leur mandant aurait été réduit au rôle de simple prête-nom ou d’intermédiaire involontaire dans une chaîne de transactions dont il ne maîtrisait ni l’origine ni la finalité.

La défense insiste surtout sur l’absence, selon elle, de preuves matérielles suffisamment probantes permettant d’établir une participation consciente et intentionnelle du prévenu à l’entreprise frauduleuse.

Le ministère public, pour sa part, s’est borné à requérir l’application de la loi, laissant au tribunal la responsabilité d’apprécier la portée des éléments versés au dossier et de déterminer la responsabilité pénale éventuelle de Mamadou Aliou Diallo.

Au-delà de l’importance exceptionnelle des sommes en cause, cette affaire pose une question essentielle : le bénéficiaire apparent de fonds issus d’une escroquerie peut-il être pénalement tenu responsable lorsqu’il soutient avoir lui-même été manipulé par les véritables auteurs du stratagème ?

C’est à cette question, au regard des éléments de preuve et des circonstances de l’espèce, que le Tribunal de grande instance de Mbour devra répondre.



Le délibéré est attendu le 18 août 2026.
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