Foncier, fonds spéciaux et comptes publics : Ousmane Sonko frappe tous azimuts, mais évite encore les questions qui dérangent

Rédigé par Dakarposte le Lundi 17 Aout 2026 à 02:02 modifié le Lundi 17 Aout 2026 04:03

Ousmane Sonko a une nouvelle fois choisi l’offensive. Face à quatre organes de presse qu’il avait soigneusement sélectionnés, le président de l’Assemblée nationale a multiplié les accusations sur le foncier, les lotissements, les « lobbies » et une « société civile encagoulée » qu’il soupçonne de vouloir entraver le travail des commissions d’enquête parlementaires.
Son discours, comme souvent, frappe fort, désigne beaucoup de responsables et promet de ne rien laisser passer. Mais une question demeure, lancinante : quand viendra le moment de répondre lui-même aux interrogations qui le concernent ?

Sur le foncier, Ousmane Sonko affirme que 90 % des lotissements réalisés au Sénégal ne respecteraient pas la loi et assure disposer de rapports susceptibles d’éclairer les investigations parlementaires. Il défend le pouvoir des commissions d’enquête, leur capacité à entendre les protagonistes, à obtenir des documents et, au besoin, à transmettre certains éléments à la justice. Il dénonce également les opérations de morcellement qui priveraient des populations d’espaces qui leur étaient destinés, accusant certains acteurs politiques et économiques de recourir à des prête-noms.

Ces questions sont suffisamment graves pour mériter autre chose que des formules politiques : elles appellent des enquêtes rigoureuses, contradictoires et documentées. Si des terres ont été illégalement attribuées, que les responsabilités soient établies et que les coupables répondent de leurs actes. Mais la transparence ne saurait être une exigence à sens unique.
Car pendant qu’Ousmane Sonko demande des comptes à tous, beaucoup attendent toujours qu’il accepte de faire toute la lumière sur les questions qui entourent sa propre gestion.
S’il estime être transparent et irréprochable, pourquoi ne pas publier le détail de l’utilisation des fonds spéciaux dont il a reconnu avoir bénéficié, indiquer clairement leurs destinataires et démontrer, pièces à l’appui, qu’aucun franc n’a servi à lui-même ou à sa famille ? Une réponse précise, documentée et vérifiable vaudrait infiniment mieux que toutes les invectives.

La même exigence devrait prévaloir à l’Assemblée nationale. Si la transparence constitue réellement son credo, pourquoi ne pas ouvrir davantage la gestion financière de l’institution à la commission de comptabilité, aux députés et, dans les limites prévues par la loi, au regard de la presse ?

Les états financiers, les procédures d’engagement et les dépenses doivent pouvoir être examinés lorsque l’on prétend incarner une nouvelle gouvernance. La rupture avec les anciennes pratiques ne peut être seulement proclamée ; elle doit se mesurer dans les actes.

À force de parler de tout, Ousmane Sonko donne parfois le sentiment d’éviter précisément les sujets sur lesquels l’opinion attend de lui des réponses.
Il attaque à tout-va, cogne sur les uns et les autres, désigne des « lobbies », des adversaires et des protecteurs supposés de « gros bonnets ».
Mais la politique ne saurait durablement fonctionner comme un procès permanent intenté aux autres.

Il existe d’ailleurs une autre contradiction que ses détracteurs ne manquent pas de souligner : celle des promesses faites aux populations de Bambilor, de Sangalkam, entre autres, notamment aux personnes qui affirment avoir été spoliées de leurs terres au profit de la Caisse de sécurité sociale.

Pendant la campagne, la promesse de rétablir dans leurs droits ceux qui disposaient de titres antérieurs avait nourri de nombreux espoirs.
Deux années de pouvoir plus tard, ces populations attendent toujours, selon leurs propres revendications, que les engagements annoncés trouvent une traduction concrète.
Voilà précisément pourquoi la question foncière ne peut être traitée uniquement comme une arme politique contre les adversaires.
Elle doit aussi être examinée à l’aune des résultats obtenus par ceux qui gouvernent aujourd’hui.
On ne peut dénoncer les spoliations d’hier tout en restant silencieux devant les frustrations qui persistent sous son propre magistère.

Sonko affirme par ailleurs que les enquêtes parlementaires ne protégeront personne, « fût-il de Pastef ». Dont acte.

Mais cette promesse doit également s’appliquer à lui-même et à son entourage.
La véritable rupture serait précisément là : accepter que les mêmes exigences de transparence, de traçabilité et de reddition des comptes s’appliquent au pouvoir comme elles s’appliquent à l’opposition et aux anciens gouvernants.

Quant à son affirmation selon laquelle le pays « irait vers le gouffre » si Pastef perdait l’Assemblée nationale, elle révèle une conception pour le moins inquiétante de la démocratie.
Le Sénégal n’est pas Pastef, pas davantage qu’il n’était hier le parti au pouvoir. Une nation ne se confond jamais avec une formation politique, aussi populaire soit-elle. Les institutions appartiennent au peuple, non à un parti.
C’est peut-être là que se trouve le véritable enseignement de cette nouvelle sortie médiatique.
Ousmane Sonko semble vouloir installer l’idée que la sauvegarde du pays passerait nécessairement par la préservation de son camp politique. Or la démocratie repose précisément sur l’inverse : aucun parti, aucun dirigeant et aucune majorité parlementaire ne sont indispensables à la survie d’une nation.

Le temps des grandes promesses, lui, finit toujours par rencontrer celui du bilan.
Et après deux années de pouvoir, l’opinion est en droit de demander des résultats, des comptes et des preuves.
La colère ou la ferveur militante ne sauraient éternellement remplacer l’évaluation objective de l’action publique.
Le « système » que Sonko promettait de combattre ne peut être remplacé par un autre système où la parole politique deviendrait une arme destinée à disqualifier toute contradiction.
La transparence qu’il exige des autres doit commencer par lui-même. Les fonds spéciaux, la gestion de l’Assemblée nationale, le patrimoine et les décisions publiques ne doivent souffrir aucune zone d’ombre.

Quant aux accusations portées contre les acteurs du foncier, elles doivent maintenant passer du verbe aux preuves. Les rapports doivent être publiés lorsque la loi le permet, les enquêtes menées jusqu’au bout et les responsabilités établies par les institutions compétentes.
Car à force de brandir le spectre des complots, des lobbies et des ennemis tapis dans l’ombre, on finit par oublier l’essentiel : en démocratie, celui qui demande des comptes doit être prêt, lui aussi, à rendre les siens.

Et c’est peut-être cette échéance-là que Ousmane Sonko ne pourra plus indéfiniment repousser : celle où les Sénégalais ne lui demanderont plus seulement ce qu’ont fait les autres, mais ce qu’il a fait, lui, de la confiance qui lui a été accordée.


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