Grève générale annoncée des 21, 22 et 23 octobre : le gouvernement expose ses réalisations et appelle les syndicats à suspendre leur mouvement

Rédigé par Dakarposte le Lundi 19 Octobre 2026 à 21:23 modifié le Lundi 19 Octobre 2026 23:23

À quelques jours d’une grève générale annoncée pour les 21, 22 et 23 octobre 2026 par le Front syndical pour la défense du travail, le gouvernement sénégalais est monté au créneau. Ce lundi, plusieurs membres de l’équipe gouvernementale ont fait face à la presse afin de présenter l’état d’avancement des engagements souscrits dans le cadre du Pacte national de stabilité sociale et de croissance inclusive, tout en invitant les organisations syndicales à surseoir à leur mouvement. Entre bilan des réalisations, reconnaissance des contraintes budgétaires et volonté affichée de poursuivre les négociations, l’exécutif tente de préserver un climat social apaisé, à l’approche notamment des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.

Cette rencontre avec les médias fait suite à la réunion du comité national de pilotage du Pacte de stabilité sociale, tenue le jeudi 15 octobre 2026 sous la présidence du Premier ministre, Al Amine Lo. Elle s’inscrit dans une démarche que les autorités présentent comme une exigence de transparence et de redevabilité envers les travailleurs, les employeurs et l’ensemble des citoyens. À travers cet exercice, le gouvernement entend rendre compte des mesures engagées, préciser le niveau d’exécution de ses engagements et apporter des réponses aux revendications qui alimentent les tensions dans plusieurs secteurs de la vie nationale.

Le ministre chargé du Travail, de la Fonction publique et de la Réforme du service public, également secrétaire technique du comité de pilotage, a ouvert la séquence des interventions en dressant le bilan de la mise en œuvre du pacte. Il a rappelé que celui-ci repose sur des engagements réciproques du gouvernement, des travailleurs et des employeurs, auxquels s’ajoutent des obligations communes aux différentes parties signataires. Toutefois, a-t-il expliqué, le Premier ministre a souhaité que l’évaluation porte d’abord sur les engagements de l’État, considérant que l’exigence de respect des accords doit commencer par ceux qui gouvernent.

Selon le bilan présenté, sur les 84 activités inscrites au titre des engagements gouvernementaux pour la période considérée, 35 ont été entièrement réalisées, soit un taux d’exécution d’environ 42 %. Vingt-cinq autres sont en cours de mise en œuvre. Le ministre a estimé que leur aboutissement pourrait porter le taux de réalisation à près de 71 %, sous réserve du respect du calendrier annoncé. Il a également rappelé que le pacte, conclu pour une durée de trois ans, n’en est qu’à sa première année et cinq mois d’application.

Parmi les avancées mises en avant figurent l’adoption et la publication du nouveau Code du travail et du Code de la sécurité sociale, ainsi que la généralisation de l’indemnité de logement aux agents de l’État, devenue effective en janvier 2026. Le ministre a précisé que cette mesure devait également être étendue aux contractuels du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique dans le cadre des dispositions budgétaires prévues.

Il a par ailleurs évoqué la régularisation de plusieurs situations administratives longtemps restées en suspens, notamment celles des enseignants décisionnaires, le reclassement des techniciens supérieurs de santé dans la hiérarchie A2, ainsi que les dossiers relatifs aux maîtres d’éducation physique et sportive et aux greffiers. S’agissant des enseignants décisionnaires, il a fait état de la production de 2 157 actes administratifs ayant concerné plus de 2 500 agents, précisant que la plupart de ces actes avaient été pris en compte dans la mise en solde des bénéficiaires.

La question du recrutement dans les secteurs sociaux a également occupé une place importante dans cette présentation. Le gouvernement a engagé un processus portant sur 4 527 enseignants, dont 2 000 auraient déjà été effectivement recrutés, tandis que les 2 527 autres dossiers demeureraient en cours de traitement. À cela s’ajoute le recrutement annoncé de 500 enseignants-chercheurs dans l’enseignement supérieur, ainsi qu’une opération portant sur 2 500 agents de santé, destinée à renforcer les effectifs des structures sanitaires.

Sur le terrain de la protection sociale, le ministre a souligné les avancées relatives à la couverture maladie des travailleurs non permanents et au déploiement de la mutuelle sociale nationale des artisans du Sénégal. L’entrée en vigueur des nouveaux textes sur la sécurité sociale doit, selon lui, contribuer à élargir progressivement la couverture aux travailleurs indépendants et aux acteurs de l’économie informelle, longtemps demeurés en marge des mécanismes classiques de protection.

La réintégration des travailleurs licenciés dans certaines entreprises et structures publiques a constitué un autre volet sensible de son intervention. Évoquant notamment les dossiers de Dakar Dem Dikk et du Port autonome de Dakar, le ministre a fait état de régularisations, de transformations de contrats de prestation en contrats à durée indéterminée et de réintégrations déjà effectuées ou engagées. Il a notamment mentionné la transformation de 214 contrats de prestation en CDI dans le dossier de Dakar Dem Dikk, ainsi que des opérations de régularisation concernant des travailleurs du Port autonome de Dakar. Il a assuré que les instructions du Premier ministre allaient dans le sens d’un traitement approfondi des dossiers, avec pour objectif de réintégrer les travailleurs concernés lorsque cela est possible ou de rechercher des solutions négociées dans les autres situations.

Le ministre n’a toutefois pas occulté les difficultés qui subsistent. Il les a attribuées notamment à l’insuffisance des ressources disponibles et à la nécessité de réaliser certaines études préalables avant la mise en œuvre de mesures complexes. Il a également reconnu que les centrales syndicales demeuraient préoccupées par le rythme de réalisation des engagements, certaines dispositions des nouveaux codes et la lenteur des réintégrations dans plusieurs structures publiques. Du côté des organisations patronales, les préoccupations portent notamment sur la consolidation de la stabilité sociale et la poursuite de l’apurement de la dette intérieure, considérée comme un facteur déterminant pour la relance de l’activité économique.

Face à ces réserves, le gouvernement affirme vouloir renforcer le dispositif de suivi du pacte. Le Premier ministre a annoncé la tenue d’une prochaine réunion du comité de pilotage en janvier 2027, ainsi que l’élaboration d’une feuille de route concertée avec les partenaires sociaux. L’installation de comités de dialogue social dans l’ensemble des ministères est également envisagée afin de favoriser le règlement des différends en amont et d’éviter que les revendications ne dégénèrent en conflits ouverts.

C’est dans ce contexte que l’exécutif a lancé un appel aux syndicats pour qu’ils suspendent la grève générale annoncée les 21, 22 et 23 octobre. Les autorités invoquent notamment la nécessité de poursuivre les négociations, le fait que le second semestre de mise en œuvre du pacte n’est pas achevé et les exigences liées à l’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Pour le gouvernement, le dialogue ne doit pas se réduire à une succession de rencontres formelles, mais déboucher sur des réponses concrètes aux préoccupations des travailleurs.

Dans son intervention, le ministre chargé de la Justice a, pour sa part, mis en avant les mesures engagées à la suite du protocole signé en août 2025 dans son secteur. Il a indiqué que 546 agents de la justice avaient suivi une formation au Centre de formation judiciaire entre décembre 2025 et mai 2026, à l’issue de laquelle les participants avaient été évalués et les attestations correspondantes signées. Il a également rappelé que des réunions de suivi avaient été organisées afin d’examiner les conditions de travail, les situations administratives et les revendications relatives au reclassement des personnels.

Le ministre a insisté sur l’attention particulière accordée aux préoccupations des agents de justice, soulignant que les questions touchant à leurs conditions de vie et de travail relevaient directement de ses responsabilités. Il a ainsi évoqué les échanges entrepris avec son collègue chargé du Travail pour accélérer le traitement des dossiers en suspens et maintenir un cadre de concertation avec les représentants des travailleurs.

Le secteur de la santé a également été présenté comme un domaine dans lequel plusieurs engagements sont en cours d’exécution. Le ministre concerné a confirmé que le recrutement de 2 500 agents était en voie de finalisation, avec l’espoir d’achever le processus avant la fin du mois d’octobre. Une nouvelle demande portant sur 3 000 agents supplémentaires pour l’année 2027 a, en outre, été formulée. Concernant le reclassement des techniciens supérieurs de santé, il a fait référence au décret adopté le 27 janvier 2026 et indiqué que 878 demandes avaient déjà été traitées pour les agents non fonctionnaires. L’extension de l’indemnité de logement aux agents de la fonction publique a également été citée parmi les mesures sociales mises en œuvre.

Les autres membres du gouvernement, notamment ceux chargés de l’Enseignement supérieur, de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, des Transports terrestres et aériens, ainsi que du Budget, devaient compléter ce bilan sectoriel. Leurs interventions s’inscrivaient dans le même objectif : exposer les mesures prises, préciser les engagements restant à concrétiser et répondre aux interrogations soulevées par les partenaires sociaux.

Au-delà de cette présentation, le gouvernement a tenu à réaffirmer son attachement au dialogue social tripartite et à la recherche d’un compromis. Il a toutefois rappelé que le droit de grève devait s’exercer dans le respect des procédures légales et que les autorités prendraient les dispositions nécessaires pour garantir la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que la continuité des services publics. L’exécutif a également appelé les travailleurs à mesurer les conséquences potentielles d’un mouvement d’ampleur nationale sur les populations et les activités économiques.

Cette sortie médiatique intervient alors que les syndicats maintiennent la pression sur le gouvernement, estimant que plusieurs engagements restent insuffisamment exécutés. Si les autorités mettent en avant un bilan qu’elles jugent encourageant, les organisations syndicales devront apprécier si les avancées annoncées répondent effectivement à leurs revendications et justifient une suspension de la grève.

L’enjeu des prochains jours sera donc de transformer les engagements réaffirmés en résultats vérifiables, dans un climat où la confiance entre les parties demeure déterminante. Entre l’appel gouvernemental à la retenue et la volonté syndicale d’obtenir des garanties concrètes, l’issue de cette confrontation dépendra largement de la capacité des deux camps à dépasser les déclarations de principe pour parvenir à des accords précis, assortis de délais et de mécanismes de suivi effectifs.

Mamadou Ndiaye
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