Guinée : Doumbouya frappe encore au sommet de l’État, deux ministres limogés dans un contexte de fortes interrogations

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 23 Aout 2026 à 12:43 modifié le Dimanche 23 Aout 2026 14:43

La scène politique guinéenne a été saisie, vendredi 21 août 2026, par un nouveau coup de tonnerre. Le président Mamadi Doumbouya a mis fin aux fonctions de deux membres du gouvernement de Bah Oury : Mory Condé, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, et Mourana Soumah, ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation. La décision, rendue publique à la télévision nationale, intervient à peine quelques semaines après la recomposition du gouvernement.

Le décret présidentiel ne fournit, dans sa rédaction rendue publique, aucune explication précise sur les griefs qui auraient motivé ces deux évictions. Il organise cependant immédiatement la continuité de l’administration.

Dakarposte a appris que Ramatoulaye Camara assurera l’intérim au ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, tandis que Souleymane Bah prendra provisoirement les commandes du département de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation.

Le caractère soudain de ces décisions nourrit naturellement les interrogations à Conakry. D’autant que, quelques jours auparavant, des informations avaient circulé dans la presse faisant état d’éventuelles auditions concernant certains responsables.

Le porte-parole de la Présidence, Amara Camara, avait toutefois démenti ces informations lors d’un point de presse.
À ce stade, il convient donc de distinguer les faits établis des spéculations qui entourent ces départs.

Un élément donne néanmoins à cette séquence une résonance particulière : Mourana Soumah venait tout juste d’être reconduit dans ses fonctions.
Le 27 juillet 2026, un décret présidentiel avait renouvelé sa confiance à la tête du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, dans le cadre du nouveau gouvernement.
Cette reconduction, intervenue moins d’un mois avant son limogeage, rend son éviction d’autant plus spectaculaire.

Le parcours de Mourana Soumah témoigne par ailleurs de la confiance dont il avait bénéficié au sommet de l’État.
Ancien directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, il avait été nommé ministre de l’Économie et des Finances en mars 2024 avant de rejoindre, en 2026, le portefeuille de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation. Son départ intervient donc après plusieurs années de présence dans les cercles décisionnels de l’appareil d’État.

Mory Condé, pour sa part, figurait également parmi les personnalités ayant occupé des fonctions ministérielles importantes sous la présidence de Mamadi Doumbouya.
Son parcours gouvernemental l’avait notamment conduit aux portefeuilles de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, puis de l’Habitat et de l’Urbanisme, avant sa nomination à l’Emploi, au Travail et à la Protection sociale.


L’affaire prend une dimension supplémentaire avec le limogeage, dans un décret distinct, de Mahamadou Abdoulaye Diallo, conseiller à la Présidence chargé de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un simple remaniement de deux départements ministériels : plusieurs niveaux de l’appareil exécutif sont touchés au même moment.

Et c’est précisément ce faisceau de décisions qui alimente les interrogations sur la véritable portée de l’opération.
Officiellement, les actes présidentiels ne détaillent pas les raisons individuelles des révocations.
Mais dans une Guinée où le chef de l’État a fait de la discipline administrative, de la lutte contre la corruption et de l’exigence d’exemplarité des axes majeurs de son discours politique, ces changements peuvent être lus comme un rappel de l’autorité présidentielle sur l’ensemble de la chaîne gouvernementale.

L’agence APA rapporte ainsi que Doumbouya a réaffirmé, dans le contexte de ces limogeages, son exigence d’exemplarité et l’idée qu’aucune personne ne serait épargnée par cette exigence.

Quelques heures après l’annonce des décrets, le président guinéen a lui-même apporté un éclairage sur sa démarche, expliquant avoir écourté ses congés pour regagner le pays et affirmant que le sens du devoir avait guidé les décisions prises.
Cette justification politique ne lève toutefois pas toutes les interrogations sur les raisons particulières ayant conduit au départ de Mory Condé, de Mourana Soumah et de Mahamadou Abdoulaye Diallo.

Une chose est désormais certaine : Mamadi Doumbouya entend conserver la haute main sur son dispositif gouvernemental et ne semble pas considérer la reconduction récente d’un responsable comme une garantie de longévité. Le cas de Mourana Soumah, reconduit fin juillet puis congédié trois semaines plus tard, illustre avec une force singulière cette conception verticale de l’autorité.

À Conakry, les regards se tournent désormais vers les prochains décrets présidentiels.
La question des remplaçants, mais surtout celle de l’éventuelle poursuite de cette séquence de réajustements, est au centre des spéculations.

Après avoir renouvelé son équipe gouvernementale fin juillet, le chef de l’État semble avoir choisi de procéder à de nouvelles corrections, dont l’ampleur et les contours restent encore difficiles à mesurer.

Dans cette atmosphère, le message est néanmoins limpide : au sommet de l’État guinéen, la confiance présidentielle demeure révocable et l’exécutif entend rappeler que nul portefeuille, aussi stratégique soit-il, ne constitue un sanctuaire.
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