Hôpital d’Ourossogui : l’État veut soustraire le chantier à l’impasse Ellipse, sur fond de controverse judiciaire

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 18 Octobre 2026 à 13:06 modifié le Dimanche 18 Octobre 2026 15:07

Bloqué depuis de longs mois, le chantier de l’hôpital d’Ourossogui pourrait connaître un nouveau tournant. Le gouvernement envisage d’extraire cette infrastructure du contrat global confié à Ellipse Projects afin d’en accélérer l’achèvement. Une décision qui ravive les interrogations autour d’un marché de 250 milliards de FCFA et de l’affaire judiciaire dans laquelle apparaît le nom du journaliste Madiambal Diagne.


L’hôpital d’Ourossogui, devenu le symbole d’un chantier enlisé dans les méandres d’un contrat controversé, pourrait enfin sortir de l’impasse.
Face à l’urgence sanitaire et à l’interminable bras de fer autour du marché confié à Ellipse Projects, il revient à dakarposte que le gouvernement sénégalais envisage désormais d’extraire l’infrastructure hospitalière du contrat global afin d’en accélérer l’achèvement.

Une décision qui sonne comme une tentative de délivrer les populations de Matam d’une attente devenue insoutenable, tout en relançant les interrogations sur les ramifications financières et judiciaires d’une affaire aux multiples ramifications.

L’enjeu est considérable. Conclu en novembre 2020, le contrat liant l’État du Sénégal à Ellipse Projects porte sur un vaste programme de construction et d’équipement de 69 infrastructures judiciaires, auquel s’ajoute l’hôpital d’Ourossogui, doté d’une capacité annoncée de 150 lits.

Le montant global du marché est estimé à 250 milliards de francs CFA. Présenté comme un levier de modernisation des services publics, ce programme s’est progressivement enlisé dans les difficultés d’exécution, les différends contractuels et les controverses sur la qualité des ouvrages.

Lancé en juin 2021, le chantier hospitalier devait répondre à un besoin sanitaire majeur dans une région où l’accès à des soins spécialisés demeure un enjeu crucial.

Mais les délais se sont étirés, les travaux se sont interrompus et l’établissement, attendu comme une promesse de progrès, s’est retrouvé prisonnier d’un contentieux qui le dépasse.

En janvier 2026, le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, avait fait état de l’arrêt du chantier et d’échanges avec l’entreprise après une mise en demeure relative à la poursuite des travaux. Des manquements et des malfaçons auraient également été relevés sur certains ouvrages du programme, tandis que les réponses de l’entreprise faisaient l’objet d’un examen par les autorités compétentes.

Face à cette impasse, l’exécutif entend désormais changer de méthode. L’idée consiste à soustraire le volet hospitalier du contrat global, à évaluer les ressources financières encore disponibles avec le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, puis à identifier les entreprises susceptibles de reprendre les travaux et de conduire le projet à son terme. Autrement dit, dissocier l’urgence sanitaire d’un marché devenu source de blocages, afin que les lenteurs d’un contentieux ne condamnent pas davantage les populations à attendre leur hôpital.

Cette option soulève néanmoins des questions décisives. Quel est le montant exact des travaux restant à réaliser ? Quelles sommes ont effectivement été décaissées et quelles obligations demeurent à la charge des parties ? Selon quelles modalités juridiques l’extraction du chantier sera-t-elle opérée ? Et surtout, dans quels délais l’établissement pourra-t-il accueillir ses premiers patients ? Autant d’interrogations auxquelles les autorités devront apporter des réponses précises si elles veulent transformer cette nouvelle orientation en résultat tangible.

Mais l’affaire Ellipse ne se limite pas aux retards d’un chantier. Elle s’est également invitée dans le débat judiciaire à travers les investigations relatives aux relations entre l’entreprise et la SCI Pharaon, associée à Madiambal Diagne, journaliste et ancien greffier. Selon des informations rapportées dans la presse, un contrat de sous-traitance d’environ 20,3 milliards de francs CFA aurait été conclu en février 2020 entre Ellipse Projects et cette société, plusieurs mois avant la signature du marché principal avec l’État. Les enquêteurs se sont notamment intéressés à la nature des prestations prévues, à leur rémunération et aux mouvements financiers intervenus entre les structures concernées.

Ces éléments ont nourri les interrogations sur les circuits financiers entourant le dossier et sur le rôle des différents intervenants. Ils ne sauraient toutefois être assimilés, à eux seuls, à une preuve de culpabilité.

Dans une affaire où s’entrecroisent contrats commerciaux, deniers publics et procédures judiciaires, la rigueur commande de distinguer les soupçons, les éléments recueillis au cours des investigations, les arguments des parties et les faits définitivement établis par la justice.

Le nom de Madiambal Diagne a pris une résonance supplémentaire après son départ du Sénégal, en septembre 2025, alors qu’une procédure judiciaire le concernant était en cours.

Selon les autorités, des mesures judiciaires avaient été prises à son encontre et une enquête avait été annoncée afin d’établir les circonstances de son départ et les éventuelles responsabilités dans les défaillances ayant permis celui-ci. La question de son départ a ainsi ouvert un volet supplémentaire dans une affaire déjà marquée par de nombreuses zones d’ombre.

Pour autant, les raisons précises de ce départ doivent être rapportées à partir d’éléments vérifiés, en tenant compte des déclarations de l’intéressé, des arguments de sa défense et des actes de procédure disponibles.

La chronologie judiciaire ne suffit pas, à elle seule, à établir un lien de causalité entre le dossier Ellipse et toutes les décisions personnelles du journaliste. La justice est précisément appelée à départager les versions, à examiner les pièces et à déterminer les responsabilités éventuelles.

Pendant ce temps, à Ourossogui, l’urgence demeure entière. Les controverses contractuelles, les arbitrages budgétaires et les procédures judiciaires ne sauraient tenir lieu d’hôpital. Pour les populations de Matam, la priorité n’est ni le jeu des responsabilités ni la succession des déclarations, mais l’accès à une infrastructure capable de répondre dignement à leurs besoins de santé.

En décidant d’isoler le chantier hospitalier du contrat global, l’État tente donc de sortir d’une impasse où se mêlent retards, différends financiers et interrogations judiciaires. Cette décision ne vaudra cependant que par son exécution : une évaluation financière transparente, une reprise effective des travaux, un calendrier crédible et des mécanismes de contrôle rigoureux.

Au bout de cette affaire, une exigence s’impose avec la force de l’évidence : faire la lumière sur le contrat Ellipse, établir les responsabilités qui devront l’être et achever l’hôpital d’Ourossogui. Car si les contrats peuvent se perdre dans les labyrinthes administratifs et les contentieux s’éterniser devant les tribunaux, la santé des populations, elle, ne saurait être mise en attente.

À Matam, l’hôpital n’est plus seulement un chantier inachevé : il est devenu le test de la capacité de l’État à faire prévaloir l’intérêt général sur les blocages d’un marché controversé.
Mamadou Ndiaye
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