Le paysage politique sénégalais offre une nouvelle illustration de son étonnante capacité au recyclage.
Après Diop Sy, dont le ralliement à la mouvance présidentielle fait la une de Dakarposte, c’est au tour de Pape Mahawa Diouf, ancien porte-parole de l’APR et ex-directeur général de l’Agence sénégalaise de Promotion touristique sous Macky Sall, d’annoncer son adhésion à « KIIRAAY les patriotes républicains », répondant ainsi à l’appel du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
Dans son communiqué, Pape Mahawa Diouf invoque la gravité du contexte national, les risques de divisions, la crise politique née depuis 2020 et la nécessité de préserver l’unité nationale, l’État de droit et les acquis démocratiques.
Des arguments républicains, certes respectables sur le papier, mais qui ne manquent pas de susciter une question embarrassante : où étaient donc ces impératifs de rassemblement lorsque ces mêmes responsables occupaient les premiers rangs du pouvoir de Macky Sall ?
Car, au Sénégal, la prostitution politique semble avoir encore de beaux jours devant elle. Thieuy aduna ! Les convictions deviennent parfois à géométrie variable : hier à gauche, aujourd’hui au centre, demain à droite, et après-demain dans la majorité présidentielle, selon le sens du vent politique.
Le cas de Pape Mahawa Diouf, comme celui de Diop Sy, nourrit ainsi le procès en opportunisme que certains observateurs instruisent désormais contre une classe politique accusée de privilégier les positions et les privilèges plutôt que les convictions. Les mêmes visages changent de camp, les mêmes discours se réinventent et les mêmes promesses ressurgissent sous de nouvelles couleurs.
Le phénomène pourrait d’ailleurs prendre de l’ampleur. L’APR, naguère présentée comme une puissante machine politique, donne aujourd’hui l’impression d’un navire prenant l’eau, tandis que certains de ses passagers cherchent déjà une embarcation de secours.
KIIRAAY, dans cette lecture sévère et volontairement mordante, pourrait devenir le lieu de recyclage d’anciens responsables en quête d’un nouveau souffle politique.
Mais le pouvoir actuel aurait tort de croire que tous ces ralliements constituent mécaniquement un gain électoral.
Attirer des personnalités politiques ne signifie pas nécessairement récupérer leur électorat.
Certaines figures, longtemps éloignées des réalités populaires, pourraient découvrir à leurs dépens que le transfert d’une carte de parti ne s’accompagne pas automatiquement du transfert des suffrages.
C’est précisément là que réside le paradoxe : des responsables qui ont exercé des responsabilités considérables sous Macky Sall peuvent-ils prétendre incarner aujourd’hui la rupture qu’ils n’ont pas su, ou pas voulu, porter hier ?La question mérite d’être posée sans passion, mais sans complaisance.
Le Sénégal souffre moins d’une pénurie de politiciens que d’une pénurie de convictions politiques durables. La transhumance, le recyclage des élites et le retour périodique des « momies politiques » donnent parfois le sentiment que la République fonctionne comme une immense salle d’attente où les mêmes acteurs changent simplement de fauteuil au gré des alternances.
Et c’est ici que le débat devient plus profond. Que ces nouveaux ralliés aient changé sincèrement d’analyse politique, qu’ils aient pris acte d’une nouvelle réalité nationale ou qu’ils recherchent une nouvelle place dans le dispositif au pouvoir, le jugement final appartiendra aux citoyens. Le suffrage universel demeure le seul véritable tribunal de la politique.
À force de confondre adhésion idéologique et opportunité politique, certains partis risquent de transformer la République en refuge pour professionnels du pouvoir. Or, les Sénégalais attendent autre chose : des responsables capables d’assumer leurs choix, de reconnaître leurs erreurs et surtout de défendre des convictions qui ne changent pas au gré des alternances.
À ceux qui rejoignent aujourd’hui Diomaye, une question simple pourrait donc être adressée : qu’avez-vous apporté au Sénégal lorsque vous étiez aux côtés de Macky Sall, et qu’apporterez-vous de plus maintenant que vous êtes aux côtés de Diomaye ?
La réponse à cette interrogation pèsera probablement davantage que tous les communiqués de ralliement.
Car, au bout du compte, les Sénégalais ne voteront ni pour des recyclages, ni pour des carrières, ni pour des « momies » réveillées à l’approche des échéances électorales. Ils voteront — ou sanctionneront — un bilan, une vision et une crédibilité.
Thieuy aduna… la politique sénégalaise n’a décidément pas fini de nous surprendre.
Après Diop Sy, dont le ralliement à la mouvance présidentielle fait la une de Dakarposte, c’est au tour de Pape Mahawa Diouf, ancien porte-parole de l’APR et ex-directeur général de l’Agence sénégalaise de Promotion touristique sous Macky Sall, d’annoncer son adhésion à « KIIRAAY les patriotes républicains », répondant ainsi à l’appel du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye.
Dans son communiqué, Pape Mahawa Diouf invoque la gravité du contexte national, les risques de divisions, la crise politique née depuis 2020 et la nécessité de préserver l’unité nationale, l’État de droit et les acquis démocratiques.
Des arguments républicains, certes respectables sur le papier, mais qui ne manquent pas de susciter une question embarrassante : où étaient donc ces impératifs de rassemblement lorsque ces mêmes responsables occupaient les premiers rangs du pouvoir de Macky Sall ?
Car, au Sénégal, la prostitution politique semble avoir encore de beaux jours devant elle. Thieuy aduna ! Les convictions deviennent parfois à géométrie variable : hier à gauche, aujourd’hui au centre, demain à droite, et après-demain dans la majorité présidentielle, selon le sens du vent politique.
Le cas de Pape Mahawa Diouf, comme celui de Diop Sy, nourrit ainsi le procès en opportunisme que certains observateurs instruisent désormais contre une classe politique accusée de privilégier les positions et les privilèges plutôt que les convictions. Les mêmes visages changent de camp, les mêmes discours se réinventent et les mêmes promesses ressurgissent sous de nouvelles couleurs.
Le phénomène pourrait d’ailleurs prendre de l’ampleur. L’APR, naguère présentée comme une puissante machine politique, donne aujourd’hui l’impression d’un navire prenant l’eau, tandis que certains de ses passagers cherchent déjà une embarcation de secours.
KIIRAAY, dans cette lecture sévère et volontairement mordante, pourrait devenir le lieu de recyclage d’anciens responsables en quête d’un nouveau souffle politique.
Mais le pouvoir actuel aurait tort de croire que tous ces ralliements constituent mécaniquement un gain électoral.
Attirer des personnalités politiques ne signifie pas nécessairement récupérer leur électorat.
Certaines figures, longtemps éloignées des réalités populaires, pourraient découvrir à leurs dépens que le transfert d’une carte de parti ne s’accompagne pas automatiquement du transfert des suffrages.
C’est précisément là que réside le paradoxe : des responsables qui ont exercé des responsabilités considérables sous Macky Sall peuvent-ils prétendre incarner aujourd’hui la rupture qu’ils n’ont pas su, ou pas voulu, porter hier ?La question mérite d’être posée sans passion, mais sans complaisance.
Le Sénégal souffre moins d’une pénurie de politiciens que d’une pénurie de convictions politiques durables. La transhumance, le recyclage des élites et le retour périodique des « momies politiques » donnent parfois le sentiment que la République fonctionne comme une immense salle d’attente où les mêmes acteurs changent simplement de fauteuil au gré des alternances.
Et c’est ici que le débat devient plus profond. Que ces nouveaux ralliés aient changé sincèrement d’analyse politique, qu’ils aient pris acte d’une nouvelle réalité nationale ou qu’ils recherchent une nouvelle place dans le dispositif au pouvoir, le jugement final appartiendra aux citoyens. Le suffrage universel demeure le seul véritable tribunal de la politique.
À force de confondre adhésion idéologique et opportunité politique, certains partis risquent de transformer la République en refuge pour professionnels du pouvoir. Or, les Sénégalais attendent autre chose : des responsables capables d’assumer leurs choix, de reconnaître leurs erreurs et surtout de défendre des convictions qui ne changent pas au gré des alternances.
À ceux qui rejoignent aujourd’hui Diomaye, une question simple pourrait donc être adressée : qu’avez-vous apporté au Sénégal lorsque vous étiez aux côtés de Macky Sall, et qu’apporterez-vous de plus maintenant que vous êtes aux côtés de Diomaye ?
La réponse à cette interrogation pèsera probablement davantage que tous les communiqués de ralliement.
Car, au bout du compte, les Sénégalais ne voteront ni pour des recyclages, ni pour des carrières, ni pour des « momies » réveillées à l’approche des échéances électorales. Ils voteront — ou sanctionneront — un bilan, une vision et une crédibilité.
Thieuy aduna… la politique sénégalaise n’a décidément pas fini de nous surprendre.