L’art de l’arbitrage face au choc énergétique : l’action de Cheikh Diba à l’épreuve des cours mondiaux

Rédigé par Dakarposte le Lundi 17 Aout 2026 à 01:47 modifié le Lundi 17 Aout 2026 03:47

Dans le tumulte provoqué par la flambée des cours mondiaux du pétrole, un nom revient avec insistance, mais dans une relative discrétion : celui de Cheikh Diba, ministre des Finances et du Budget.

Loin des déclarations tonitruantes et des effets d’annonce, l’argentier de l’État aurait, selon les confidences de l’homme d’affaires Baba Gaye, déployé d’importants efforts pour contenir autant que possible les répercussions de cette nouvelle secousse énergétique sur les ménages et l’économie sénégalaise.

À en croire ce dernier, Cheikh Diba s’est littéralement « démené comme un beau diable » pour éviter au Sénégal de subir de plein fouet les conséquences de la hausse internationale des prix des hydrocarbures.

Une bataille menée, selon lui, avec méthode, patience et sens des responsabilités, alors même que la conjoncture mondiale ne laissait guère de marge de manœuvre.
Car il faut se garder de regarder la question du prix du carburant à travers le seul prisme des décisions nationales. Le pétrole obéit à une mécanique qui dépasse largement les frontières sénégalaises. Lorsque les cours internationaux s’envolent, les pays importateurs d’hydrocarbures, dont le Sénégal, se retrouvent mécaniquement exposés.

L’État peut amortir le choc, en différer certains effets ou en répartir le coût, mais il ne peut indéfiniment abolir les réalités du marché mondial. C’est précisément sur ce terrain que Baba Gaye situe l’action de Cheikh Diba.

D’après l’homme d’affaires, l’actuel argentier de l’Establishment aurait multiplié les arbitrages et les démarches afin de préserver autant que possible le pouvoir d’achat des Sénégalais et d’éviter une répercussion brutale de la hausse des cours sur les prix à la pompe.

Une stratégie d’amortissement qui, par définition, ne produit pas toujours de résultats spectaculaires aux yeux du grand public, mais qui peut permettre de gagner un temps précieux lorsque la conjoncture devient défavorable.

Il convient également de rappeler qu’une politique de maintien artificiel des prix a un coût pour les finances publiques. Chaque franc consacré à la compensation ou au soutien des prix constitue une ressource qui ne peut être affectée simultanément à d’autres priorités : infrastructures, santé, éducation, protection sociale ou investissement public.

La responsabilité d’un ministre des Finances consiste donc moins à promettre l’impossible qu’à arbitrer entre plusieurs contraintes, parfois contradictoires, tout en évitant de fragiliser davantage les comptes de l’État.

C’est pourquoi le mérite de Cheikh Diba, s’il est confirmé par les faits et les données officielles, résiderait moins dans une quelconque capacité à défier les marchés internationaux que dans sa volonté d’en limiter les effets les plus douloureux. Autrement dit, il ne s’agissait pas de faire disparaître la tempête, mais d’en réduire la violence.

La hausse des hydrocarbures, lorsqu’elle devient durable et mondiale, finit nécessairement par produire des effets. Les importateurs paient plus cher, les coûts de transport augmentent, les entreprises subissent une pression supplémentaire et, par ricochet, l’ensemble de l’économie ressent la morsure de cette inflation énergétique.

Dans pareil contexte, demander à un gouvernement de maintenir indéfiniment les prix intérieurs à un niveau déconnecté des réalités extérieures reviendrait à exiger de l’État qu’il paie éternellement la différence.
Et c’est là que réside peut-être le malentendu actuel. Certains pourraient être tentés de réduire toute évolution du prix du carburant à un échec de la politique gouvernementale.
Ce serait oublier que le Sénégal n’est ni producteur de pétrole à même de contrôler les cours internationaux, ni une économie isolée du reste du monde. Les marges de décision existent, mais elles ont leurs limites.

Baba Gaye, lui, veut surtout rendre hommage à un travail accompli dans l’ombre. Il décrit un Cheikh Diba soucieux de contenir le choc, multipliant les manœuvres et les arbitrages avant de se résoudre, lorsque toutes les possibilités ont été épuisées, à reconnaître la force de la contrainte extérieure.

Il y a, dans cette approche, une vérité élémentaire : à l’impossible, nul n’est tenu. Gouverner, surtout lorsqu’il s’agit des finances publiques, ce n’est pas promettre que les crises n’existeront jamais ; c’est empêcher qu’elles ne deviennent des catastrophes. C’est choisir le moindre mal lorsque toutes les options comportent un coût.

Ainsi, derrière les chiffres affichés à la pompe, il y aurait donc une autre histoire : celle d’un ministre des Finances qui aurait tenté, avec ses équipes, de repousser autant que possible les conséquences d’un choc dont l’origine se situe bien au-delà de Dakar. Une action sans tambour ni trompette, dont Babacar Gaye se fait aujourd’hui le témoin enthousiaste.

Reste désormais à l’État d’expliquer, chiffres à l’appui, les mécanismes mobilisés, les efforts consentis et les marges réellement disponibles. Car dans une démocratie soucieuse de transparence, les bonnes intentions ne suffisent pas : elles doivent pouvoir être confrontées aux faits.

Mais une chose demeure certaine : on peut reprocher à un gouvernement ses choix ; on ne peut raisonnablement lui demander de commander aux cours mondiaux du pétrole.

Et si Cheikh Diba a effectivement tout entrepris pour retarder et atténuer la hausse, avant de se heurter aux limites de l’exercice, son action mérite d’être appréciée à l’aune de cette réalité plutôt que sous le seul prisme du prix affiché à la pompe.



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