LFR 2026 – BRAS DE FER INSTITUTIONNEL : « LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE PRENDRA LES DISPOSITIONS QU’IL FAUT », ANNONCE CHEIKH DIBA — DIOMAYE FAYE FACE À SES RESPONSABILITÉS CONSTITUTIONNELLES

Rédigé par Dakarposte le Mardi 3 Novembre 2026 à 14:09 modifié le Mardi 3 Novembre 2026 15:09

« Thiaxaan baaxoul » : le désordre ne mène à rien. Cette expression wolof résume, à bien des égards, le climat de crispation qui entoure l’examen de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026. Au sortir de la séance plénière de ce mardi à l’Assemblée nationale, le ministre des Finances, Cheikh Diba, a lâché une déclaration lourde de portée : « Le président de la République prendra les dispositions qu’il faut. » Une phrase qui place désormais Bassirou Diomaye Faye au cœur de l’équation institutionnelle et relance le débat sur l’étendue des prérogatives que lui confère la Constitution.

La déclaration intervient après le rejet, par les députés de la majorité PASTEF, des deux amendements présentés par le gouvernement ainsi que du projet de loi soumis à leur examen. Un revers parlementaire qui semble avoir profondément contrarié l’Exécutif. Cheikh Diba a d’ailleurs reproché aux élus de ne pas avoir véritablement voulu ouvrir le débat sur les enjeux budgétaires du texte. « Ce que j’ai constaté, c’est que l’Assemblée nationale n’a pas voulu du débat. L’Assemblée nationale ne voulait pas que le peuple sache ce qui était en train de se jouer », a-t-il déploré.

Pour justifier le recours à cette loi rectificative, le ministre a invoqué l’article 47 de la loi de finances, qui, selon son argumentaire, impose de revenir devant les parlementaires lorsque les projections de recettes ou de dépenses connaissent des modifications substantielles. Le gouvernement aurait ainsi choisi de soumettre les nouveaux équilibres budgétaires au contrôle de l’Assemblée plutôt que de laisser perdurer des prévisions devenues inadaptées.

Cheikh Diba a notamment rappelé que l’Exécutif escomptait initialement mobiliser 762 milliards de francs CFA dans le cadre du Plan de relance économique et sociale. Or, au 30 septembre, les recettes évoquées par le ministre s’établissaient à 173 milliards, avec un objectif révisé de 311 milliards à la fin de l’exercice.

À ces difficultés de mobilisation des ressources s’ajoutent les répercussions de la crise au Moyen-Orient, notamment les tensions liées à l’Iran, sur les cours du pétrole et les coûts énergétiques. Pour amortir le choc sur les ménages, le gouvernement a voulu renforcer les subventions destinées au secteur de l’énergie. Initialement fixée à 250 milliards de francs CFA, l’enveloppe nécessaire aurait été réévaluée à 790,3 milliards, soit un effort supplémentaire d’environ 540 milliards.

« Nous avons pris la responsabilité d’accompagner les populations par rapport à ce changement substantiel », a expliqué le ministre, qui voit dans le rejet du texte une remise en cause de cette volonté de soutien aux consommateurs.

Répondant également aux critiques sur le déficit, Cheikh Diba a rappelé que celui-ci constitue un plafond encadrant la trajectoire des finances publiques, et non une autorisation de dépenses sans limites. Le gouvernement a fixé ce seuil à 5,6 % dans le cadre de sa stratégie de consolidation budgétaire. Il a, en outre, évoqué le précédent de 2025, lorsque l’Exécutif était revenu devant l’Assemblée nationale avec une nouvelle loi de finances rectificative en fin d’exercice, preuve, selon lui, que les ajustements budgétaires peuvent intervenir lorsque les circonstances l’exigent.

Mais au-delà de cette bataille de chiffres et d’interprétations économiques, c’est la référence au président de la République qui confère à la sortie du ministre sa véritable dimension politique. En affirmant que Bassirou Diomaye Faye prendra les dispositions nécessaires, Cheikh Diba semble renvoyer au chef de l’État la responsabilité de contribuer au dénouement d’une situation devenue politiquement inconfortable.

La Constitution sénégalaise fait du président de la République, en vertu de son article 42, le gardien de la Loi fondamentale et le garant du fonctionnement régulier des institutions ainsi que de la continuité de l’État. Cette responsabilité prend tout son sens lorsque les rapports entre les pouvoirs publics se tendent et que les divergences politiques menacent de compromettre la conduite des affaires nationales.

Plusieurs mécanismes constitutionnels encadrent les réponses possibles. L’article 86 prévoit notamment que le Premier ministre peut, après délibération en Conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement sur le vote d’un projet de loi de finances. Le texte est alors considéré comme adopté, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les conditions prévues par la Constitution.

L’article 87 reconnaît, quant à lui, au président de la République la faculté de dissoudre l’Assemblée nationale, après consultation du Premier ministre et du président de l’institution parlementaire. Cette prérogative demeure toutefois soumise à des restrictions, notamment l’interdiction de prononcer une dissolution durant les deux premières années de la législature.

L’article 68 prévoit également un mécanisme particulier en cas de non-adoption, dans le délai constitutionnel de soixante jours, du projet de loi de finances de l’année. Il importe cependant de ne pas confondre ce dispositif avec celui applicable à une loi de finances rectificative : son éventuelle transposition à la situation actuelle nécessiterait une analyse juridique spécifique. Quant aux pouvoirs exceptionnels de l’article 52, ils ne sauraient être mobilisés pour le seul motif d’un désaccord parlementaire sur un texte budgétaire.

La question n’est donc pas de savoir si le chef de l’État dispose de prérogatives, mais comment il entend les exercer dans le strict respect de la Constitution. La rédaction de Dakarposte avait déjà attiré l’attention, ces derniers jours, sur les leviers institutionnels dont dispose Bassirou Diomaye Faye. La déclaration de Cheikh Diba donne aujourd’hui une acuité nouvelle à cette réflexion.

Il ne s’agit évidemment pas pour le président de se substituer à l’Assemblée nationale, dont les pouvoirs de contrôle et de vote sont au fondement de l’équilibre démocratique. Mais le désaccord politique ne saurait davantage se muer en paralysie durable de l’action publique. Entre les prérogatives parlementaires et l’exigence de continuité de l’État, la Constitution impose à chaque institution de mesurer la portée de ses décisions.

Derrière les milliards évoqués par le ministre se trouvent des enjeux qui dépassent les querelles d’hémicycle : le pouvoir d’achat, le coût de l’électricité, le soutien aux ménages et la capacité de l’État à honorer ses engagements. C’est à l’aune de ces impératifs que doit être appréciée la responsabilité des acteurs politiques.

« Thiaxaan baaxoul » : le désordre ne mène à rien. Dans cette séquence où les divergences semblent désormais traverser les rangs mêmes de la majorité, le message de Cheikh Diba sonne comme un avertissement.

Le président Bassirou Diomaye Faye est attendu sur sa capacité à faire prévaloir l’intérêt général, à préserver l’équilibre des institutions et à trouver, dans les limites de la Loi fondamentale, une issue à une impasse dont les Sénégalais ne devraient pas être les premières victimes.



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Mamadou Ndiaye
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