La crise des finances publiques sénégalaises et les incertitudes entourant l’adoption de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 continuent d’alimenter les inquiétudes. Entre exigences de redressement budgétaire, négociations avec les partenaires financiers et bras de fer entre l’Exécutif et la majorité parlementaire, le Sénégal se trouve à la croisée des chemins.
Nos confrères de la RFM ont consacré un entretien exclusif à cette situation économique préoccupante, en donnant la parole à deux spécialistes : Moubarack Lo, économiste, ancien directeur général du Bureau de prospective économique et maire de Niomré, ainsi que Seydou Bocoum, économiste et membre du Laboratoire de recherche économique et monétaire (LAREM) de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.
Au fil de cet échange, les deux intervenants ont livré des lectures parfois différentes, mais convergentes sur un point essentiel : l’impasse budgétaire actuelle appelle des décisions courageuses, une responsabilité institutionnelle accrue et, surtout, un dépassement des querelles partisanes.
Nos confrères de la RFM ont consacré un entretien exclusif à cette situation économique préoccupante, en donnant la parole à deux spécialistes : Moubarack Lo, économiste, ancien directeur général du Bureau de prospective économique et maire de Niomré, ainsi que Seydou Bocoum, économiste et membre du Laboratoire de recherche économique et monétaire (LAREM) de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.
Au fil de cet échange, les deux intervenants ont livré des lectures parfois différentes, mais convergentes sur un point essentiel : l’impasse budgétaire actuelle appelle des décisions courageuses, une responsabilité institutionnelle accrue et, surtout, un dépassement des querelles partisanes.
Moubarack Lo
Moubarack Lo : « Il faut une union nationale pour sauver la machine économique »
Pour Moubarack Lo, le blocage du projet de loi de finances rectificative ne saurait être appréhendé comme une simple péripétie parlementaire. Il s’inscrit dans une séquence économique et financière dont les origines remontent aux révélations relatives à la situation réelle des finances publiques.
L’économiste rappelle que les vérifications engagées sur les comptes de l’État ont mis en évidence des insuffisances dans la traçabilité de certaines opérations et de certains engagements financiers. À la suite de ces constats, les autorités ont été amenées à informer les partenaires du Sénégal de la situation découverte, ouvrant ainsi une période particulièrement éprouvante pour les finances publiques.
Depuis lors, le pays évolue dans un environnement financier contraint, caractérisé par la difficulté à mobiliser les concours extérieurs dans les conditions antérieures. Une situation qui, selon lui, réduit considérablement les capacités d’intervention de l’État et fragilise le fonctionnement de la machine économique.
Dans cette perspective, l’adoption de la LFR apparaît comme une étape déterminante. Elle doit permettre de donner une traduction institutionnelle au programme économique négocié avec les partenaires financiers et, par conséquent, de favoriser la restauration de la confiance ainsi que la reprise des financements extérieurs.
Moubarack Lo insiste sur la portée de cette exigence : il ne s’agit pas uniquement de faire adopter un texte budgétaire, mais de créer les conditions politiques et institutionnelles nécessaires à la relance du processus de financement du Sénégal.
D'où son appel à une véritable union nationale. À ses yeux, les responsables politiques, quelle que soit leur appartenance, doivent mesurer la gravité de l’heure et éviter que les divergences partisanes ne compromettent davantage les perspectives économiques du pays.
Le temps des compromis plutôt que celui des postures
Interrogé sur les possibilités de trouver un consensus avant l’examen du texte en séance plénière, l’ancien directeur général du Bureau de prospective économique se montre favorable à une démarche de conciliation.
Il reconnaît que le débat budgétaire doit naturellement permettre aux parlementaires d’exercer leur pouvoir de contrôle, de formuler des observations et de défendre les priorités qu’ils jugent essentielles. Toutefois, il estime que l’urgence de la situation impose de hiérarchiser les préoccupations.
Pour lui, les discussions de fond pourront se poursuivre dans le cadre de la prochaine loi de finances initiale, qui offrira davantage de latitude pour examiner les propositions des députés et procéder aux arbitrages nécessaires.
L’économiste rappelle, dans le même esprit, que les difficultés actuelles d’exécution budgétaire ne peuvent être dissociées des engagements et des prévisions hérités des exercices précédents. Il considère ainsi qu’il serait réducteur de faire porter à la seule équipe gouvernementale actuelle l’intégralité des contraintes auxquelles l’État est confronté.
Son argumentation repose sur une préoccupation centrale : les conséquences concrètes d'une paralysie financière. Les retards de paiement de l'État, les engagements à honorer et les dépenses publiques en attente ne sont pas de simples données comptables. Ils affectent les entreprises, les ménages, les travailleurs et, plus largement, l'ensemble du tissu économique national.
Dès lors, estime-t-il, les députés doivent prendre la mesure de leur responsabilité historique. Le pays ne peut se permettre de prolonger indéfiniment une confrontation institutionnelle au moment même où ses partenaires financiers attendent des signaux clairs.
Moubarack Lo va jusqu'à souhaiter que les forces politiques puissent, en séance plénière, afficher une convergence autour de l'adoption du texte, quitte à reprendre ultérieurement, dans le cadre budgétaire approprié, les propositions qu'elles souhaitent défendre.
Pour Moubarack Lo, le blocage du projet de loi de finances rectificative ne saurait être appréhendé comme une simple péripétie parlementaire. Il s’inscrit dans une séquence économique et financière dont les origines remontent aux révélations relatives à la situation réelle des finances publiques.
L’économiste rappelle que les vérifications engagées sur les comptes de l’État ont mis en évidence des insuffisances dans la traçabilité de certaines opérations et de certains engagements financiers. À la suite de ces constats, les autorités ont été amenées à informer les partenaires du Sénégal de la situation découverte, ouvrant ainsi une période particulièrement éprouvante pour les finances publiques.
Depuis lors, le pays évolue dans un environnement financier contraint, caractérisé par la difficulté à mobiliser les concours extérieurs dans les conditions antérieures. Une situation qui, selon lui, réduit considérablement les capacités d’intervention de l’État et fragilise le fonctionnement de la machine économique.
Dans cette perspective, l’adoption de la LFR apparaît comme une étape déterminante. Elle doit permettre de donner une traduction institutionnelle au programme économique négocié avec les partenaires financiers et, par conséquent, de favoriser la restauration de la confiance ainsi que la reprise des financements extérieurs.
Moubarack Lo insiste sur la portée de cette exigence : il ne s’agit pas uniquement de faire adopter un texte budgétaire, mais de créer les conditions politiques et institutionnelles nécessaires à la relance du processus de financement du Sénégal.
D'où son appel à une véritable union nationale. À ses yeux, les responsables politiques, quelle que soit leur appartenance, doivent mesurer la gravité de l’heure et éviter que les divergences partisanes ne compromettent davantage les perspectives économiques du pays.
Le temps des compromis plutôt que celui des postures
Interrogé sur les possibilités de trouver un consensus avant l’examen du texte en séance plénière, l’ancien directeur général du Bureau de prospective économique se montre favorable à une démarche de conciliation.
Il reconnaît que le débat budgétaire doit naturellement permettre aux parlementaires d’exercer leur pouvoir de contrôle, de formuler des observations et de défendre les priorités qu’ils jugent essentielles. Toutefois, il estime que l’urgence de la situation impose de hiérarchiser les préoccupations.
Pour lui, les discussions de fond pourront se poursuivre dans le cadre de la prochaine loi de finances initiale, qui offrira davantage de latitude pour examiner les propositions des députés et procéder aux arbitrages nécessaires.
L’économiste rappelle, dans le même esprit, que les difficultés actuelles d’exécution budgétaire ne peuvent être dissociées des engagements et des prévisions hérités des exercices précédents. Il considère ainsi qu’il serait réducteur de faire porter à la seule équipe gouvernementale actuelle l’intégralité des contraintes auxquelles l’État est confronté.
Son argumentation repose sur une préoccupation centrale : les conséquences concrètes d'une paralysie financière. Les retards de paiement de l'État, les engagements à honorer et les dépenses publiques en attente ne sont pas de simples données comptables. Ils affectent les entreprises, les ménages, les travailleurs et, plus largement, l'ensemble du tissu économique national.
Dès lors, estime-t-il, les députés doivent prendre la mesure de leur responsabilité historique. Le pays ne peut se permettre de prolonger indéfiniment une confrontation institutionnelle au moment même où ses partenaires financiers attendent des signaux clairs.
Moubarack Lo va jusqu'à souhaiter que les forces politiques puissent, en séance plénière, afficher une convergence autour de l'adoption du texte, quitte à reprendre ultérieurement, dans le cadre budgétaire approprié, les propositions qu'elles souhaitent défendre.
Seydou Bocoum
Seydou Bocoum : « Les Sénégalais ne doivent pas être les victimes de cette bataille politique »
De son côté, Seydou Bocoum, économiste et membre du LAREM, adopte une approche plus critique à l'égard de la confrontation entre le gouvernement et la majorité parlementaire.
Pour lui, le différend a désormais dépassé le seul terrain technique pour prendre une dimension éminemment politique. Il met en garde contre une situation dans laquelle les calculs partisans finiraient par prendre le pas sur les impératifs économiques et sociaux.
L'économiste estime que le pays ne doit pas être pris en otage par une bataille institutionnelle dont les conséquences risquent de retomber sur les populations. Il appelle ainsi les protagonistes à faire preuve de retenue et à accepter les concessions indispensables à un règlement de la crise.
Dans son analyse, la responsabilité de sortir de l'impasse ne saurait être recherchée exclusivement du côté des parlementaires. Le gouvernement et la majorité doivent, chacun à leur niveau, consentir à un effort de dépassement afin de préserver les intérêts supérieurs de la nation.
Seydou Bocoum se montre également réservé quant à la possibilité d'un dialogue véritablement productif dans le climat actuel. La défiance, nourrie par les blocages successifs et les divergences persistantes, constitue à ses yeux un obstacle sérieux à la recherche d'un compromis.
Il souligne néanmoins que certaines revendications formulées par les députés, notamment celles relatives à la révision des priorités budgétaires et sociales, méritent d'être examinées pour leur contenu. Toutes les exigences parlementaires ne relèvent pas nécessairement de calculs politiciens : certaines peuvent traduire des préoccupations légitimes quant à l'orientation des dépenses publiques et à la réponse apportée aux besoins des populations.
Une crise de confiance autant qu'une crise budgétaire
Au-delà de leurs nuances d'appréciation, les interventions de Moubarack Lo et de Seydou Bocoum mettent en lumière une réalité préoccupante : la crise budgétaire sénégalaise ne se résume pas à une querelle autour d'un projet de loi.
Elle révèle également une difficulté plus profonde à faire converger les institutions autour d'une stratégie économique commune, alors même que le pays doit restaurer la crédibilité de ses finances publiques et renouer avec ses partenaires financiers.
D'un côté, Moubarack Lo privilégie l'urgence de l'adoption de la LFR, considérant qu'elle constitue un passage nécessaire pour remettre en mouvement les mécanismes de financement et éviter une aggravation de la contrainte budgétaire. De l'autre, Seydou Bocoum insiste sur la nécessité de désamorcer le conflit politique et de prendre en considération les préoccupations sociales et économiques exprimées par les parlementaires.
Deux approches qui, loin de s'exclure totalement, renvoient à une même exigence : préserver la capacité de l'État à fonctionner et empêcher que les désaccords politiques ne se transforment en crise économique plus profonde.
L'intérêt général à l'épreuve des rapports de force
À l'approche de l'examen en séance plénière, le Sénégal se trouve donc devant une responsabilité majeure. L'adoption de la LFR ne saurait dispenser les institutions du débat démocratique, pas plus que les impératifs de redressement financier ne devraient servir à éluder les interrogations légitimes sur les priorités budgétaires.
Mais l'exercice du contrôle parlementaire et la recherche de la transparence doivent également s'accompagner d'une conscience aiguë des conséquences d'un blocage prolongé.
Car derrière les chiffres, les déficits, les engagements financiers et les négociations avec les partenaires se trouvent des réalités humaines : des entreprises qui attendent leurs paiements, des ménages confrontés à la cherté de la vie, des travailleurs dépendant de la régularité des dépenses publiques et des acteurs économiques dont l'activité demeure tributaire de la capacité de l'État à honorer ses obligations.
C'est précisément là que réside toute la gravité de l'heure. Le Sénégal a besoin d'un débat budgétaire rigoureux, mais également d'une volonté politique capable de transcender les antagonismes.
L'entretien accordé à la RFM par Moubarack Lo et Seydou Bocoum, deux économistes aux sensibilités distinctes, a ainsi le mérite de remettre au centre du débat une question fondamentale : jusqu'où les acteurs politiques peuvent-ils pousser leur confrontation sans mettre en péril les intérêts économiques et sociaux du pays ? Une interrogation que les radars de Dakarposte n'ont assurément pas laissé passer.
Affaire à suivre...
De son côté, Seydou Bocoum, économiste et membre du LAREM, adopte une approche plus critique à l'égard de la confrontation entre le gouvernement et la majorité parlementaire.
Pour lui, le différend a désormais dépassé le seul terrain technique pour prendre une dimension éminemment politique. Il met en garde contre une situation dans laquelle les calculs partisans finiraient par prendre le pas sur les impératifs économiques et sociaux.
L'économiste estime que le pays ne doit pas être pris en otage par une bataille institutionnelle dont les conséquences risquent de retomber sur les populations. Il appelle ainsi les protagonistes à faire preuve de retenue et à accepter les concessions indispensables à un règlement de la crise.
Dans son analyse, la responsabilité de sortir de l'impasse ne saurait être recherchée exclusivement du côté des parlementaires. Le gouvernement et la majorité doivent, chacun à leur niveau, consentir à un effort de dépassement afin de préserver les intérêts supérieurs de la nation.
Seydou Bocoum se montre également réservé quant à la possibilité d'un dialogue véritablement productif dans le climat actuel. La défiance, nourrie par les blocages successifs et les divergences persistantes, constitue à ses yeux un obstacle sérieux à la recherche d'un compromis.
Il souligne néanmoins que certaines revendications formulées par les députés, notamment celles relatives à la révision des priorités budgétaires et sociales, méritent d'être examinées pour leur contenu. Toutes les exigences parlementaires ne relèvent pas nécessairement de calculs politiciens : certaines peuvent traduire des préoccupations légitimes quant à l'orientation des dépenses publiques et à la réponse apportée aux besoins des populations.
Une crise de confiance autant qu'une crise budgétaire
Au-delà de leurs nuances d'appréciation, les interventions de Moubarack Lo et de Seydou Bocoum mettent en lumière une réalité préoccupante : la crise budgétaire sénégalaise ne se résume pas à une querelle autour d'un projet de loi.
Elle révèle également une difficulté plus profonde à faire converger les institutions autour d'une stratégie économique commune, alors même que le pays doit restaurer la crédibilité de ses finances publiques et renouer avec ses partenaires financiers.
D'un côté, Moubarack Lo privilégie l'urgence de l'adoption de la LFR, considérant qu'elle constitue un passage nécessaire pour remettre en mouvement les mécanismes de financement et éviter une aggravation de la contrainte budgétaire. De l'autre, Seydou Bocoum insiste sur la nécessité de désamorcer le conflit politique et de prendre en considération les préoccupations sociales et économiques exprimées par les parlementaires.
Deux approches qui, loin de s'exclure totalement, renvoient à une même exigence : préserver la capacité de l'État à fonctionner et empêcher que les désaccords politiques ne se transforment en crise économique plus profonde.
L'intérêt général à l'épreuve des rapports de force
À l'approche de l'examen en séance plénière, le Sénégal se trouve donc devant une responsabilité majeure. L'adoption de la LFR ne saurait dispenser les institutions du débat démocratique, pas plus que les impératifs de redressement financier ne devraient servir à éluder les interrogations légitimes sur les priorités budgétaires.
Mais l'exercice du contrôle parlementaire et la recherche de la transparence doivent également s'accompagner d'une conscience aiguë des conséquences d'un blocage prolongé.
Car derrière les chiffres, les déficits, les engagements financiers et les négociations avec les partenaires se trouvent des réalités humaines : des entreprises qui attendent leurs paiements, des ménages confrontés à la cherté de la vie, des travailleurs dépendant de la régularité des dépenses publiques et des acteurs économiques dont l'activité demeure tributaire de la capacité de l'État à honorer ses obligations.
C'est précisément là que réside toute la gravité de l'heure. Le Sénégal a besoin d'un débat budgétaire rigoureux, mais également d'une volonté politique capable de transcender les antagonismes.
L'entretien accordé à la RFM par Moubarack Lo et Seydou Bocoum, deux économistes aux sensibilités distinctes, a ainsi le mérite de remettre au centre du débat une question fondamentale : jusqu'où les acteurs politiques peuvent-ils pousser leur confrontation sans mettre en péril les intérêts économiques et sociaux du pays ? Une interrogation que les radars de Dakarposte n'ont assurément pas laissé passer.
Affaire à suivre...