LFR 2026 : tiens, tiens, Amadou Ba sort enfin de sa réserve ! Où était-il lors des inondations meurtrières ?

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 21 Octobre 2026 à 00:52 modifié le Mercredi 21 Octobre 2026 03:23

Tiens, tiens ! Amadou Ba sort enfin de sa réserve ! À croire que l’ancien Premier ministre de Macky Sall attendait le moment propice pour refaire surface dans le débat public. À peine la controverse autour de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 s’est-elle enflammée que le voilà qui monte au créneau, distribuant ses recommandations, prêchant le dialogue institutionnel et alertant sur les risques d’une impasse budgétaire. Le costume du sage lui irait-il si bien qu’il en aurait oublié les silences qui ont jalonné son parcours politique ? Car, pendant que l’ancien chef du gouvernement se découvre aujourd’hui une vocation de médiateur, une question, insistante, s’impose : où était donc passé Amadou Ba lorsque le Sénégal était confronté à d’autres urgences, notamment aux récentes inondations meurtrières qui auraient coûté la vie à au moins cinq personnes ?

Dans une déclaration publiée le mardi 20 octobre 2026, l’ancien chef du gouvernement invite le président de la République, le gouvernement et la représentation nationale à engager, sans délai, une concertation institutionnelle afin de dégager un compromis sur les orientations budgétaires essentielles. Il évoque le risque d’une impasse, s’inquiète du financement des subventions énergétiques et rappelle que la discipline budgétaire ne saurait être opposée à la justice sociale.

Sur le papier, rien de répréhensible. La recherche d’un compromis peut être utile, et les enjeux financiers soulevés méritent assurément un examen rigoureux. Mais, en politique, les déclarations ne flottent jamais dans le vide : elles s’inscrivent dans un parcours, un bilan et une histoire. Or, lorsqu’un ancien Premier ministre se pose soudain en vigie de la République, il est légitime de lui demander des comptes sur la constance de son engagement.


Monsieur Amadou Ba, où étiez-vous lorsque les eaux emportaient des vies et plongeaient des familles dans le deuil ?


Où était cette voix aujourd’hui si préoccupée par la stabilité des institutions lorsque de récentes inondations ont endeuillé des familles sénégalaises, avec un bilan rapporté d’au moins cinq morts ? Aviez-vous pris publiquement position ? Aviez-vous interpellé les autorités sur la prévention des risques, la gestion des eaux pluviales ou les dispositifs d’assistance aux populations sinistrées ? Aviez-vous formulé des propositions concrètes pour éviter que de telles tragédies ne se reproduisent ?

Ces questions ne sont pas des procès d’intention. Elles traduisent une exigence élémentaire de cohérence. Il ne s’agit pas de prétendre qu’un responsable politique doit commenter chaque événement pour prouver son engagement. Il s’agit de rappeler que la responsabilité publique ne se limite pas aux moments où l’actualité offre une tribune favorable. Elle se mesure aussi à la capacité de prendre position lorsque les citoyens sont confrontés à la détresse, lorsque des vies sont perdues et lorsque l’urgence commande de dépasser les calculs de communication.

Les familles endeuillées n’ont que faire des querelles de positionnement. Elles attendent des réponses, des mesures de prévention et des politiques publiques capables de réduire les risques. Les Sénégalais veulent savoir ce qui peut être fait pour éviter que les mêmes drames se répètent. Dans ces circonstances, la parole des responsables politiques a du poids lorsqu’elle s’accompagne d’un engagement concret et de propositions vérifiables.

Il conviendrait néanmoins de vérifier les prises de position publiques de l’ancien Premier ministre durant cette période avant de conclure à un silence absolu. Mais la question demeure légitime : quelle place entend-il occuper dans le débat national, et quelle contribution souhaite-t-il apporter aux problèmes qui touchent directement les populations ?

Car voilà précisément ce qui rend sa sortie sur la LFR 2026 si discutable sur le plan politique : Amadou Ba connaît parfaitement les rouages de l’État. Ancien ministre des Finances, ancien Premier ministre et aujourd’hui député, il ne découvre ni les contraintes budgétaires ni les difficultés de l’arbitrage public. Il sait que les finances nationales exigent des choix, des priorités et des décisions dont les conséquences pèsent sur le quotidien des citoyens.

Dès lors, pourquoi cette soudaine urgence à appeler au dialogue ? Pourquoi cette posture de médiateur au moment où la controverse budgétaire occupe le devant de la scène ? L’ancien Premier ministre est parfaitement fondé à proposer une concertation. Mais les Sénégalais sont tout aussi fondés à lui demander ce que cette démarche apporterait de concret, au-delà des formules convenues sur la stabilité, la responsabilité et la justice sociale.

Le dialogue institutionnel ne se proclame pas seulement dans une déclaration : il se pratique là où les institutions délibèrent.

Et, en la matière, l’Assemblée nationale constitue précisément le cadre du débat parlementaire, de la confrontation des arguments et de l’examen des textes soumis aux députés. C’est là que les représentants du peuple peuvent interpeller le gouvernement, défendre des amendements, contester les choix budgétaires et proposer des solutions alternatives.

Si Amadou Ba estime que la situation exige un compromis urgent, sa qualité de député lui offre une tribune institutionnelle pour faire valoir ses arguments et contribuer à la recherche d’une issue. Le débat parlementaire n’est pas un décor que l’on invoque lorsque la tension monte. Il est l’un des lieux où la responsabilité politique doit se traduire en actes.

D’où cette autre interrogation : quelle contribution concrète l’ancien Premier ministre apporte-t-il aux travaux parlementaires sur les questions qui préoccupent les Sénégalais ? Ses interventions, ses propositions et sa participation aux débats peuvent être examinées à partir d’éléments vérifiables. Si l’on veut apprécier son engagement, mieux vaut s’en tenir aux faits plutôt qu’aux insinuations.

Car, au fond, le Sénégal n’a besoin ni d’une opposition qui se contente de dénoncer ni d’une majorité qui se dispenserait de rendre des comptes. Le pays a besoin d’un débat contradictoire, documenté et utile, où chaque responsable présente ses chiffres, assume ses choix et explique les conséquences de ses propositions.

Sur ce terrain, l’alerte lancée par Amadou Ba mérite d’être examinée. L’ancien Premier ministre évoque quelque 540 milliards de francs CFA de subventions énergétiques qui pourraient se retrouver sans crédits budgétaires suffisants si la LFR n’était pas adoptée. Selon son analyse, une telle situation pourrait entraîner des impayés, une accumulation d’arriérés et, à terme, un alourdissement du coût de la dette.

Le sujet est sérieux. Il mérite mieux qu’une bataille de postures. Quelle est la nature exacte des besoins de financement ? Quelles seraient les conséquences d’une absence de crédits suffisants ? Quelles solutions permettraient de préserver les équilibres financiers tout en protégeant les ménages ? Voilà les questions auxquelles les responsables politiques doivent apporter des réponses précises.

L’expérience d’Amadou Ba pourrait être utile à cet exercice. Mais l’expérience passée ne constitue pas un brevet d’infaillibilité. Elle impose au contraire une exigence supplémentaire de précision, de cohérence et de transparence. Celui qui a exercé les plus hautes responsabilités gouvernementales ne peut se contenter de rappeler des principes généraux sans expliquer comment il entend les traduire en mesures concrètes.

Et puisque nous parlons de responsabilités, impossible de faire abstraction de son passage aux affaires sous Macky Sall. L’ancien Premier ministre ne saurait invoquer son expérience gouvernementale comme un argument d’autorité tout en soustrayant son propre bilan à l’examen public. Les orientations économiques de cette période, les choix budgétaires opérés et les résultats obtenus peuvent légitimement faire l’objet d’un débat contradictoire.

Qui veut aujourd’hui se poser en vigie des finances publiques doit accepter que l’on examine aussi sa propre gestion passée. Qui invoque la responsabilité doit pouvoir expliquer les décisions qu’il a prises lorsqu’il disposait des leviers du pouvoir. Et qui appelle au compromis doit démontrer qu’il est prêt à confronter ses propositions à la contradiction.

Quant aux assises sur l’économie qu’il remet sur la table, l’initiative peut être discutée sans préjugé. Une concertation élargie peut contribuer à établir un diagnostic partagé et à dégager des réponses aux difficultés structurelles du pays. Encore faut-il éviter que ces assises deviennent un rendez-vous supplémentaire où les mêmes constats seraient répétés sans déboucher sur des décisions applicables.

Le Sénégal n’a pas seulement besoin de diagnostics. Il a besoin de mesures précises, de calendriers réalistes, de mécanismes de suivi et de responsables disposés à assumer leurs choix.


De Macky Sall à la LFR 2026, l’expérience gouvernementale ne saurait devenir un bouclier contre la contradiction.



Il serait toutefois trop facile de réduire le débat à une querelle de personnes. La véritable question est de savoir quelles solutions budgétaires sont soutenables, comment financer les dépenses prioritaires et quelles mesures peuvent protéger les ménages les plus vulnérables. Les Sénégalais ont besoin de comprendre les choix qui leur sont proposés, les contraintes auxquelles l’État est confronté et les conséquences des différents scénarios.

Mais cette exigence de sérieux vaut également lorsque surviennent des drames humains. Les inondations meurtrières et les tensions budgétaires ne sont pas des sujets concurrents : ils renvoient, chacun à sa manière, à la capacité des pouvoirs publics à anticiper, à mobiliser des ressources et à protéger les citoyens. Un débat sur les finances publiques ne peut donc être dissocié des questions relatives à l’efficacité de la dépense, à la prévention des catastrophes et à la qualité des services rendus à la population.

C’est pourquoi l’ancien Premier ministre gagnerait à préciser comment ses propositions s’inscrivent dans une vision d’ensemble de l’action publique. La stabilité financière n’est pas une fin en soi : elle doit aussi contribuer à améliorer les conditions de vie, à renforcer les infrastructures et à mieux protéger les populations exposées aux risques.

Alors, monsieur Amadou Ba, puisque vous avez choisi de reprendre la parole, allez au bout de votre démarche. Présentez vos propositions budgétaires, défendez-les devant la représentation nationale et expliquez les arbitrages que vous jugez nécessaires. Mais acceptez également que l’on vous interroge sur votre bilan, sur votre présence dans le débat public et sur vos prises de position lors des épisodes douloureux qui ont récemment frappé le pays.

Le débat public n’est pas un micro que l’on allume uniquement lorsque l’actualité offre une occasion de reprendre place dans l’arène. Il exige de la constance, de la transparence et une capacité à rendre compte de ses actes comme de ses silences éventuels.

En définitive, le Sénégal n’a besoin ni de déclarations solennelles sans lendemain ni de procès d’intention. Il a besoin de responsables capables d’étayer leurs analyses, de défendre leurs propositions et de contribuer aux solutions, qu’il s’agisse de préserver les équilibres budgétaires ou de mieux protéger les populations face aux catastrophes.

La LFR 2026 mérite un débat sérieux. Les victimes des inondations méritent que leurs drames ne soient pas relégués au second plan. Et les Sénégalais sont en droit d’attendre de tous ceux qui prétendent parler en leur nom qu’ils répondent à une exigence fondamentale : être présents dans le débat public, rendre compte de leurs responsabilités et proposer des solutions à la hauteur des difficultés du pays.
Mamadou Ndiaye
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