Le Chef de l'État insuffle une vision inédite au développement de l'économie bleue au Sénégal

Rédigé par Dakarposte le Mardi 14 Juillet 2026 à 00:32 modifié le Mardi 14 Juillet 2026 02:32

Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, a présidé ce jour l’ouverture solennelle du Forum dédié au développement durable des transports maritimes et de la logistique au sein de l’économie bleue.

Le Sénégal déploie quelque sept cent cinquante kilomètres de côtes et s'appuie sur un réseau fluvial d'envergure ; pourtant, son économie maritime ne contribue encore que de façon marginale à la richesse nationale. Bien plus qu’un simple constat de carence, cette réalité dessine la mesure exacte de nos potentialités en friche.

Le Chef de l’État a ainsi tracé les lignes de force d'une ambition nouvelle : l'édification du port en eau profonde de Ndayane, destiné à accueillir les plus grands porte-conteneurs du globe ; la modernisation indispensable des infrastructures de pêche, rappelant qu’une politique maritime coupée de sa dimension artisanale serait dépourvue de sens ; le déploiement de corridors logistiques pour désenclaver les territoires et relier les populations insulaires ; et enfin, l'avènement d'une grande école des métiers de la mer, vocation première d'une future université thématique.

Dans le concert des nations contemporaines, la souveraineté ne s’évalue plus à la seule maîtrise des frontières terrestres, mais bien à l'aptitude d’un État à régir ses espaces maritimes. Le Sénégal n'ambitionne plus d'être une simple escale sur la façade atlantique de l'Afrique de l'Ouest. Il entend désormais ériger cet espace en un territoire souverain à part entière.

« La mer n’oublie jamais ceux qui lui vouent le respect qui lui est dû.


Lire l'intégralité du discours du Président de la République au Forum sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique dans l’économie bleue :


Dakar, 13 juillet 2026 - Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Premier Ministre,
Madame le Ministre de la Pêche et de l’Économie maritime,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les représentants des organisations internationales,
Mesdames, Messieurs les Membres du Corps diplomatique,
Mesdames, Messieurs les partenaires techniques et financiers,
Monsieur le Directeur général de l’Agence nationale des Affaires maritimes,
Mesdames, Messieurs les acteurs du secteur maritime, portuaire et de la logistique,
Chers invités,
Mesdames, Messieurs,

Il est, dans la vie des Nations, des moments où la convergence des enjeux du monde commande la lucidité, la vision et un sens élevé de la responsabilité collective. Le temps que nous vivons est, sans conteste, de ces heures-là.
Les mutations profondes qui traversent notre monde, les défis climatiques, les impératifs de souveraineté économique ainsi que les exigences de durabilité nous appellent, plus que jamais, à repenser nos modèles de développement avec ambition, cohérence et détermination.
C'est dans cet esprit que je préside, ce jour, l'ouverture du Forum international sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique dans l'économie bleue, avec le sentiment aigu des responsabilités qu'imposent les enjeux stratégiques de notre temps.
Je voudrais, en prélude à mon propos, saluer avec une attention toute particulière l’initiative du ministère des Pêches et de l’Économie maritime, dont la pertinence s’inscrit pleinement dans les exigences de transformation, de souveraineté et de durabilité de notre époque.
J'adresse mes félicitations à Madame le Ministre Amy Mara, dont l'engagement et la diligence, dès sa prise de fonction à la tête de ce département stratégique, ont su inscrire ce forum parmi les grands rendez-vous de réflexion et d'action relatifs à l’économie bleue.

Mesdames, Messieurs,
En mai dernier, en marge du Sommet Afrique-France de Nairobi, j'avais exprimé, lors de ma communication sur l'économie bleue, une conviction qui demeure entière : l'eau n'est pas une frontière. Elle est une mémoire, une ressource, un chemin, et parfois une promesse.
Jacques-Yves Cousteau le disait : « la mer, une fois qu'elle vous a ensorcelé, vous tient à jamais dans son filet de merveilles ». La mer n'est pas qu'un espace économique ; elle est un patrimoine vivant, un héritage commun, une responsabilité partagée.
L’économie bleue s’impose aujourd’hui comme une réponse stratégique aux grands défis de notre temps. Elle représente un levier de croissance, un instrument de souveraineté, un facteur de stabilité et une réponse concrète aux défis du XXIe siècle.
Pour le Sénégal, cette ambition revêt une portée singulière. Nation ouverte sur l'Atlantique, riche de près de 750 kilomètres de côtes et d'un vaste réseau fluvio-lacustre, notre pays dispose d'atouts qui font de l'économie bleue un puissant levier de transformation structurelle, d'emplois, d'innovation, de compétitivité et de prospérité partagée.
A titre d’exemple, les activités portuaires de Dakar, à elles seules, ont généré, entre 2022 et 2024, quelque 700 milliards de francs CFA – soit près de 4 % de notre produit intérieur brut - et soutenu 170 000 emplois. Ces chiffres disent une vérité simple : la mer, chez nous, est déjà un moteur d'économie réelle. Notre devoir est d'en démultiplier la portée.
À l’heure où l’essentiel des échanges mondiaux emprunte les voies maritimes, les activités liées aux transports maritimes et à la logistique s'affirment comme des piliers de compétitivité. En revanche, ces échanges sont secoués par des mutations profondes, portées par la digitalisation, la transition énergétique, la décarbonation et une exigence croissante de résilience. Dans ce contexte, les infrastructures portuaires, les corridors logistiques et les services maritimes deviennent des leviers décisifs d'une intégration économique renforcée et d’une compétitivité améliorée.
Mesdames, Messieurs,
J’ai doté le Sénégal d’un nouveau référentiel de politiques publiques à travers l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050.
Cette vision novatrice porte l’ambition de bâtir une nation souveraine, juste, prospère et résolument tournée vers l’avenir.
Dans cette trajectoire, la valorisation durable de nos ressources pour le développement de l’économie bleue occupe une place centrale, à condition que trois exigences majeures soient respectées :
• la protection de l'environnement ;
• le progrès économique ;
• le partage équitable des richesses.
Cette ambition se traduit par les priorités ci-après :
• la modernisation des infrastructures portuaires ;
• le développement des corridors logistiques ;
• la promotion d'un transport maritime durable ;
• la sécurisation de nos espaces maritimes ;
• la formation de notre jeunesse aux métiers de la mer ;
• la préservation des écosystèmes marins et côtiers.
Notre cap est clair : faire du Sénégal une plateforme africaine de référence en matière de transports maritimes, fluviomaritimes et de logistique.
Le Sénégal ne veut plus être uniquement un point de passage sur la façade atlantique de l'Afrique de l'Ouest. Il entend désormais maîtriser pleinement cet espace, non plus le subir comme une frontière, mais l'affirmer et l’intégrer comme un territoire à part entière.
Cette ambition est portée par une conviction simple. Dans le monde d'aujourd'hui, la souveraineté ne se mesure plus uniquement à la maîtrise de la terre, mais également à la capacité d'un État à sécuriser, valoriser et gouverner efficacement ses espaces maritimes.
Notre souveraineté maritime ne se négocie pas ; elle se construit par l’investissement, par l’innovation et par la vision.

Mesdames, Messieurs,
Cette vision, nous l'engageons dès à présent par des chantiers d'envergure. Le port en eau profonde de Ndayane portera notre pays au rang des places capables d'accueillir les plus grands porte-conteneurs du monde. Le projet Jaambar modernisera et agrandira le Port autonome de Dakar pour fluidifier le trafic des marchandises. Le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou accompagnera l'essor de notre industrie extractive. Et la modernisation de nos ports de pêche, principaux et secondaires, érigés en établissements autonomes, améliorera les conditions de travail de nos pêcheurs tout en attirant l'investissement privé.
Mais moderniser nos façades ne suffit pas ; il faut irriguer le territoire. Ces infrastructures ouvriront des corridors logistiques au service de nos filières minières, agricoles et industrielles, et rapprocheront de la Nation ses populations les plus enclavées comme ses communautés insulaires.
Notre mer ne sert pas seulement à transporter des marchandises ; elle est aussi une promesse touristique. Nos ports en eau profonde accueilleront demain les navires de croisière comme les porte-conteneurs, et notre pays - terre de soleil, de vent, de fleuves, de lacs et de bolongs - entend développer la navigation de plaisance, la voile, l'aviron et le canoë-kayak, en même temps qu'une industrie navale de réparation puis de construction, capable de soutenir durablement l'ensemble de nos activités maritimes.


Excellences, Mesdames, Messieurs,
L'Afrique est un continent maritime. Avec plus de 30 000 kilomètres de côtes et une centaine de ports stratégiques, elle recèle un potentiel exceptionnel, encore largement sous-exploité. Plus de 200 millions d'Africains dépendent des ressources halieutiques, dont dix millions en tirent leurs revenus. Toutefois, cette économie face à des menaces telles que la pollution marine, l’érosion côtière, la surexploitation, le dérèglement climatique, la pêche illicite, la piraterie et les trafics, qui nous imposent d'agir avec responsabilité. Comme l'écrivait Saint-Exupéry, « pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ». Tel est notre devoir, rendre possible un avenir de sécurité, de durabilité et de prospérité partagée.
Sans maîtrise de nos espaces maritimes, il ne peut y avoir de souveraineté réelle. C’est pourquoi le Sénégal réaffirme son attachement à une gouvernance maritime intégrée, responsable et efficace.
La ratification de la Charte de Lomé demeure, à cet égard, un enjeu majeur pour renforcer l’architecture africaine de sécurité et de gouvernance maritime.


Mesdames, Messieurs, chers invités,
L’économie bleue est aussi une réponse aux aspirations de notre jeunesse.
Elle ouvre des perspectives immenses dans la pêche durable, l’aquaculture, le transport maritime, le tourisme côtier, les biotechnologies marines, les énergies renouvelables et l’innovation logistique.
Former notre jeunesse aux multiples métiers de la mer, renforcer leurs compétences et promouvoir l’entrepreneuriat bleu constituent des impératifs stratégiques que j’ai assignés à mon Gouvernement.
C'est pourquoi nous portons le projet d'une grande école des métiers de l'économie bleue qui aboutira, à termes, à la création d’une université entièrement dédiée aux métiers de l’économie bleue, où se formeront les générations qui feront la navigation, la gestion portuaire, la réparation et la construction navale, la pêche durable, l’aquaculture marine et l'ingénierie de demain. Et parce que la compétitivité se joue désormais autant dans la donnée que dans l'acier, nous ferons de la digitalisation de nos chaînes logistiques un levier de fiabilité, de traçabilité et de réduction des coûts.
Nous devons également assurer une meilleure inclusion des femmes dans l’ensemble des chaînes de valeur de l’économie bleue.

Excellences, Mesdames, Messieurs,
L’heure n’est plus aux seuls constats. L’heure est à l’action.
Nous devons investir davantage, moderniser nos infrastructures, accélérer la transformation digitale, promouvoir des corridors verts et bâtir des partenariats fondés sur l’innovation, le transfert de technologie et le co-investissement.
Une telle ambition appelle des financements à sa mesure. Nous entendons y répondre par des instruments innovants — au premier rang desquels les obligations bleues — capables de mobiliser l'épargne nationale autant que l'investissement privé. Mais aucun de ces financements n'aurait de sens s'il se retournait contre le patrimoine qu'il prétend valoriser : le respect rigoureux de l'environnement n'est pas une contrainte ajoutée à notre stratégie, il en est la condition première. Le Sénégal place la préservation de ses écosystèmes marins, côtiers et fluviaux au cœur même de ses politiques.
Dans cette dynamique, le Sénégal est prêt. Prêt à agir. Prêt à coopérer.
Prêt à construire avec ses partenaires une économie bleue compétitive, durable et inclusive.
Une maxime inspirée de la sagesse des pêcheurs sénégalais, souvent associée à la tradition Lébou dit que « la mer n’oublie jamais ceux qui la respectent ».
Respectons-la. Préservons-la. Valorisons-la avec intelligence, responsabilité et ambition.
Faisons de nos mers et de nos océans non seulement des espaces de paix et de sécurité, mais aussi des moteurs de prospérité, de souveraineté et d’avenir pour nos peuples.
Sur ces mots, je déclare officiellement ouvert le Forum international sur le développement durable des transports maritimes et de la logistique dans l’économie bleue.

Je vous remercie de votre attention.

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