Le Sénégal pleure la perte de Babacar Mbaye Ndaak, virtuose de la parole et figure majeure du patrimoine oratoire.

Rédigé par Dakarposte le Lundi 27 Juillet 2026 à 10:33 modifié le Lundi 27 Juillet 2026 12:33

Le Sénégal pleure aujourd’hui l’un des plus illustres gardiens de son verbe et de sa mémoire collective. Babacar Mbaye Ndaak, président et fondateur de l’Association des conteurs du Sénégal Leeboon ci Leer, s’est éteint à Dakar dans la nuit du 26 au 27 juillet 2026. L’annonce de sa disparition, partagée par le docteur Massamba Gueye de Kër Leyti, plonge le monde des arts et des lettres dans une profonde affliction.

Professeur d’histoire et de géographie, conteur magistral, pédagogue émérite et défenseur infatigable des traditions orales, Babacar Mbaye Ndaak demeurait une figure tutélaire de l'art du récit. Durant plusieurs décennies, il s’est voué corps et âme à la préservation et à la transmission du patrimoine immatériel sénégalais, érigeant la parole en un puissant instrument d’éducation, de mémoire et de concorde sociale.

Né à Ngourane, au cœur de l’ancien royaume du Kajoor, il vit le jour au sein d’une lignée de traditionnistes et de généalogistes dont son père et son grand-père paternel furent de prestigieux dépositaires. Il revendiquait fièrement son appartenance à la grande communauté des griots wolofs, profondément ancrée dans les berceaux historiques de Ndaat, Mbelgoor et Maareen.

Après une enfance partagée entre sa terre natale et la capitale, il poursuivit son cursus académique à l’école Saint-Pierre-Julien-Eymard, à l’école de Fann-Gueule Tapée, au lycée Blaise-Diagne, avant de couronner ses études à l’Université de Dakar. Homme complet, il brilla également sur la scène sportive : sacré champion scolaire et universitaire du Sénégal en triple saut et en saut en longueur, il foula ensuite les parquets de basketball sous les couleurs du Dakar Université Club (DUC).

Néanmoins, c’est vers l’art du conte qu’il dirigea le fleuve de son existence, le transformant en un véritable sanctuaire de transmission des savoirs. À travers son association Leeboon ci Leer, il s'employa à redonner ses lettres de noblesse à la tradition orale au sein des espaces éducatifs et culturels. Sillonner le Sénégal, l’Afrique et le monde devint sa vocation, désireux de partager sa vision humaniste de l'oralité africaine auprès des adultes comme des enfants, s’adressant, selon sa formule consacrée, « à tous ceux en qui il est resté un coin d’enfance ».

Son magistère culturel a profondément et durablement irrigué les arts de la scène. Mentor généreux, il a façonné des générations de comédiens, de conteurs et de communicateurs, guidant les premiers pas de jeunes talents devenus aujourd'hui des figures de proue de la scène artistique nationale.

Dans une élégie empreinte d’une vive émotion, le docteur Massamba Gueye a salué le souvenir de celui qui fut son guide spirituel et artistique : « Le Maître de la Parole, dernier des Mohicans, le fils de Ndack vient d’être rappelé à Allah », a-t-il témoigné, pleurant la perte d’un Jëwriñ, d’une boussole et d’un bienveillant protecteur.
En ce mois béni de Safar, le fondateur de Kër Leyti a élevé ses prières pour le repos de son âme, implorant le Tout-Puissant de lui ouvrir les portes de Son plus haut paradis. Il a exprimé ses condoléances les plus émues à son épouse Marème, à ses enfants, à El Hadj Dame Mbaye, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté des arts oratoires et de la famille culturelle du Sénégal et de sa diaspora.

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