Le destin politique de Marine Le Pen entre les mains de la justice

Rédigé par Dakarposte le Lundi 6 Juillet 2026 à 15:09 modifié le Lundi 6 Juillet 2026 17:09

Le Rassemblement national (RN) est à la croisée des chemins, à quelques heures du jugement de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants d’eurodéputés du Front national (FN). Un arrêt décisif pour Marine Le Pen puisque la leader d’extrême droite pourrait très bien être privée de sa quatrième candidature à la présidentielle.


« On ne sait pas de quel côté la pièce va tomber. » Comme beaucoup d’élus RN, mais pas seulement, ce haut cadre du parti à la flamme attend ce mardi 7 juillet avec impatience. Enfin, la cour d’appel de Paris rend son jugement dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front National. Pour Marine Le Pen, l’enjeu est immense : elle saura si elle peut encore se présenter à l’élection présidentielle ou si elle devra transmettre le flambeau à Jordan Bardella. Une décision aux conséquences politiques majeures qui dépassent largement le seul cas personnel de la patronne de l’extrême-droite française.

Un dossier vieux de 10 ans

C’est en 2017, déjà lors d’une campagne présidentielle, que ce dossier a commencé à polluer la stratégie politique du Rassemblement national. Dans un premier temps, Marine Le Pen a choisi de minimiser l’affaire, voire de la mépriser. Au tout début de l’enquête, elle balaie non seulement les accusations de détournement de fonds publics mais traîne à coopérer avec la justice. Entre réponses tardives aux convocations et multiplication des recours : la procédure est systématiquement retardée. Cette stratégie, pensée d’abord pour éviter une mise en examen en période électorale puis pour gagner du temps, fait l’effet d’une bombe à retardement.



Une défense offensive

Le premier procès a lieu en 2024. Durant les débats, la cheffe des députés RN donne de sa personne à la barre, reléguant même parfois son avocat au rôle de figurant. Marine Le Pen plaide un désaccord administratif et n’hésite pas à s’épancher dans les médias entre chaque audience. La stratégie ne paie pas. La sanction tombe, très lourde : deux ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité, immédiatement applicables. Le soir même à la télévision, Marine Le Pen se présente en victime d’une « justice politisée ». Dans un climat tendu, où se mêlent menaces contre les juges et stupeur politique, la cour d’appel accepte d’examiner rapidement l’appel. C’était une demande de la double finaliste de la présidentielle. Cette fois, il ne s’agissait plus d’étirer le temps mais bien de l’accélérer.

Légère inflexion en appel

Lors du second procès, Marine Le Pen change de ton. En première instance, elle écartait toute faute, cette fois, elle déclare qu’elle a peut-être involontairement commis un délit. En parallèle, les charges contre la justice se sont tues, Marine Le Pen se présente toujours comme innocente mais renonce à faire entrer la politique dans le prétoire. Pas de quoi laisser entrevoir un espoir au moment des réquisitions. Le parquet ne demande plus l’exécution provisoire mais réclame un an de prison ferme sous bracelet électronique et surtout cinq ans d’inéligibilité.

Une carrière politique entre les mains des juges

À 10 mois du premier tour, Marine Le Pen se retrouve désormais au pied du mur. Elle-même a fait du 7 juillet une date charnière. Soit ça passe, soit ça casse. Elle limite l’issue de l’audience de ce mardi à deux scénarios : le premier, qualifié de « génial » en interne, une peine d’inéligibilité limitée à deux ans maximum, assortie d’une peine de prison ne nécessitant pas de bracelet électronique. Marine Le Pen pourrait alors se présenter, incarnant le rôle du « phénix renaissant de ses cendres », un effet porteur selon les hauts responsables de la campagne. Le second scénario, en cas de peines plus sévères, la disqualifierait purement et simplement. Elle a déjà prévenu, et encore rappelé la semaine dernière, qu’elle ne ferait pas campagne sous bracelet électronique et qu’elle n’attendrait pas la Cour de cassation. Cette issue, probable, a évidemment été anticipée par le mouvement, qui prévoit alors un passage rapide de relais à Jordan Bardella, l’actuel jeune président du parti à la flamme.

Vers un rôle inédit pour Marine Le Pen

Un empêchement ne serait pas pour autant synonyme de « mort politique ». « Si je dois être militante, je serai militante », jurait encore Marine Le Pen lors de sa dernière intervention médiatique avant le jugement (LCI le 1ᵉʳ juillet). Néanmoins la double finaliste de la présidentielle devrait endosser un rôle inédit : faire campagne pour son dauphin tout en veillant à la cohésion du parti, où à l’aune de cette tourmente judiciaire des fissures sont apparues entre entourages « bardellistes » et « marinistes », tant sur le fond que sur la forme. Du jamais-vu pour celle habituée à voir sa formation œuvrer pleinement à ses succès électoraux. La situation est d’autant plus particulière que jamais les sondages n’ont été aussi flatteurs pour le parti d’extrême droite.

C’est dire si la décision prise et connue seulement par les trois juges de la cour va peser lourd. Les conséquences dépasseront évidemment le RN. Elles toucheront l’ensemble du spectre politique français prêt à se positionner selon l’issue du procès.

Si le jugement attendu dans l’après-midi va donc avant tout décider de la carrière politique de Marine Le Pen, il va aussi changer profondément la physionomie de la présidentielle et en donner le véritable coup d’envoi.

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