Le mirage de l'accord avec le FMI : Le Sénégal sous le joug d'une dette à prix d'or

Rédigé par Dakarposte le Lundi 14 Septembre 2026 à 16:58 modifié le Lundi 14 Septembre 2026 18:59

Dix jours après la conclusion d'un accord technique entre les services du Fonds Monétaire International (FMI) et l’État du Sénégal, le verdict du marché financier sous-régional est tombé. Pour sa première sortie sur le marché des titres publics de l’UMOA depuis cette annonce, le Trésor sénégalais a levé 101,3 milliards de francs CFA, surpassant de peu son objectif initial de 100 milliards.

Si les thuriféraires du régime de Bassirou Diomaye Faye s'empressent de célébrer un « signal encourageant », une analyse économique rigoureuse de cette opération révèle les failles persistantes d’une trajectoire financière de plus en plus onéreuse pour le contribuable.

Le coût exorbitant du crédit : L'illusion d'une détente


Dans le détail, le Trésor a consenti à des conditions de rendement particulièrement lourdes : 7,87 % sur les Bons assimilables du Trésor (BAT) à un an, 7,75 % sur les Obligations (OAT) à trois ans, et 7,89 % sur les OAT à cinq ans.

Bien qu’une légère baisse de 35 points de base soit observée sur la maturité à cinq ans par rapport à l'émission catastrophique du 28 août, la réalité structurelle demeure inchangée.

Les investisseurs continuent d’exiger du Sénégal une prime de risque proche de la barre fatidique des 8 %. Cette exigence de rendement traduit une défiance latente de la part des créanciers régionaux, qui refusent d'alléger le fardeau financier d'un État dont les orientations budgétaires peinent à rassurer pleinement.

Le grand écart avec l'épargne nationale : L'ère des taux chers


Pour mesurer l'ampleur de ce renchérissement, il convient de mettre cette opération en perspective avec les initiatives passées du Premier ministre Ousmane Sonko.

Lors de l'appel à l'épargne nationale, l'État était parvenu à mobiliser plus de 1 700 milliards de francs CFA à des conditions nettement plus avantageuses, oscillant entre 6 % et 7 %.

À titre d'illustration, les souscriptions antérieures sur des maturités similaires à cinq ans s'évaluaient à un taux d'intérêt de 6,6 %, payables semestriellement.

Aujourd'hui, devoir s'endetter à près de 7,89 % pour la même échéance contractuelle (soit un surcoût immédiat de 1,29 %) prouve que rien n'a fondamentalement changé en faveur des finances publiques.

Le Sénégal paie plus cher pour lever moins de capitaux.

Le piège du « Soul Bouki, Souli Bouki »

Cette fuite en avant financière ressuscite le spectre de l'éternel recommencement, que l'imagerie populaire sénégalaise qualifie si bien de « soul bouki, souli bouki » — une métaphore wolof signifiant littéralement « enterrer l'hyène en déterrant une autre hyène ». En économie, cette pratique s'apparente à l'art dangereux de déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Le régime actuel semble enfermé dans ce cercle vicieux : contracter de nouvelles dettes à des taux d'intérêt exorbitants (proches de 8 %) à seule fin de refinancer ou d'éponger les créances arrivées à échéance. Ce mécanisme de cavalerie budgétaire ne résout en rien le problème de fond.

Au contraire, il asphyxie à moyen terme les marges de manœuvre du Trésor et hypothèque l'investissement public au profit du seul service de la dette.
Bien que le marché régional ait accepté de se positionner à 75 % sur des maturités moyennes (3 et 5 ans), ce positionnement n'est pas un blanc-seing de confiance absolue.

Il s'agit plutôt d'un arbitrage opportuniste de la part d'investisseurs appâtés par des rendements maximaux.

Les prochaines échéances permettront de déterminer si le Sénégal saura briser ce cycle d'endettement punitif ou si l'accord avec le FMI n'aura été qu'un palliatif éphémère face à une crise de liquidités structurelle.
Mamadou Ndiaye
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