Les 30 milliards de Kosmos: L'accord qui rattrape Sonko et fait trembler Yakaar-Teranga

Rédigé par Dakarposte le Jeudi 1 Octobre 2026 à 22:18 modifié le Vendredi 2 Octobre 2026 00:27

L’affaire des 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de francs CFA, entre dans une nouvelle zone de turbulences. Au cœur de la controverse : l’accord signé le 22 avril 2026 entre PETROSEN et Kosmos Energy, alors qu’Ousmane Sonko était Premier ministre, et la question de savoir si le Sénégal a renoncé à des sommes qui auraient pu lui revenir. Entre les accusations portées par les autorités actuelles, les explications de l’ancien patron de PETROSEN et les interrogations sur le calendrier de l’accord, l’Inspection générale d’État a ouvert ses investigations.


L’affaire des 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de francs CFA, qui auraient dû revenir à l’État du Sénégal dans le dossier Yakaar-Teranga, connaît un nouveau tournant avec la saisine de l’Inspection Générale d’État.

Au centre de la controverse : les conditions dans lesquelles Kosmos Energy, compagnie américaine engagée dans le développement du champ gazier, a quitté le projet et la signature, le 22 avril 2026, d’un accord de renonciation conjointe avec PETROSEN.


Pour comprendre l’origine de cette polémique, il faut remonter au printemps 2026. Alors Premier ministre, Ousmane Sonko avait annoncé le retrait de Kosmos Energy de Yakaar-Teranga et présenté l’opération comme l’aboutissement d’une renégociation favorable aux intérêts du Sénégal. Une nouvelle licence devait notamment être attribuée à PETROSEN afin de permettre la poursuite du projet. Le 22 avril, PETROSEN et Kosmos ont signé un accord mettant fin à leur relation contractuelle. Deux jours plus tard, Ousmane Sonko avait publiquement présenté cette issue comme une « victoire historique pour le Sénégal », selon les comptes rendus de presse.


C’est plusieurs mois plus tard que la question des 55 millions de dollars a pris une tout autre dimension. Lors de sa Déclaration de politique générale, le 8 septembre 2026, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a affirmé devant l’Assemblée nationale que des manquements dans la gestion du retrait de Kosmos auraient privé l’État du recouvrement d’indemnités estimées à 55 millions de dollars, soit environ 30 milliards de francs CFA. Il a notamment évoqué l’absence de recouvrement des sommes qui, selon le gouvernement, auraient dû revenir à l’État à l’expiration du contrat en juillet 2026.


Le calendrier constitue dès lors l’un des principaux points de friction. Le contrat de Kosmos devait arriver à échéance le 31 juillet 2026, alors que l’accord de renonciation avait été signé dès le 22 avril, soit plusieurs semaines avant cette échéance. Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Abdourahmane Diouf, s’est publiquement interrogé sur la nécessité de mettre un terme anticipé à un contrat qui devait arriver à son terme quelques mois plus tard. Selon son interprétation, cette décision aurait privé le Sénégal de la possibilité de faire valoir certains droits financiers.


C’est sur ce point que le nom d’Ousmane Sonko apparaît dans le débat public. Il était Premier ministre au moment de la signature de l’accord et avait politiquement porté la décision de retrait de Kosmos comme une avancée pour les intérêts nationaux. Les éléments actuellement disponibles établissent son rôle politique dans cette séquence, mais l’existence d’une responsabilité personnelle de sa part dans une éventuelle perte financière n’est pas établie par les sources consultées. La question des responsabilités éventuelles fait précisément partie des interrogations qui ont conduit à demander des éclaircissements sur le dossier.

Autre acteur directement cité : Alioune Gueye, alors directeur général de PETROSEN. C’est PETROSEN qui a signé l’accord de renonciation avec Kosmos. Interrogé sur la polémique, l’ancien responsable conteste cependant l’interprétation selon laquelle le Sénégal aurait abandonné une créance de 55 millions de dollars. Il soutient, au contraire, que cette somme ne constituait pas une dette exigible de Kosmos à l’égard de l’État et affirme que les dispositions contractuelles applicables ne permettaient pas de considérer automatiquement ces 55 millions comme une indemnité due. Il fait également valoir que Kosmos avait déjà investi plus de 300 millions de dollars dans le projet et que les données, bandes et actifs concernés ont été transférés au Sénégal dans le cadre de l’accord.


Le dossier oppose donc désormais deux lectures radicalement différentes du même accord. Pour les autorités actuelles, le Sénégal aurait renoncé prématurément à une somme substantielle qui aurait pu être recouvrée. Pour Alioune Gueye, cette présentation serait juridiquement infondée : selon lui, les 55 millions de dollars ne constituaient pas une créance exigible et l’accord conclu avec Kosmos aurait, au contraire, sécurisé le transfert des actifs et des données au bénéfice du Sénégal.

Face à cette controverse, le président de la République a saisi l’Inspection générale d’État. Le ministre Abdourahmane Diouf vient de confirmer que l’enquête est en cours et qu’il a lui-même été entendu par les inspecteurs. Il affirme avoir communiqué les informations dont il dispose ainsi que les documents en sa possession, précisant que les enquêteurs auditionnent également les autres acteurs concernés.


Le dossier est donc désormais sorti du seul terrain de la polémique politique pour entrer dans celui de l’examen institutionnel. Qui a décidé quoi ? Sur quelle base juridique ? Que recouvraient exactement les 55 millions de dollars ? L’État disposait-il réellement d’une créance exigible au moment de la signature ? Et quelles responsabilités pourraient éventuellement être retenues ?

Autant de questions auxquelles l’IGE devra apporter des réponses documentées.

En attendant ses conclusions, une certitude demeure : l’affaire des 30 milliards de Kosmos est née d’un accord signé le 22 avril 2026 dans le cadre du retrait de Kosmos de Yakaar-Teranga, alors qu’Ousmane Sonko était Premier ministre, avant de devenir, plusieurs mois plus tard, un dossier majeur de transparence et de gouvernance des ressources naturelles
Mamadou Ndiaye
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