À Matam, l’électricité n’est plus seulement une denrée rare : elle devient une source d’angoisse, de pertes économiques et, pour des milliers de familles, une véritable épreuve quotidienne. En pleine période d’hivernage, alors que la canicule transforme les nuits en étuves, les populations voient l’obscurité s’installer avec une régularité qui confine désormais à l’habitude.
Dans la nuit d’hier encore, la région a subi une coupure qui s’est prolongée pendant près de deux heures, jusqu’aux environs de 5 heures du matin. Deux heures dans le noir, deux heures à suffoquer, deux heures à chercher un peu d’air dans une chambre devenue irrespirable.
Mais, le plus préoccupant est peut-être ailleurs : dans les boulangeries, ces coupures ne se mesurent plus seulement en désagréments. Elles se traduisent en pertes sèches, en productions interrompues, en équipements électromécaniques fragilisés et en journées de travail compromises.
Les boulangers de Matam, qui vivent déjà sous la pression des coûts de production, de la concurrence et des contraintes quotidiennes de leur activité, se retrouvent ainsi à payer le prix d’une électricité qu’ils ne peuvent pourtant pas toujours utiliser.
Le témoignage de Youssou, gérant d’une boulangerie, est à cet égard édifiant. Les appels se sont multipliés au moment où la panne s’est prolongée. Sans électricité, explique-t-il en substance, impossible de travailler normalement. Les machines restent à l’arrêt, la production est paralysée et les conséquences sur les équipements peuvent être lourdes. Plus amer encore : les professionnels disent ne pas être suffisamment prévenus de ces interruptions. Autrement dit, même lorsque la coupure survient, le consommateur découvre souvent le problème au même moment que l’entreprise chargée de lui fournir le service.
Et c’est précisément ici que la responsabilité de la Senelec, et singulièrement celle de sa direction, doit être posée sans détour.
Car ce qui scandalise aujourd’hui les Matamois n’est pas seulement la panne. Les pannes peuvent survenir dans n’importe quel réseau électrique, même dans les systèmes les mieux entretenus.
Ce qui devient difficilement acceptable, c’est leur répétition, leur imprévisibilité et surtout le silence qui les accompagne. Une entreprise de service public ne peut demander à ses clients de payer régulièrement leurs factures tout en considérant la communication comme une faveur accessoire.
La Senelec est une société à participation publique majoritaire, chargée de la production, du transport et de la distribution de l’électricité. À ce titre, elle n’est pas une entreprise comme les autres. Elle porte une mission d’intérêt général. Son obligation ne se limite donc pas à faire fonctionner des centrales et à distribuer des kilowattheures : elle doit également rendre des comptes à ceux qui dépendent de son service.
Or, à Matam, le sentiment qui domine semble être celui d’un abandon. Les populations demandent des explications. Les boulangers demandent à être prévenus. Les familles demandent simplement de pouvoir dormir dans des conditions décentes. Les commerçants et les artisans demandent de pouvoir travailler. Où est donc la communication de la Senelec ?
À force de couper, sans expliquer, l’entreprise s’expose à un sobriquet qui circule désormais avec une ironie de plus en plus mordante dans l’opinion : « Coupelec ».
Derrière la plaisanterie se cache pourtant une véritable colère citoyenne. Car lorsque le surnom d’une entreprise publique devient une manière populaire de dénoncer ses dysfonctionnements, ce n’est plus seulement l’image de marque qui est atteinte : c’est la relation de confiance avec l’usager.
Et le phénomène n’est manifestement pas circonscrit à Matam. La Cité Aliou Sow, dans la commune de Golf Sud, figure elle aussi parmi les zones ayant fait l’objet de signalements concernant des problèmes d’électricité.
Bref, une chose est parfaitement établie : les interrogations sur la qualité du service électrique ne datent pas d’hier. Elles remontent à la relation quotidienne entre une entreprise en charge d’un service vital et des millions d’usagers qui n’ont, eux, d’autre choix que de composer avec elle.
C’est pourquoi la direction de la Senelec ne peut se contenter de communiquer lorsque les circonstances sont favorables, lorsque les investissements sont inaugurés ou lorsque les perspectives sont prometteuses.
La communication doit également être présente dans les moments difficiles. Elle doit expliquer les incidents, en préciser les causes, annoncer les délais prévisionnels de rétablissement et, surtout, reconnaître les désagréments subis par les populations.
À quoi sert une direction de la communication si elle ne communique pas lorsque le réseau s’effondre ?
À quoi sert une direction générale si les citoyens doivent se tourner vers les réseaux sociaux, les radios ou la presse pour comprendre pourquoi leur quartier est plongé dans le noir ? La question peut paraître provocatrice. Elle est pourtant légitime.
La Senelec dispose bel et bien d’une direction générale et d’une organisation structurée.
Son site officiel présente Papa Toby Gaye comme directeur général, entouré de plusieurs directions opérationnelles, dont une Direction de la Communication et du Marketing.
Papa Toby Gaye a été nommé directeur général en juin 2024, en remplacement de Papa Mademba Bitèye. Et contrairement à ce que pourrait laisser croire son absence dans le débat public quotidien, il n’est nullement disparu des radars institutionnels : il était encore officiellement présent à plusieurs activités de Senelec en 2026, notamment lors d’une visite du ministre de l’Énergie et du Pétrole au siège de l’entreprise en juin et au Dispatching national en juillet.
Mais alors, Monsieur le Directeur général, une question simple mérite d’être posée : où êtes-vous lorsque les populations de Matam suffoquent dans leurs chambres sans électricité ? Où est votre voix lorsque les boulangers voient leur production partir en fumée ? Où est votre communication lorsque des citoyens ne savent même pas s’ils doivent attendre dix minutes, deux heures ou toute une nuit avant de retrouver le courant ?
Il ne suffit pas d’apparaître lorsque l’on inaugure un projet ou lorsque l’on présente les ambitions de la société. La vraie épreuve d’un dirigeant se mesure aussi à sa capacité à affronter l’impopularité, à répondre aux critiques et à rendre des comptes lorsque le service public connaît des ratés.
Et Matam mérite mieux que le silence.
La région mérite des explications précises sur l’origine de ces perturbations. S’agit-il d’un déficit de production ? D’un problème sur le réseau de transport ? D’incidents sur le réseau de distribution ? De travaux programmés ? De contraintes liées à la demande ? Si des délestages sont nécessaires, pourquoi ne pas les annoncer clairement ? Si les coupures sont accidentelles, pourquoi ne pas en informer les usagers et leur communiquer un délai réaliste de rétablissement ?
La question est d’autant plus urgente que l’électricité n’est plus un confort secondaire.
Elle est devenue une condition élémentaire de la vie économique et sociale. Sans courant, une boulangerie ne produit pas. Un atelier ne fonctionne pas. Une boutique perd des marchandises. Une famille dort mal. Un centre de santé peut être confronté à des difficultés. Une entreprise voit sa productivité s’effondrer. Et lorsque ces interruptions deviennent récurrentes, c’est toute une économie locale qui finit par payer la facture.
Il y a donc quelque chose de profondément paradoxal à parler de souveraineté énergétique, d’investissements structurants, de gaz domestique et de modernisation du système électrique tout en laissant certaines populations subir des coupures répétées sans information digne de ce nom.
La Senelec a certes engagé des investissements importants et affiche des ambitions considérables en matière de modernisation du réseau et d’électrification. Elle a notamment annoncé des investissements spécifiques pour sécuriser l’alimentation électrique de Touba à l’occasion du Magal 2026. Ces efforts doivent être salués lorsqu’ils produisent des résultats.
Mais l’investissement ne saurait devenir un alibi permettant d’éluder la question centrale : celle de la qualité effective du service rendu aujourd’hui.
Le Sénégal ne demande pas l’impossible à sa compagnie nationale d’électricité. Il demande simplement de la lumière, de la continuité, de la prévisibilité et du respect.
Et lorsqu’une panne survient, il demande une chose aussi élémentaire que décisive : qu’on lui parle.
À Matam, ce cri du cœur des boulangers ne doit donc pas être noyé dans le vacarme des urgences nationales. Il doit être entendu comme un avertissement.
Une société nationale d’électricité qui ne parvient pas à expliquer ses coupures finit inévitablement par donner l’impression qu’elle ne maîtrise plus son propre réseau.
La direction de Senelec doit sortir de ce silence. Elle doit parler aux Matamois, expliquer, assumer et agir. Car à force de laisser les citoyens dans le noir, ce n’est plus seulement le réseau électrique que l’on plonge dans l’obscurité : c’est la confiance dans le service public qui vacille.
Monsieur Toby Gaye, les Matamois vous attendent. Et cette fois, ils ne demandent ni promesse ni discours. Ils demandent du courant… et des réponses.
Dans la nuit d’hier encore, la région a subi une coupure qui s’est prolongée pendant près de deux heures, jusqu’aux environs de 5 heures du matin. Deux heures dans le noir, deux heures à suffoquer, deux heures à chercher un peu d’air dans une chambre devenue irrespirable.
Mais, le plus préoccupant est peut-être ailleurs : dans les boulangeries, ces coupures ne se mesurent plus seulement en désagréments. Elles se traduisent en pertes sèches, en productions interrompues, en équipements électromécaniques fragilisés et en journées de travail compromises.
Les boulangers de Matam, qui vivent déjà sous la pression des coûts de production, de la concurrence et des contraintes quotidiennes de leur activité, se retrouvent ainsi à payer le prix d’une électricité qu’ils ne peuvent pourtant pas toujours utiliser.
Le témoignage de Youssou, gérant d’une boulangerie, est à cet égard édifiant. Les appels se sont multipliés au moment où la panne s’est prolongée. Sans électricité, explique-t-il en substance, impossible de travailler normalement. Les machines restent à l’arrêt, la production est paralysée et les conséquences sur les équipements peuvent être lourdes. Plus amer encore : les professionnels disent ne pas être suffisamment prévenus de ces interruptions. Autrement dit, même lorsque la coupure survient, le consommateur découvre souvent le problème au même moment que l’entreprise chargée de lui fournir le service.
Et c’est précisément ici que la responsabilité de la Senelec, et singulièrement celle de sa direction, doit être posée sans détour.
Car ce qui scandalise aujourd’hui les Matamois n’est pas seulement la panne. Les pannes peuvent survenir dans n’importe quel réseau électrique, même dans les systèmes les mieux entretenus.
Ce qui devient difficilement acceptable, c’est leur répétition, leur imprévisibilité et surtout le silence qui les accompagne. Une entreprise de service public ne peut demander à ses clients de payer régulièrement leurs factures tout en considérant la communication comme une faveur accessoire.
La Senelec est une société à participation publique majoritaire, chargée de la production, du transport et de la distribution de l’électricité. À ce titre, elle n’est pas une entreprise comme les autres. Elle porte une mission d’intérêt général. Son obligation ne se limite donc pas à faire fonctionner des centrales et à distribuer des kilowattheures : elle doit également rendre des comptes à ceux qui dépendent de son service.
Or, à Matam, le sentiment qui domine semble être celui d’un abandon. Les populations demandent des explications. Les boulangers demandent à être prévenus. Les familles demandent simplement de pouvoir dormir dans des conditions décentes. Les commerçants et les artisans demandent de pouvoir travailler. Où est donc la communication de la Senelec ?
À force de couper, sans expliquer, l’entreprise s’expose à un sobriquet qui circule désormais avec une ironie de plus en plus mordante dans l’opinion : « Coupelec ».
Derrière la plaisanterie se cache pourtant une véritable colère citoyenne. Car lorsque le surnom d’une entreprise publique devient une manière populaire de dénoncer ses dysfonctionnements, ce n’est plus seulement l’image de marque qui est atteinte : c’est la relation de confiance avec l’usager.
Et le phénomène n’est manifestement pas circonscrit à Matam. La Cité Aliou Sow, dans la commune de Golf Sud, figure elle aussi parmi les zones ayant fait l’objet de signalements concernant des problèmes d’électricité.
Bref, une chose est parfaitement établie : les interrogations sur la qualité du service électrique ne datent pas d’hier. Elles remontent à la relation quotidienne entre une entreprise en charge d’un service vital et des millions d’usagers qui n’ont, eux, d’autre choix que de composer avec elle.
C’est pourquoi la direction de la Senelec ne peut se contenter de communiquer lorsque les circonstances sont favorables, lorsque les investissements sont inaugurés ou lorsque les perspectives sont prometteuses.
La communication doit également être présente dans les moments difficiles. Elle doit expliquer les incidents, en préciser les causes, annoncer les délais prévisionnels de rétablissement et, surtout, reconnaître les désagréments subis par les populations.
À quoi sert une direction de la communication si elle ne communique pas lorsque le réseau s’effondre ?
À quoi sert une direction générale si les citoyens doivent se tourner vers les réseaux sociaux, les radios ou la presse pour comprendre pourquoi leur quartier est plongé dans le noir ? La question peut paraître provocatrice. Elle est pourtant légitime.
La Senelec dispose bel et bien d’une direction générale et d’une organisation structurée.
Son site officiel présente Papa Toby Gaye comme directeur général, entouré de plusieurs directions opérationnelles, dont une Direction de la Communication et du Marketing.
Papa Toby Gaye a été nommé directeur général en juin 2024, en remplacement de Papa Mademba Bitèye. Et contrairement à ce que pourrait laisser croire son absence dans le débat public quotidien, il n’est nullement disparu des radars institutionnels : il était encore officiellement présent à plusieurs activités de Senelec en 2026, notamment lors d’une visite du ministre de l’Énergie et du Pétrole au siège de l’entreprise en juin et au Dispatching national en juillet.
Mais alors, Monsieur le Directeur général, une question simple mérite d’être posée : où êtes-vous lorsque les populations de Matam suffoquent dans leurs chambres sans électricité ? Où est votre voix lorsque les boulangers voient leur production partir en fumée ? Où est votre communication lorsque des citoyens ne savent même pas s’ils doivent attendre dix minutes, deux heures ou toute une nuit avant de retrouver le courant ?
Il ne suffit pas d’apparaître lorsque l’on inaugure un projet ou lorsque l’on présente les ambitions de la société. La vraie épreuve d’un dirigeant se mesure aussi à sa capacité à affronter l’impopularité, à répondre aux critiques et à rendre des comptes lorsque le service public connaît des ratés.
Et Matam mérite mieux que le silence.
La région mérite des explications précises sur l’origine de ces perturbations. S’agit-il d’un déficit de production ? D’un problème sur le réseau de transport ? D’incidents sur le réseau de distribution ? De travaux programmés ? De contraintes liées à la demande ? Si des délestages sont nécessaires, pourquoi ne pas les annoncer clairement ? Si les coupures sont accidentelles, pourquoi ne pas en informer les usagers et leur communiquer un délai réaliste de rétablissement ?
La question est d’autant plus urgente que l’électricité n’est plus un confort secondaire.
Elle est devenue une condition élémentaire de la vie économique et sociale. Sans courant, une boulangerie ne produit pas. Un atelier ne fonctionne pas. Une boutique perd des marchandises. Une famille dort mal. Un centre de santé peut être confronté à des difficultés. Une entreprise voit sa productivité s’effondrer. Et lorsque ces interruptions deviennent récurrentes, c’est toute une économie locale qui finit par payer la facture.
Il y a donc quelque chose de profondément paradoxal à parler de souveraineté énergétique, d’investissements structurants, de gaz domestique et de modernisation du système électrique tout en laissant certaines populations subir des coupures répétées sans information digne de ce nom.
La Senelec a certes engagé des investissements importants et affiche des ambitions considérables en matière de modernisation du réseau et d’électrification. Elle a notamment annoncé des investissements spécifiques pour sécuriser l’alimentation électrique de Touba à l’occasion du Magal 2026. Ces efforts doivent être salués lorsqu’ils produisent des résultats.
Mais l’investissement ne saurait devenir un alibi permettant d’éluder la question centrale : celle de la qualité effective du service rendu aujourd’hui.
Le Sénégal ne demande pas l’impossible à sa compagnie nationale d’électricité. Il demande simplement de la lumière, de la continuité, de la prévisibilité et du respect.
Et lorsqu’une panne survient, il demande une chose aussi élémentaire que décisive : qu’on lui parle.
À Matam, ce cri du cœur des boulangers ne doit donc pas être noyé dans le vacarme des urgences nationales. Il doit être entendu comme un avertissement.
Une société nationale d’électricité qui ne parvient pas à expliquer ses coupures finit inévitablement par donner l’impression qu’elle ne maîtrise plus son propre réseau.
La direction de Senelec doit sortir de ce silence. Elle doit parler aux Matamois, expliquer, assumer et agir. Car à force de laisser les citoyens dans le noir, ce n’est plus seulement le réseau électrique que l’on plonge dans l’obscurité : c’est la confiance dans le service public qui vacille.
Monsieur Toby Gaye, les Matamois vous attendent. Et cette fois, ils ne demandent ni promesse ni discours. Ils demandent du courant… et des réponses.