Moundiaye Cissé hausse le ton : la justice sommée de faire parler les milliards

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 13 Septembre 2026 à 16:38 modifié le Dimanche 13 Septembre 2026 18:38

La reddition des comptes ne saurait être une promesse de circonstance. Elle est, dans une République digne de ce nom, une exigence permanente, un principe cardinal de gouvernance et une obligation morale à l’égard du contribuable.

C’est précisément sur ce terrain que Moundiaye Cissé vient de hausser le ton. Invité de l’émission « En Vérité » sur Radio Sénégal, le directeur exécutif de l’ONG 3D a livré une intervention sans détour sur la gestion des ressources publiques, appelant la justice à se saisir pleinement de plusieurs dossiers financiers dont les montants et les circonstances alléguées soulèvent de sérieuses interrogations.

Loin des invectives partisanes et des procès médiatiques, l’acteur de la société civile a placé le débat là où il devrait constamment se trouver : sur le terrain des faits, de la transparence et de la responsabilité. Son interpellation est d’autant plus significative qu’elle émane d’un homme dont le parcours est étroitement associé à la défense de la démocratie, à la surveillance du processus électoral et à la promotion de la bonne gouvernance au Sénégal.

Au cœur de son intervention, plusieurs dossiers sensibles. Le cas de Kosmos Energy, d’abord, avec des exonérations fiscales évaluées, selon les éléments avancés par Moundiaye Cissé, à quelque 30 milliards de francs CFA. Une telle somme, si elle était confirmée dans les conditions évoquées, justifierait à elle seule un examen approfondi des mécanismes ayant conduit à ces avantages et de leur incidence sur les recettes de l’État.

Lorsqu’il s’agit de ressources auxquelles la collectivité renonce, la transparence ne peut être une option.
Plus préoccupant encore, le dossier de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale, communément désignée sous le sigle ASER.
Moundiaye Cissé évoque un montant de 37 milliards de francs CFA qui aurait transité par un compte bancaire dans des circonstances demeurant à clarifier. Si ces allégations étaient établies, leur gravité serait considérable. Car derrière les milliards qui circulent dans les documents administratifs se trouvent des écoles, des villages, des familles et des populations qui attendent encore l’accès effectif à l’électricité. La question n’est donc pas seulement comptable : elle est profondément sociale et politique.

Le programme « Un étudiant, un ordinateur » est également cité, avec un montant supérieur à 28 milliards de francs CFA dont l’utilisation et la traçabilité seraient, selon les interrogations soulevées, à éclaircir. Là encore, l’enjeu dépasse les chiffres. Lorsqu’un programme est conçu au bénéfice de la jeunesse universitaire et mobilise des ressources publiques considérables, chaque franc dépensé doit pouvoir être justifié, retracé et évalué.
Il convient évidemment de distinguer les soupçons, les interrogations publiques, les résultats d’audits éventuels et les faits judiciairement établis.
La présomption d’innocence demeure un principe intangible. Mais elle ne saurait être transformée en présomption d’opacité. Demander que la lumière soit faite n’est condamner personne ; c’est précisément réclamer que les institutions compétentes établissent les faits, identifient les responsabilités éventuelles et permettent à la vérité de s’imposer sur les rumeurs.

C’est là toute la portée de l’interpellation de Moundiaye Cissé. En réclamant des enquêtes approfondies, il ne demande pas à la justice de condamner à l’avance ; il lui demande de vérifier. De rechercher. De documenter. De rendre compte. Bref, de faire son travail avec cette indépendance et cette célérité que les citoyens sont en droit d’attendre lorsqu’il est question de l’argent public.
Car la véritable reddition des comptes ne peut être sélective. Elle ne peut changer de visage selon les gouvernements, les appartenances politiques ou les personnalités mises en cause. Elle ne saurait être un instrument de vengeance politique. Elle doit être une règle républicaine, appliquée avec la même rigueur à tous, hier comme aujourd’hui.

Le Sénégal ne manque pas de rapports, d’audits, de commissions et de révélations. Ce qui est désormais attendu, c’est la suite. Celle qui transforme les constats en actes, les interrogations en investigations et, lorsque les faits sont établis, les responsabilités en conséquences judiciaires.

Moundiaye Cissé vient ainsi de rappeler une évidence que nul pouvoir ne devrait oublier : l’argent public n’appartient ni aux gouvernants ni aux administrations qui le manipulent. Il appartient à la Nation. Et lorsqu’un doute sérieux pèse sur son utilisation, le citoyen est fondé à demander des explications.

La justice est désormais interpellée. Non pour satisfaire une opinion, encore moins pour désigner des coupables avant l’heure, mais pour établir la vérité.
Car en République, les milliards peuvent disparaître des tableaux comptables, mais ils ne doivent jamais disparaître de la mémoire et du contrôle des citoyens.
Mamadou Ndiaye
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