PREMIÈRE ÉDITION DE LA JOURNÉE ANNUELLE DE DIALOGUE ENTRE LE MINISTÈRE DE LA JUSTICE ET LES ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE- LE DISCOURS DU MINISTRE DE LA JUSTICE

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 21 Octobre 2026 à 11:23 modifié le Mercredi 21 Octobre 2026 15:32

Monsieur le Président de la Commission des Lois, de la Décentralisation et des Droits humains de l’Assemblée nationale ;

• Monsieur le Médiateur de la République ;

• Madame la Présidente de la Commission nationale des Droits de
l’homme ;

• Monsieur le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats ;

• Monsieur l’Observateur national des Lieux de Privation de Liberté ;

• Madame la Présidente de l’Observatoire national de la Parité ;

• Monsieur le Secrétaire général du Ministère de la Justice ;

• Mesdames et Messieurs les Représentants des Missions diplomatiques ;

• Mesdames et Messieurs les Représentants des Partenaires techniques et financiers ;

• Monsieur le Président de la Coalition des Organisations de la Société civile ;

• Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations de la Société civile ;

• Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil consultatif national des Droits de l’homme et du Droit international humanitaire ;

• Mesdames et Messieurs les Directeurs de l’Administration centrale du Ministère de la Justice ;

• Distingués invités, Mesdames et Messieurs, en vos rangs, grades et qualités, tout protocole observé.

Ce matin, le Ministère de la Justice et les organisations de la société civile prennent place autour d’une même table. Ce cadre de dialogue, nous le voulons permanent.

Permettez-moi d’abord de souhaiter à chacune et à chacun une chaleureuse bienvenue, et de vous remercier d’avoir répondu si nombreux à notre invitation.

Votre présence, par sa diversité, a valeur de symbole. Elle donne à ce dialogue son vrai visage, celui d’un pays qui se parle et qui s’écoute.

Je salue respectueusement le Président de la Commission des Lois de l’Assemblée nationale et le Médiateur de la République.

Ma considération va également aux responsables des organes nationaux de protection des droits, au Bâtonnier de l’Ordre des Avocats et aux membres du corps diplomatique.

J’exprime ma gratitude à nos partenaires techniques et financiers pour leur soutien constant.


À vous, enfin, femmes et hommes de la société civile, j’adresse un message fraternel.

Cette journée est d’abord la vôtre.

Mesdames et Messieurs,

Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE, Président de la République, a placé le respect des droits humains ainsi que la consolidation de la démocratie et de l’État de droit au cœur de ses orientations, à travers l’Agenda national de Transformation « Sénégal 2050 ».

C’est dans le droit fil de ces orientations que nous lançons aujourd’hui la première édition de la Journée annuelle de dialogue entre le Ministère de la Justice et les organisations de la société civile. Je l’ai instituée par arrêté du 1er octobre 2026 et j’entends en faire un rendez-vous durable.

Cette initiative procède de la conviction que les politiques de droits humains et de bonne gouvernance gagnent en justesse lorsqu’elles s’élaborent et s’évaluent avec ceux qui en mesurent au quotidien les effets.


Notre dialogue s’ouvre alors que le continent célèbre la Journée africaine des droits de l’homme, qui commémore l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Le placer sous ce signe, c’est l’adosser aux valeurs que consacre ce texte et que portent aussi nos traditions, celles de l’universalité et de l’indivisibilité de ces droits, de la dignité humaine et de la justice sociale. Notre Constitution s’en réclame, et son préambule proclame l’adhésion du Sénégal à la Charte.

La 89e session ordinaire de la Commission africaine s’achève, ce même jour, à Dakar.

Ces deux événements nous rappellent que proclamer des droits ne suffit pas. Encore faut-il les rendre effectifs dans la vie de chaque citoyen.

Pour y parvenir, nous avons choisi la voie du dialogue. Ce choix n’est pas fortuit, car le dialogue est au cœur de ce que nous sommes ; mieux, c’est notre identité.


Avant d’être une méthode, il est chez nous une valeur, je dirais même une vertu. Nos anciens réglaient leurs différends sous l’arbre à palabres ; le « pénc » réunissait la communauté pour délibérer des affaires de tous ; le cousinage à plaisanterie apaise, aujourd’hui encore, les tensions entre familles et entre terroirs.

La sagesse wolof l’a résumé en une formule : « Nit nitay garabam ». L’homme est le remède de l’homme.

Le Président de la République a fait de cette valeur une marque de son action.

Le 28 mai 2024, il ouvrait la concertation nationale sur la réforme et la modernisation de la justice. Un an plus tard, jour pour jour, il lançait le Dialogue national en rappelant que le Sénégal doit à un héritage de « pencoo » et de « diisoo » d’être un pays de dialogue.

Dialoguer en temps de paix, ajoutait-il, c’est prévenir les crises.


Cet héritage, l’État entend le perpétuer en érigeant le dialogue en méthode de gouvernance, pour rechercher avec tous les acteurs des solutions aux questions qui engagent notre présent comme notre avenir commun.

Cette démarche inspire également la protection des droits humains, comme le Chef de l’État l’a rappelé le 31 juillet dernier en recevant le rapport de la Commission nationale des Droits de l’homme.

La présente Journée constitue la déclinaison de ces orientations au sein du Ministère de la Justice.


Distingués invités,

Si ce dialogue s’ouvre aujourd’hui avec la société civile, c’est qu’il ne peut y avoir de démocratie majeure, ni d’État de droit sanctuarisé, sans une société civile forte.

Alexis de Tocqueville l’avait pressenti lorsqu’il écrivait : « Dans les pays démocratiques, la science de l’association est la science mère ».


Les institutions posent les règles, les citoyens organisés veillent à leur respect. Ils donnent une voix à ceux que l’on n’entend pas, documentent les violations, alertent les pouvoirs publics et proposent des réformes.

Notre histoire récente en témoigne. La société civile sénégalaise a observé nos scrutins, défendu les libertés aux heures de doute et porté des avancées majeures, de la parité à la protection de l’enfance.

Ce parcours montre que l’État et la société civile ne se font pas face.

Ils marchent ensemble et regardent dans la même direction, celle du bien commun. L’exigence de la société civile nous oblige ; sa vigilance nous éclaire. Elle est, à ce titre, un partenaire privilégié et indispensable. Une démocratie mature ne craint pas le regard critique. Elle en tire profit.

Ce partenariat suppose, toutefois, un environnement favorable. La Constitution garantit les libertés d’expression, d’association et de réunion.


Le Gouvernement veillera à leur plein exercice, dans le respect de la loi. Les défenseurs des droits de l’homme doivent pouvoir agir en toute sécurité. Telle est la lettre de la Déclaration des Nations unies de 1998 qui leur est consacrée, et le Sénégal y souscrit sans réserve.
Mais de quel dialogue parlons-nous ?
Il sera participatif.

Chacun doit pouvoir y prendre part, des grandes coalitions aux associations de base qui œuvrent loin de Dakar.
Il devra être inclusif.

Les femmes, les jeunes, les personnes en situation de handicap, les détenus et leurs familles doivent pouvoir y faire entendre leur voix.
Nous le voulons, de surcroît, responsable. Une critique fondée sur des faits vérifiés fait avancer ; une affirmation hâtive divise sans éclairer.


Il reposera, enfin, sur l’écoute active, qui ne consiste pas à attendre son tour de parole, mais à chercher à comprendre l’autre. Le Ministère de la Justice s’y engage.

Bien sûr, il y aura des convergences, mais aussi des divergences. Le dissensus n’est pas l’échec du dialogue ; il en est la matière première.

L’essentiel est d’instaurer un débat serein. C’est par l’échange que nous surmonterons nos désaccords dans l’intérêt supérieur du Sénégal.


Chers acteurs de la société civile,
Ainsi conçu, ce dialogue doit nous permettre de réfléchir ensemble aux enjeux et aux défis des droits humains et de la bonne gouvernance, puis de co-construire avec vous les politiques qui y répondent et d’en évaluer les résultats avec objectivité et lucidité.


Ces défis sont connus. Il nous faut rapprocher la justice du justiciable, réduire les délais de traitement des affaires, limiter le recours à la détention provisoire, combattre les violences basées sur le genre, protéger les enfants et les personnes vulnérables, préserver la dignité humaine dans les lieux de privation de liberté, lutter sans relâche contre la corruption et l’impunité.

Sur chacun d’eux, votre expérience nous est précieuse, car elle confronte la norme à la réalité.

En ma qualité de Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, j’insiste sur ce point. Une justice que l’on ne peut saisir, faute de moyens ou de conseil, n’en est pas une. L’accès des plus démunis au droit et aux tribunaux doit donc figurer au premier rang de nos priorités.

Les maisons de justice, l’aide juridictionnelle et l’assistance aux justiciables appellent un nouvel élan. Vos boutiques de droit et vos parajuristes y contribuent déjà. Conjuguons nos efforts pour qu’aucun citoyen ne renonce à se défendre parce qu’il est sans ressources ou mal informé.


La même exigence vaut pour la bonne gouvernance, qui repose sur la transparence, la redevabilité et l’intégrité. Un État qui rend compte de ses résultats n’affaiblit pas son autorité, il la fonde.

Les lois récentes sur l’accès à l’information, la déclaration de patrimoine et la protection des lanceurs d’alerte ne produiront leurs effets que si les citoyens se les approprient.

Vous y avez toute votre place.

Reste à donner à ce dialogue une organisation à la hauteur de nos ambitions. C’est l’objet premier de cette journée de lancement. Nous attendons de vos travaux des recommandations précises sur la méthodologie et la structuration de ce cadre d’échanges, afin d’en garantir l’efficacité et la pérennité.

Je vous soumets quelques pistes à ce propos.

La première tient à la représentativité. Toutes les composantes de la société civile, dans leur diversité, doivent pouvoir se faire entendre.


La deuxième concerne la conduite des débats. Un mémorandum présenté par vos délégués servira de base aux discussions. Il nous reviendra aussi de convenir des priorités et, le cas échéant, de rencontres intermédiaires.

La troisième, essentielle à mes yeux, porte sur le suivi. Un dialogue sans lendemain ne serait qu’une cérémonie.

C’est pourquoi l’arrêté prévoit que, chaque année, le Ministre de la Justice rende compte de la mise en œuvre des recommandations, dans un rapport préparé par le Secrétariat permanent du Conseil consultatif national des Droits de l’homme et du Droit international humanitaire. Ce rapport s’appuiera sur les contributions des ministères concernés et sur les informations que vous nous communiquerez. Les progrès y seront consignés, les retards éventuels expliqués.

Ce rendez-vous annuel ne sera pas, pour autant, notre seul moment d’échange.


Vous êtes, je le réitère, nos partenaires privilégiés. Mon Département reste à l’écoute, ouvert et disponible pour débattre avec vous de toute question d’intérêt national et recueillir vos avis.


Mesdames et Messieurs,
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, par la sincérité des échanges et la constance des engagements.
Votre indépendance et votre capacité d’interpellation sont des atouts. Elles pèsent davantage lorsqu’elles se nourrissent d’expertise et de connaissance du terrain.

Je tiens, avant de conclure, à rendre un hommage appuyé à l’ensemble des organisations de la société civile pour leur contribution inestimable à la consolidation de notre démocratie, au renforcement de l’État de droit, à la promotion des droits humains et à la bonne gouvernance.

Je pense en particulier à celles et ceux qui, avec peu de moyens, viennent en aide aux victimes et aux plus vulnérables. Leur dévouement honore la Nation.


En cette Journée africaine des droits de l’homme, notre devoir est simple à énoncer et difficile à accomplir : faire des droits proclamés des droits vécus. L’État n’y parviendra pas seul. Nous y arriverons ensemble, par le dialogue.

Je forme le vœu que cette initiative ouvre, entre le Ministère de la Justice et la société civile, une ère nouvelle de collaboration, de respect mutuel et de quête de résultats tangibles au bénéfice de nos concitoyens.

Sur ces mots, je déclare officiellement lancée la première édition de la Journée annuelle de dialogue entre le Ministère de la Justice et les organisations de la société civile.

Je vous remercie de votre aimable attention.

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