Il fut un temps où leurs noms suscitaient, dans les rangs des militants et sympathisants d’Ousmane Sonko, respect, admiration et parfois même une ferveur quasi militante. Pape Alé Niang, Seydina Oumar Touré et Ndèye Khady Ndiaye avaient, chacun à sa manière et à des degrés différents, incarné une part du combat mené contre le régime de Macky Sall.
Leur proximité avec la cause défendue par le leader de Pastef leur avait valu une popularité considérable auprès d’une frange importante de l’opinion qui voyait en eux des alliés précieux dans la longue bataille politique qui devait conduire au basculement de mars 2024.
Mais les temps ont changé. Et avec eux, les regards, les fidélités et les jugements.
Aujourd’hui, ces trois personnalités, autrefois portées aux nues par une partie des « patriotes », sont devenues, pour certains d’entre eux, des figures de la déchéance politique. Sur les réseaux sociaux et dans les cercles militants, elles essuient désormais sarcasmes, quolibets et invectives. Ceux qui hier les applaudissaient ne ménagent plus leurs mots pour les vilipender, allant jusqu’à les affubler de tous les noms d’oiseaux. Le paradoxe est saisissant : les anciennes idoles sont devenues la risée d’une partie de ceux qui les avaient jadis érigées en symboles du combat patriotique.
Dans son édition de ce vendredi, L’Observateur consacre précisément un regard à cette spectaculaire inversion des perceptions à travers un article au titre évocateur : « Le crépuscule des idoles ». Le quotidien revient sur le destin de personnalités autrefois auréolées de sympathie dans l’univers politique de Sonko, mais qui se trouvent désormais exposées aux critiques parfois acerbes de ceux-là mêmes qui avaient contribué à leur popularité.
Pape Alé Niang, aujourd’hui directeur général de la RTS, Seydina Oumar Touré, à la tête de l’Agence d’assistance à la sécurité de proximité (ASP), et Ndèye Khady Ndiaye, propriétaire du salon de massage Sweet Beauté, ont connu des trajectoires singulières au cours des années de confrontation avec l’ancien régime. Leurs positions, leurs prises de parole ou les circonstances particulières qui les avaient placés au cœur de cette séquence politique leur avaient conféré un important capital de sympathie auprès des partisans de Sonko.
L’accession au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko a toutefois bouleversé les équilibres. L’épreuve du pouvoir a substitué aux certitudes de l’opposition les ambiguïtés, les contraintes et les responsabilités de la gouvernance. Plus récemment, les divergences apparues au sommet de l’État entre le président de la République et Ousmane Sonko ont achevé de brouiller les anciennes lignes de démarcation.
Dans cette nouvelle configuration, certains soutiens d’hier sont désormais soupçonnés, par une partie des militants, de s’être éloignés du chef de Pastef, voire d’avoir choisi un autre camp.
Le socio-politiste Dr Saliou Ngom invite néanmoins à ne pas réécrire l’histoire. Selon lui, Pape Alé Niang, Seydina Oumar Touré et Ndèye Khady Ndiaye ne sauraient être considérés comme des « figures de Pastef » au sens organique du terme.
Ils furent plutôt, à ses yeux, des soutiens circonstanciels du combat porté par Ousmane Sonko dans un contexte de confrontation directe avec le pouvoir de Macky Sall.
Cette proximité leur avait certes procuré une formidable popularité dans les milieux favorables à Pastef, mais elle ne signifiait pas nécessairement une appartenance militante au parti.
La situation est d’autant plus délicate que certaines de ces personnalités occupent désormais des fonctions publiques stratégiques.
La direction de la RTS ou celle de l’ASP procède d’une nomination présidentielle et implique, au-delà des considérations personnelles, une responsabilité institutionnelle et une certaine loyauté à l’égard de l’État.
Dans un paysage politique profondément recomposé, les prises de distance ou les changements de posture peuvent dès lors être interprétés comme les effets d’un repositionnement institutionnel plutôt que comme la manifestation d’une rupture idéologique.
Le Dr Malaw Kanté, enseignant-chercheur en philosophie politique, replace quant à lui cette évolution dans une perspective plus large.
L’exercice du pouvoir, observe-t-il, finit souvent par dissiper le halo qui entoure les figures politiques lorsqu’elles sont encore dans l’opposition.
Les hommes et les femmes que l’on idéalisait hier sont confrontés aux exigences du réel : décisions impopulaires, contradictions, arbitrages, lenteurs administratives et frustrations de ceux qui avaient placé en eux des espérances parfois démesurées.
C’est précisément là que réside l’un des paradoxes de cette séquence. Ceux qui avaient été sanctifiés par le discours militant découvrent aujourd’hui la brutalité du désenchantement. Le même public qui hier célébrait leurs prises de position peut désormais les tourner en dérision.
Les louanges se sont muées en sarcasmes, l’admiration en suspicion, et la proximité politique en procès permanent. Dans certains espaces militants, le trio est désormais présenté avec une ironie mordante, parfois même dans des termes d’une rare violence verbale.
Cette métamorphose traduit aussi une évolution du rapport des militants à Ousmane Sonko lui-même. Le chef de Pastef, autrefois défendu avec une fidélité presque inconditionnelle par ses partisans, serait désormais davantage soumis à la critique.
L’accession au pouvoir a ainsi contribué à désacraliser une figure qui, pendant les années de lutte, apparaissait aux yeux de nombreux sympathisants comme l’incarnation d’une rupture historique avec l’ancien système.
La séparation politique désormais manifeste entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ajoute une nouvelle dimension à cette recomposition.
Les anciennes fidélités sont mises à l’épreuve, les alliances se redessinent et les positions se précisent.
Dans ce nouvel échiquier, chacun est sommé, implicitement ou explicitement, de choisir son camp, ou à tout le moins de rendre lisible son positionnement.
À l’approche des prochaines échéances électorales, cette recomposition pourrait prendre une importance considérable. Le passage d’Ousmane Sonko de la Primature à la présidence de l’Assemblée nationale ne préjuge pas, à lui seul, de son avenir électoral. De son côté, Bassirou Diomaye Faye peut compter sur l’exercice du pouvoir et sur la possibilité de transformer son bilan en capital politique.
L’histoire de Pape Alé Niang, de Seydina Oumar Touré et de Ndèye Khady Ndiaye dépasse donc largement leurs trajectoires personnelles. Elle raconte quelque chose de plus profond sur la politique sénégalaise : la fragilité des fidélités construites dans l’opposition, la volatilité de la popularité militante et la redoutable mécanique du désenchantement.
Hier encore célébrés comme des compagnons du combat, ils sont aujourd’hui, pour une partie de ceux qui les acclamaient, devenus des objets de raillerie et de vindicte. Les « patriotes » qui les avaient élevés au rang d’alliés exemplaires leur tournent désormais le dos, parfois avec une virulence qui confine à l’outrance.
Ainsi va la politique : elle érige des idoles avec la même facilité qu’elle les renverse.
Et lorsque tombe le piédestal, il ne reste souvent que le vacarme des sarcasmes, des rancœurs et des procès en fidélité.
Leur proximité avec la cause défendue par le leader de Pastef leur avait valu une popularité considérable auprès d’une frange importante de l’opinion qui voyait en eux des alliés précieux dans la longue bataille politique qui devait conduire au basculement de mars 2024.
Mais les temps ont changé. Et avec eux, les regards, les fidélités et les jugements.
Aujourd’hui, ces trois personnalités, autrefois portées aux nues par une partie des « patriotes », sont devenues, pour certains d’entre eux, des figures de la déchéance politique. Sur les réseaux sociaux et dans les cercles militants, elles essuient désormais sarcasmes, quolibets et invectives. Ceux qui hier les applaudissaient ne ménagent plus leurs mots pour les vilipender, allant jusqu’à les affubler de tous les noms d’oiseaux. Le paradoxe est saisissant : les anciennes idoles sont devenues la risée d’une partie de ceux qui les avaient jadis érigées en symboles du combat patriotique.
Dans son édition de ce vendredi, L’Observateur consacre précisément un regard à cette spectaculaire inversion des perceptions à travers un article au titre évocateur : « Le crépuscule des idoles ». Le quotidien revient sur le destin de personnalités autrefois auréolées de sympathie dans l’univers politique de Sonko, mais qui se trouvent désormais exposées aux critiques parfois acerbes de ceux-là mêmes qui avaient contribué à leur popularité.
Pape Alé Niang, aujourd’hui directeur général de la RTS, Seydina Oumar Touré, à la tête de l’Agence d’assistance à la sécurité de proximité (ASP), et Ndèye Khady Ndiaye, propriétaire du salon de massage Sweet Beauté, ont connu des trajectoires singulières au cours des années de confrontation avec l’ancien régime. Leurs positions, leurs prises de parole ou les circonstances particulières qui les avaient placés au cœur de cette séquence politique leur avaient conféré un important capital de sympathie auprès des partisans de Sonko.
L’accession au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko a toutefois bouleversé les équilibres. L’épreuve du pouvoir a substitué aux certitudes de l’opposition les ambiguïtés, les contraintes et les responsabilités de la gouvernance. Plus récemment, les divergences apparues au sommet de l’État entre le président de la République et Ousmane Sonko ont achevé de brouiller les anciennes lignes de démarcation.
Dans cette nouvelle configuration, certains soutiens d’hier sont désormais soupçonnés, par une partie des militants, de s’être éloignés du chef de Pastef, voire d’avoir choisi un autre camp.
Le socio-politiste Dr Saliou Ngom invite néanmoins à ne pas réécrire l’histoire. Selon lui, Pape Alé Niang, Seydina Oumar Touré et Ndèye Khady Ndiaye ne sauraient être considérés comme des « figures de Pastef » au sens organique du terme.
Ils furent plutôt, à ses yeux, des soutiens circonstanciels du combat porté par Ousmane Sonko dans un contexte de confrontation directe avec le pouvoir de Macky Sall.
Cette proximité leur avait certes procuré une formidable popularité dans les milieux favorables à Pastef, mais elle ne signifiait pas nécessairement une appartenance militante au parti.
La situation est d’autant plus délicate que certaines de ces personnalités occupent désormais des fonctions publiques stratégiques.
La direction de la RTS ou celle de l’ASP procède d’une nomination présidentielle et implique, au-delà des considérations personnelles, une responsabilité institutionnelle et une certaine loyauté à l’égard de l’État.
Dans un paysage politique profondément recomposé, les prises de distance ou les changements de posture peuvent dès lors être interprétés comme les effets d’un repositionnement institutionnel plutôt que comme la manifestation d’une rupture idéologique.
Le Dr Malaw Kanté, enseignant-chercheur en philosophie politique, replace quant à lui cette évolution dans une perspective plus large.
L’exercice du pouvoir, observe-t-il, finit souvent par dissiper le halo qui entoure les figures politiques lorsqu’elles sont encore dans l’opposition.
Les hommes et les femmes que l’on idéalisait hier sont confrontés aux exigences du réel : décisions impopulaires, contradictions, arbitrages, lenteurs administratives et frustrations de ceux qui avaient placé en eux des espérances parfois démesurées.
C’est précisément là que réside l’un des paradoxes de cette séquence. Ceux qui avaient été sanctifiés par le discours militant découvrent aujourd’hui la brutalité du désenchantement. Le même public qui hier célébrait leurs prises de position peut désormais les tourner en dérision.
Les louanges se sont muées en sarcasmes, l’admiration en suspicion, et la proximité politique en procès permanent. Dans certains espaces militants, le trio est désormais présenté avec une ironie mordante, parfois même dans des termes d’une rare violence verbale.
Cette métamorphose traduit aussi une évolution du rapport des militants à Ousmane Sonko lui-même. Le chef de Pastef, autrefois défendu avec une fidélité presque inconditionnelle par ses partisans, serait désormais davantage soumis à la critique.
L’accession au pouvoir a ainsi contribué à désacraliser une figure qui, pendant les années de lutte, apparaissait aux yeux de nombreux sympathisants comme l’incarnation d’une rupture historique avec l’ancien système.
La séparation politique désormais manifeste entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ajoute une nouvelle dimension à cette recomposition.
Les anciennes fidélités sont mises à l’épreuve, les alliances se redessinent et les positions se précisent.
Dans ce nouvel échiquier, chacun est sommé, implicitement ou explicitement, de choisir son camp, ou à tout le moins de rendre lisible son positionnement.
À l’approche des prochaines échéances électorales, cette recomposition pourrait prendre une importance considérable. Le passage d’Ousmane Sonko de la Primature à la présidence de l’Assemblée nationale ne préjuge pas, à lui seul, de son avenir électoral. De son côté, Bassirou Diomaye Faye peut compter sur l’exercice du pouvoir et sur la possibilité de transformer son bilan en capital politique.
L’histoire de Pape Alé Niang, de Seydina Oumar Touré et de Ndèye Khady Ndiaye dépasse donc largement leurs trajectoires personnelles. Elle raconte quelque chose de plus profond sur la politique sénégalaise : la fragilité des fidélités construites dans l’opposition, la volatilité de la popularité militante et la redoutable mécanique du désenchantement.
Hier encore célébrés comme des compagnons du combat, ils sont aujourd’hui, pour une partie de ceux qui les acclamaient, devenus des objets de raillerie et de vindicte. Les « patriotes » qui les avaient élevés au rang d’alliés exemplaires leur tournent désormais le dos, parfois avec une virulence qui confine à l’outrance.
Ainsi va la politique : elle érige des idoles avec la même facilité qu’elle les renverse.
Et lorsque tombe le piédestal, il ne reste souvent que le vacarme des sarcasmes, des rancœurs et des procès en fidélité.