Pavillon spécial : derrière la violence, une femme à bout de souffle face à la justice

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 4 Septembre 2026 à 11:33 modifié le Vendredi 4 Septembre 2026 13:33

Il est des affaires qui appellent la rigueur du droit, mais qui commandent aussi que l’on n’oublie jamais l’humanité de ceux qui comparaissent devant la justice. L’incident survenu le 30 août 2026 au Pavillon spécial de la Maison d’arrêt et de correction de Dakar, impliquant Tabaski Ngom et une codétenue enceinte de huit mois, appartient incontestablement à cette catégorie.

Selon les éléments rapportés dans le cadre de la procédure, une altercation aurait opposé Tabaski Ngom à A. Diatta, jeune détenue âgée de 21 ans et enceinte de huit mois. La direction de l’établissement aurait décidé de transférer cette dernière de la chambre qu’elle partageait avec Tabaski Ngom pour des raisons de sécurité. La décision aurait été contestée par l’inspectrice du Trésor, qui aurait ensuite agressé sa codétenue et résisté à l’intervention du personnel pénitentiaire.

La jeune femme enceinte a été évacuée vers l’Hôpital principal de Dakar. Un certificat médical a été établi, les conclusions définitives devant notamment dépendre d’examens cliniques et échographiques rendus nécessaires par son état de grossesse.

Une saisine du parquet a ensuite été effectuée et Tabaski Ngom a été remise à la disposition de la police.
Les faits, s’ils sont établis dans leur intégralité, sont graves. Une femme enceinte de huit mois ne devrait jamais être exposée à la violence, encore moins dans un lieu où la puissance publique a précisément la responsabilité de garantir la sécurité des personnes privées de liberté.

Mais la gravité d’un acte ne doit jamais faire disparaître la personne qui l’a commis.
Tabaski Ngom reste une justiciable présumée innocente des faits qui lui sont reprochés tant qu’une décision définitive n’est pas intervenue. Elle est déjà détenue dans le cadre d’une autre procédure judiciaire, dans laquelle elle est notamment poursuivie pour association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, détournement de deniers publics, accès frauduleux à un système informatique et atteintes à l’intégrité et à la disponibilité d’un système informatique.

Voilà donc une femme enfermée depuis des semaines, peut-être des mois, entre quatre murs, confrontée à la brutalité psychologique d'une procédure pénale et à l’incertitude de son avenir.
Il suffit pourtant de se souvenir de ce que signifie la privation de liberté.

Une journée derrière les barreaux peut sembler interminable à celui qui en connaît la réalité. Alors plusieurs semaines. Puis plusieurs mois. Le temps se dilate. Les murs se rapprochent. Le silence devient pesant. Les visites se raréfient. Les nouvelles du dehors arrivent au compte-gouttes. L’avenir se transforme en une succession de journées identiques.
La prison n’est pas une abstraction juridique. C’est une expérience humaine.
Et personne ne peut sérieusement prétendre qu’une telle épreuve est sans conséquences psychologiques sur celui ou celle qui la subit.

C’est pourquoi Dame Justice doit savoir être ferme sans être aveugle, rigoureuse sans être insensible, et surtout capable de distinguer la nécessité de punir de celle de prévenir.
Si Tabaski Ngom a commis les violences qui lui sont reprochées, elle devra naturellement en répondre devant la justice. Mais répondre de ses actes ne signifie pas nécessairement rester indéfiniment derrière les barreaux.

La détention provisoire n’est pas une peine anticipée.
Elle est une mesure exceptionnelle qui doit répondre à des nécessités précises de la procédure et être appréciée au regard des circonstances propres à chaque dossier.
Alors pourquoi ne pas examiner sérieusement, dans son cas, l’hypothèse d’une liberté provisoire assortie, si nécessaire, de mesures de contrôle judiciaire strictes ?

Pourquoi ne pas permettre à cette femme de retrouver temporairement sa famille, de recevoir un accompagnement médical et psychologique, tout en demeurant à la disposition de la justice ?

Pourquoi faudrait-il considérer que demander une mesure d’apaisement judiciaire revient à nier la gravité des faits ?

La justice peut parfaitement protéger la société sans nécessairement maintenir une personne en détention.

Et c’est précisément dans les dossiers difficiles que la grandeur d’une institution judiciaire se mesure : non pas à sa capacité d’enfermer, mais à sa capacité de proportionner.

Il serait d’ailleurs difficile de ne pas s’interroger sur la perception que peuvent avoir les citoyens de la détention provisoire lorsque, dans d’autres dossiers très médiatisés mettant en cause des personnalités issues de l’administration ou des cercles du pouvoir, certains mis en cause ont bénéficié de libertés provisoires ou de placements sous contrôle judiciaire.

Il ne s’agit pas de réclamer la faveur du droit pour Tabaski Ngom au motif que d’autres en auraient bénéficié. Il s’agit au contraire de rappeler un principe essentiel : la justice doit être la même pour tous.

Si la liberté provisoire est juridiquement possible pour certains, elle doit pouvoir être examinée avec la même sérénité pour d’autres, indépendamment de leur statut social, de leurs relations ou de l’absence de relations.

La justice ne doit jamais donner le sentiment qu’il existe deux catégories de justiciables : ceux pour lesquels la porte de la prison peut s’entrouvrir et ceux pour lesquels elle demeure obstinément fermée.

Tabaski Ngom n’a peut-être pas besoin aujourd’hui d’une nouvelle épreuve carcérale. Elle a peut-être besoin que l’on fasse la part entre la femme, la justiciable et les actes qui lui sont reprochés.

Elle a besoin, si son état psychologique le justifie, d’un accompagnement approprié. Elle a besoin de retrouver un cadre familial. Elle a besoin de préparer sa défense dans des conditions dignes. Et elle a surtout besoin de savoir que la justice qui la poursuit est aussi capable de lui tendre la main lorsque le droit le permet.

La clémence n’est pas la faiblesse.
La liberté provisoire n’est pas l’impunité.
Le contrôle judiciaire n’est pas l’abandon des poursuites.
Ce sont des instruments de justice.

Dame Justice peut donc être sévère sur le principe et humaine dans son application. Elle peut rappeler à Tabaski Ngom que nul n’a le droit de s’en prendre physiquement à une personne vulnérable tout en considérant que la détention n’est peut-être plus indispensable.

Il appartient désormais aux magistrats d’examiner cette situation avec toute la hauteur que commande leur office.
Car derrière le dossier, les qualifications pénales et les procès-verbaux, il y a une femme.
Une femme enfermée.
Une femme qui, comme tout être humain, peut vaciller sous le poids de l’épreuve.

Et si la justice dispose d’un moyen légal de lui permettre de retrouver provisoirement la liberté tout en garantissant sa représentation et la sérénité de la procédure, alors il serait difficile de comprendre pourquoi cette voie ne serait pas sérieusement envisagée.

Dame Justice, soyez ferme si vous devez l’être. Mais soyez clémente si vous le pouvez.
Car rendre la justice, ce n’est pas seulement appliquer la loi.
C’est aussi savoir quand l’humanité doit accompagner le droit.
Recommandé Pour Vous