Plateformes secondaires de revente, prix cassés à l'abri des regards... Comment la FIFA tente de remplir ses stades coûte que coûte

Rédigé par Dakarposte le Samedi 6 Juin 2026 à 07:20 modifié le Samedi 6 Juin 2026 13:23

104 matches et des centaines de milliers de billets à écouler pour la FIFA. Cette semaine, l'organisation a été prise en flagrant délit de subterfuge pour réussir à vendre ses places. Selon un économiste, l'organisation aurait eu recours à des plateformes de revente secondaires pour casser ses prix sans perdre la face. Sauf qu'en étant démasquée, l'effet est quelque peu délétère.


A seulement quelques jours du grand départ du Mondial américain, la FIFA tremble. Pour la première fois, 48 nations sont sur la ligne de départ. Toujours plus de sélections, toujours plus de matches et encore plus de billets à écouler. Et c'est là où le bât blesse, à quelques encablures de l'échéance, certains matches sont boudés par un public américain qui n'a aucunement envie de voir un Autriche-Jordanie, un Bosnie-Herzégovine-Qatar ou encore un Arabie saoudite-Cap Vert. Et c'est justement, cette affiche du groupe H, programmée le 27 juin qui a lancé toute une polémique.


C'est un économiste de l'université de Boston, Florian Ederer qui a débusqué un stratagème de la FIFA, plutôt discutable. Selon lui, l'instance internationale a fourni des billets entiers à des prix cassés à une plateforme de revente secondaire. "La FIFA complote avec des plateformes tierces pour son propre approvisionnement… Ça ne ressemble pas à des méthodes classiques de revente, où l'on retrouve d'habitude des sièges vendus par paires, trois ou quatre. Ici, ça ressemble plutôt à des blocs entiers qui sont mis à la disposition de marchés secondaires, à des prix en-dessous de ceux de la billetterie officielle", dénonce-t-il dans un post sur X.


Le nombre de billets disponibles sur la billetterie officielle a grandement varié ces derniers jours, selon le site TicketData qui suit cette donnée en temps réel. Le nombre est monté jusqu'à 115 000 avant de redescendre mystérieusement autour de 30 000 billets. Que s'est-il passé entre-temps ? C'est ce qui a mis la puce à l'oreille du spécialiste. Cette grande braderie viserait ainsi à pallier ce problème d'affluence, qu'elle a déjà eu à affronter lors de ce Mondial des clubs sur le sol états-unien.



JE NE SUIS PAS SURPRIS DE VOIR DES PRIX CASSÉS

"La FIFA semble avoir lancé une tarification qui est au départ très élevée, sans doute pour donner l'idée que c'est un bien très désirable qu'il s'agissait d'acheter. Le résultat ne me surprend pas complètement parce qu'un Arabie saoudite-Cap Vert, c'est normal qu'il n'y ait pas d'engouement phénoménal. Dans ce contexte, manifestement, avec des prix exorbitants, je ne suis pas surpris de voir des prix cassés", analyse Jean-Pascal Gayant, économiste du sport, spécialiste de la tarification des événements sportifs.
Sauf que la méthode choisie par la bande à Infantino est quelque peu insidieuse. Pour ne pas perdre la face, elle aurait recours à des plateformes secondaires de revente, afin d'écouler ses billets. Non pas par bonté de cœur, mais parce que voir des stades remplis est primordial pour l'organisation et l'image qu'elle va renvoyer de sa compétition. Prenons un exemple, imaginez avoir acheté un billet pour une rencontre à $500 le jeudi, et le samedi, retrouver un billet similaire à $300. Forcément, vous ne seriez pas heureux et vous vous sentiriez – légitimement – lésé. C'est cet écueil que cherchait à éviter la FIFA en passant par des chemins parallèles.



"La FIFA essaye de garder l'idée qu'il y a une forte demande, une disponibilité à payer des consommateurs qui est très élevée parce que ça reste prestigieux. Donc elle cherche à faire les choses de manière très discrète. En cédant à une plateforme des quotas complets de billets à revendre, elle veut passer le moins possible comme l'institution qui casse les prix", relève Gayant. Sauf qu'en se faisant griller, le coup est manqué. "Ma messagerie déborde de messages de supporters qui veulent attaquer la FIFA en justice parce qu'ils se sentent floués", a confié l'économiste qui a découvert la supercherie, sur Front Office Sports (article en anglais). Des magistrats au New Jersey se sont saisis de l'affaire pour faire la lumière sur ces pratiques.


Actions en justice

"On a sans doute une volonté de certains magistrats et peut-être aussi de certains plaignants d'utiliser l'événement en question pour essayer d'ouvrir la voie à un nouveau renforcement du droit des consommateurs", explique l'économiste. A environ 13 000 dollars le billet pour la finale, cette Coupe du monde ne s'adresse pas à n'importe qui. Mais pour les plus petites affiches qui ont du mal à trouver preneur, nul doute que de bonnes affaires seront à faire dans les 48h précédant l'affiche, selon l'analyse d'Ederer, toujours cité par FOS.
Il estime que le prix des billets baissera drastiquement à ce moment-là. Cela avait déjà été le cas lors du Mondial des clubs avec des prix cassés à quelques minutes des rencontres. Voire que la FIFA pourra offrir de précieux sésames aux enfants des villes. Pour que coûte que coûte, ses stades soient remplis. Qu'importe les méthodes. Qu'importe la morale.

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