Pont Émile Badiane de Ziguinchor : le péril d’un ouvrage à bout de souffle

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 12 Aout 2026 à 08:25 modifié le Mercredi 12 Aout 2026 10:25

Inauguré en février 1979 sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, le pont Émile Badiane demeure l’un des poumons de la Casamance. Long de plus de 600 mètres, il relie Ziguinchor au reste du pays et constitue un passage stratégique pour les voyageurs, les commerçants et les poids lourds en direction de la Gambie et de la Guinée-Bissau. Mais, après près d’un demi-siècle de service, l’ouvrage donne désormais les signes inquiétants d’une infrastructure vieillissante, éprouvée par le temps et par l’intensité du trafic.

À cette fragilité s’ajoute une succession d’accidents tragiques. En mai 2026, un minibus a quitté la chaussée avant de sombrer dans le fleuve Casamance, faisant un mort, un rescapé et un disparu. D’autres drames avaient déjà endeuillé les lieux, notamment en 2019 et en 2021, lorsqu’un véhicule puis un camion gros porteur avaient plongé dans les eaux du fleuve. Ces tragédies ont nourri, au sein de la population, une inquiétude devenue presque permanente.

Depuis plusieurs années, associations, acteurs de la société civile et personnalités locales alertent sur la nécessité de remplacer l’ouvrage. Le Collectif pour la reconstruction du pont Émile Badiane, porté notamment par Aliou Djiba, réclame une intervention rapide des pouvoirs publics. Le mouvement « Vision citoyenne », par la voix de Madia Diop Sané, considère également la construction d’un nouvel ouvrage comme une urgence, compte tenu du rôle stratégique du pont dans la continuité territoriale et les échanges sous-régionaux.

L’annonce d’un nouveau pont entre Ziguinchor et Tobor a ainsi suscité un espoir, même si le report de la pose de la première pierre, initialement annoncée pour le 31 juillet 2026, entretient une certaine impatience. Pour les défenseurs du projet, il ne s’agit plus seulement de moderniser une infrastructure, mais de prévenir une catastrophe annoncée et de garantir durablement la sécurité des usagers.

En attendant, le vieux pont poursuit son inlassable traversée. Chaque jour, il porte le poids des hommes, des marchandises et de l’histoire de toute une région. Mais sous ses structures éprouvées par quarante-sept années de service, l’inquiétude gagne du terrain. À Ziguinchor, le pont Émile Badiane n’est plus seulement perçu comme un symbole de liaison : il est devenu le rappel silencieux d’une urgence que les drames successifs rendent chaque jour plus difficile à ignorer.


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