Pouvoir et religieux : face au ministre des Transports, Chérif Chaya Aïdara recadre les politiques sénégalais

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 26 Aout 2026 à 22:41 modifié le Mercredi 26 Aout 2026 23:07

À quelques heures de la célébration du Mawlid à Ngoumba Guéoul, le Khalif de Ngoumba Guéoul, Chérif Chaya Aïdara, a livré un discours d’une rare fermeté à l’endroit de la classe politique sénégalaise.
Face au ministre des Transports terrestres et aériens, Abdoul Ahad Ndiaye, le guide religieux a dénoncé ce qu’il considère comme une longue tradition de promesses, de sollicitations et d’oublis, appelant les hommes politiques à rompre définitivement avec une pratique consistant, selon lui, à ne se rapprocher des guides religieux qu’au gré de leurs ambitions.


À Ngoumba Guéoul, la parole religieuse a pris, hier, des accents particulièrement incisifs.
À la veille de la célébration du Mawlid, Chérif Chaya Aïdara a adressé un message sans détour au monde politique sénégalais.

Le propos, prononcé en présence du ministre des Transports terrestres et aériens, Abdoul Ahad Ndiaye, nommé à ce portefeuille en juin dernier, avait tout d’une mise au point.

« C’en est fini avec les tromperies des acteurs politiques. Vous n’aurez rien ici. Nous ne pouvons pas continuer à nous faire berner par vous autres acteurs politiques », a martelé le guide religieux, dans un réquisitoire visant plus largement les pratiques de la classe politique.

« Vous venez chercher les prières lorsque vous convoitez le pouvoir »


Dans sa charge, le Khalif de Ngoumba ne s’est pas limité à la conjoncture politique actuelle. Il a inscrit son propos dans une perspective historique, reprochant aux responsables politiques de reproduire, de génération en génération, les mêmes comportements à l’égard des familles religieuses.

À ses yeux, les hommes politiques se rapprochent des guides religieux avec une particulière assiduité lorsqu’ils sont à la recherche du pouvoir, allant jusqu’à passer des nuits auprès d’eux afin de solliciter prières et bénédictions. Une fois parvenus aux responsabilités, ils auraient toutefois tendance, dénonce-t-il, à oublier ceux dont ils avaient recherché l’appui spirituel. Une pratique que Chérif Chaya récuse avec vigueur.


Son message est d’autant plus significatif qu’il ne s’adresse pas exclusivement au pouvoir en place. Il vise également, et peut-être surtout, les acteurs politiques de l’opposition qui, lorsqu’ils nourrissent des ambitions présidentielles ou électorales, cherchent à établir des relations privilégiées avec les familles religieuses.

Le guide religieux entend ainsi remettre les pendules à l’heure : les guides religieux ne sauraient être considérés comme des instruments au service des ambitions politiques.


La fermeté du propos prend un relief particulier lorsqu’on la rapproche des propos tenus par Chérif Chaya sur le président de la République, Bassirou Diomaye Faye.

Le descendant de Chérif Makhfou a laissé entendre qu’il considère le chef de l’État comme un homme présentant de bonnes qualités.
Mais, prenant manifestement les devants face à toute interprétation intéressée de son jugement, il a précisé, en substance, que s’il dit que le président est « bien », ce n’est nullement parce que celui-ci lui a remis de l’argent. Que nenni ! Une manière de signifier que son appréciation relève, selon lui, d’une observation personnelle du comportement et des qualités de l’homme, et non d’une quelconque contrepartie matérielle.
Cette précision est loin d’être anodine. Elle s’inscrit dans le même registre que son avertissement aux acteurs politiques : la relation entre le politique et le religieux ne devrait pas être fondée sur l’argent, les faveurs ou les calculs électoraux.


Derrière la vigueur de la sortie de Chérif Chaya se dessine une interrogation plus profonde sur les rapports entre pouvoir politique et autorités religieuses au Sénégal.

Le guide religieux semble poser une limite : les familles religieuses peuvent dialoguer avec les responsables publics, contribuer à la paix sociale et prier pour la stabilité du pays, mais elles ne sauraient être réduites à des relais de légitimation politique.

« Moi, Chérif Chaya, je n’accepterai pas cela », a-il lancé, dans une déclaration qui résonne comme un avertissement à ceux qui seraient tentés de considérer la bienveillance des guides religieux comme acquise.

Le ton est inhabituellement frontal. Mais le message, lui, touche à une question ancienne : celle de la place des familles religieuses dans la vie publique sénégalaise et de la nature des rapports qu’elles entretiennent avec les détenteurs du pouvoir.

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La « chicote diplomatique » en pleine figure



Il y avait donc quelque chose de symbolique dans cette scène de Ngoumba Guéoul : à quelques heures du Mawlid, dans un lieu où les responsables politiques viennent traditionnellement rechercher prières, bénédictions et écoute, un guide religieux décide de rappeler publiquement que cette relation ne peut fonctionner à sens unique.

La « chicote diplomatique », pour reprendre une formule imagée, n’a pas été brandie contre un homme en particulier. Elle semble plutôt avoir été dirigée contre une manière de faire de la politique : celle qui se souvient des guides religieux lorsqu’elle cherche le pouvoir et les oublie lorsqu’elle l’a obtenu.

Le message de Chérif Chaya est donc limpide : les familles religieuses ne veulent plus être considérées comme faciles à séduire, à instrumentaliser ou à berner.

Reste désormais à savoir si cette prise de parole restera un coup de tonnerre dans le ciel de Ngoumba Guéoul ou si elle contribuera à ouvrir une réflexion plus large sur les rapports entre le pouvoir politique et les autorités religieuses.

À l’heure où les responsables politiques cherchent plus que jamais à consolider leurs ancrages auprès des différentes communautés religieuses, la sortie de Chérif Chaya constitue, à tout le moins, un sérieux rappel à l’ordre : la bénédiction ne se décrète pas, la confiance ne s’achète pas et le respect ne saurait être à géométrie variable.
Mamadou Ndiaye
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