Il est des décisions administratives qui, derrière leur apparente simplicité, disent beaucoup de l’état d’une société et de la conception qu’elle se fait de la dignité humaine. L’interdiction de la fouille à nu systématique des détenus et détenues au moment de leur admission dans les établissements pénitentiaires appartient assurément à cette catégorie.
À ce titre, il faut saluer le travail entrepris par le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, dont la démarche s’inscrit manifestement dans une volonté de replacer l’humain au cœur de la politique pénitentiaire.
Sa visite inopinée à la prison de Rebeuss aura, à bien des égards, permis de regarder la réalité carcérale sans fard. Derrière les murs de cet établissement emblématique, il y a des hommes. Des hommes qui, pour certains, vivent dans des chambres surpeuplées, notamment ces grandes cellules où les détenus en attente de jugement sont contraints, pour trouver un espace où s’allonger, de recourir à ce qu’ils appellent pudiquement le « paquetage » : une manière de dormir entassés les uns contre les autres, comme des sardines.
Il faut avoir le courage de regarder cette réalité en face. Car la privation de liberté constitue déjà, en elle-même, une peine lourde. Elle ne saurait devenir le prétexte à l’abaissement, à l’humiliation ou à la négation de l’humanité de celui qui la subit.
À ce titre, il faut saluer le travail entrepris par le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, dont la démarche s’inscrit manifestement dans une volonté de replacer l’humain au cœur de la politique pénitentiaire.
Sa visite inopinée à la prison de Rebeuss aura, à bien des égards, permis de regarder la réalité carcérale sans fard. Derrière les murs de cet établissement emblématique, il y a des hommes. Des hommes qui, pour certains, vivent dans des chambres surpeuplées, notamment ces grandes cellules où les détenus en attente de jugement sont contraints, pour trouver un espace où s’allonger, de recourir à ce qu’ils appellent pudiquement le « paquetage » : une manière de dormir entassés les uns contre les autres, comme des sardines.
Il faut avoir le courage de regarder cette réalité en face. Car la privation de liberté constitue déjà, en elle-même, une peine lourde. Elle ne saurait devenir le prétexte à l’abaissement, à l’humiliation ou à la négation de l’humanité de celui qui la subit.
Se déshabiller pour entrer en prison : une pratique d’un autre âge
C’est précisément pourquoi la décision mettant fin au déshabillage systématique des « entrants » doit être saluée.
Il est difficile, en effet, de concevoir qu’une personne fraîchement écrouée puisse être sommée de se dévêtir entièrement, « comme un ver de terre », sous prétexte de subir une fouille. La sécurité des établissements pénitentiaires est une nécessité incontestable. Mais la sécurité ne saurait être synonyme d’humiliation.
Plus préoccupant encore, cette pratique semblait parfois laisser une place excessive au zèle de certains jeunes agents pénitentiaires qui, sous couvert de rigueur, exigeaient des nouveaux arrivants qu’ils se déshabillent intégralement.
La fouille peut être nécessaire. Elle peut même être indispensable dans certaines circonstances. Mais elle doit demeurer proportionnée, encadrée, respectueuse de la personne et de son intimité. L’autorité de l’État ne grandit pas lorsqu’elle humilie le plus vulnérable ; elle grandit lorsqu’elle sait conjuguer fermeté et humanité.
Tout le monde ne peut donc qu’applaudir cette mesure, qui vient à son heure.
C’est précisément pourquoi la décision mettant fin au déshabillage systématique des « entrants » doit être saluée.
Il est difficile, en effet, de concevoir qu’une personne fraîchement écrouée puisse être sommée de se dévêtir entièrement, « comme un ver de terre », sous prétexte de subir une fouille. La sécurité des établissements pénitentiaires est une nécessité incontestable. Mais la sécurité ne saurait être synonyme d’humiliation.
Plus préoccupant encore, cette pratique semblait parfois laisser une place excessive au zèle de certains jeunes agents pénitentiaires qui, sous couvert de rigueur, exigeaient des nouveaux arrivants qu’ils se déshabillent intégralement.
La fouille peut être nécessaire. Elle peut même être indispensable dans certaines circonstances. Mais elle doit demeurer proportionnée, encadrée, respectueuse de la personne et de son intimité. L’autorité de l’État ne grandit pas lorsqu’elle humilie le plus vulnérable ; elle grandit lorsqu’elle sait conjuguer fermeté et humanité.
Tout le monde ne peut donc qu’applaudir cette mesure, qui vient à son heure.
Rompre avec les vieilles habitudes héritées de l’histoire
Mais il serait illusoire de croire que le problème carcéral sénégalais se résume à la seule question de la fouille à nu.
Il nous faut, plus largement, interroger certaines pratiques que nous avons héritées d’un système colonial conçu, en maintes circonstances, pour contrôler, punir et parfois humilier nos aïeux. Certaines de ces pratiques ont survécu aux indépendances, presque intactes, parce que nous avons trop souvent renoncé à les questionner.
Une démocratie véritable ne saurait se contenter de reproduire mécaniquement les réflexes administratifs du passé.
Il faut donc avoir le courage de revisiter notre droit, nos procédures et nos institutions à la lumière des exigences contemporaines de l’État de droit et des libertés publiques.
Pourquoi conserver, par exemple, des incriminations dont la pertinence démocratique mérite d’être sérieusement interrogée, telle que l’offense au chef de l’État, alors même que les grandes démocraties modernes ont largement renoncé à ce type de protection pénale de la fonction présidentielle ?
La dignité humaine ne doit pas être un slogan que l’on brandit à l’occasion. Elle doit irriguer l’ensemble de l’action publique.
Mais il serait illusoire de croire que le problème carcéral sénégalais se résume à la seule question de la fouille à nu.
Il nous faut, plus largement, interroger certaines pratiques que nous avons héritées d’un système colonial conçu, en maintes circonstances, pour contrôler, punir et parfois humilier nos aïeux. Certaines de ces pratiques ont survécu aux indépendances, presque intactes, parce que nous avons trop souvent renoncé à les questionner.
Une démocratie véritable ne saurait se contenter de reproduire mécaniquement les réflexes administratifs du passé.
Il faut donc avoir le courage de revisiter notre droit, nos procédures et nos institutions à la lumière des exigences contemporaines de l’État de droit et des libertés publiques.
Pourquoi conserver, par exemple, des incriminations dont la pertinence démocratique mérite d’être sérieusement interrogée, telle que l’offense au chef de l’État, alors même que les grandes démocraties modernes ont largement renoncé à ce type de protection pénale de la fonction présidentielle ?
La dignité humaine ne doit pas être un slogan que l’on brandit à l’occasion. Elle doit irriguer l’ensemble de l’action publique.
Le véritable mal carcéral : la surpopulation
Il reste surtout un mal profond, qui rend toutes les autres réformes urgentes : la surpopulation carcérale.
On ne restaurera durablement la dignité des détenus en améliorant seulement les conditions d’admission si, quelques heures plus tard, ceux-ci sont condamnés à vivre dans des cellules surpeuplées.
La priorité doit donc être de désengorger les prisons sénégalaises. Cela passe d’abord par une réduction significative du recours à la détention provisoire.
Combien d’hommes et de femmes demeurent derrière les barreaux alors qu’ils n’ont pas encore été jugés ? La présomption d’innocence ne peut être une belle formule juridique si, dans la réalité, l’attente du jugement devient elle-même une peine.
Il faut également accélérer le recours aux peines alternatives : bracelet électronique, travail d’intérêt général, liberté conditionnelle, sanctions non privatives de liberté pour les infractions les moins graves et mécanismes de médiation pénale lorsque la nature des faits le permet.
Le Sénégal gagnerait aussi à renforcer les mécanismes de contrôle du placement en détention provisoire, notamment en réfléchissant à la mise en place d’un véritable juge des libertés et de la détention, afin que la privation de liberté avant jugement fasse l’objet d’un contrôle juridictionnel renforcé.
La justice doit punir lorsqu’il le faut. Mais elle doit également savoir qu’une prison saturée ne réinsère personne. Elle fabrique, au contraire, de la promiscuité, de la violence, du désespoir et parfois de la récidive.
Il reste surtout un mal profond, qui rend toutes les autres réformes urgentes : la surpopulation carcérale.
On ne restaurera durablement la dignité des détenus en améliorant seulement les conditions d’admission si, quelques heures plus tard, ceux-ci sont condamnés à vivre dans des cellules surpeuplées.
La priorité doit donc être de désengorger les prisons sénégalaises. Cela passe d’abord par une réduction significative du recours à la détention provisoire.
Combien d’hommes et de femmes demeurent derrière les barreaux alors qu’ils n’ont pas encore été jugés ? La présomption d’innocence ne peut être une belle formule juridique si, dans la réalité, l’attente du jugement devient elle-même une peine.
Il faut également accélérer le recours aux peines alternatives : bracelet électronique, travail d’intérêt général, liberté conditionnelle, sanctions non privatives de liberté pour les infractions les moins graves et mécanismes de médiation pénale lorsque la nature des faits le permet.
Le Sénégal gagnerait aussi à renforcer les mécanismes de contrôle du placement en détention provisoire, notamment en réfléchissant à la mise en place d’un véritable juge des libertés et de la détention, afin que la privation de liberté avant jugement fasse l’objet d’un contrôle juridictionnel renforcé.
La justice doit punir lorsqu’il le faut. Mais elle doit également savoir qu’une prison saturée ne réinsère personne. Elle fabrique, au contraire, de la promiscuité, de la violence, du désespoir et parfois de la récidive.
La prison ne doit pas être un angle mort de la République
Il y a, enfin, une autre urgence : celle de la santé. Dans plusieurs établissements pénitentiaires, notamment dans les camps pénaux, les structures sanitaires manquent cruellement de moyens. Médicaments, personnels qualifiés, équipements et prise en charge spécialisée : les besoins sont immenses.
Des détenus, y compris des prévenus qui bénéficient encore de la présomption d’innocence, peuvent voir leur état de santé se dégrader faute d’une prise en charge médicale adéquate.
La prison ne doit pas être un lieu où l’on abandonne les malades à leur sort.
Il en va de même pour l’alimentation. Nourrir convenablement une personne privée de liberté n’est pas un luxe. C’est une obligation élémentaire de l’État qui la détient sous sa responsabilité.
Une République se juge aussi à la manière dont elle traite ceux qu’elle a privés de liberté.
Il y a, enfin, une autre urgence : celle de la santé. Dans plusieurs établissements pénitentiaires, notamment dans les camps pénaux, les structures sanitaires manquent cruellement de moyens. Médicaments, personnels qualifiés, équipements et prise en charge spécialisée : les besoins sont immenses.
Des détenus, y compris des prévenus qui bénéficient encore de la présomption d’innocence, peuvent voir leur état de santé se dégrader faute d’une prise en charge médicale adéquate.
La prison ne doit pas être un lieu où l’on abandonne les malades à leur sort.
Il en va de même pour l’alimentation. Nourrir convenablement une personne privée de liberté n’est pas un luxe. C’est une obligation élémentaire de l’État qui la détient sous sa responsabilité.
Une République se juge aussi à la manière dont elle traite ceux qu’elle a privés de liberté.
Réformer la prison, c’est aussi réformer la justice
À terme, il faudra donc aller beaucoup plus loin : moderniser les établissements pénitentiaires, réhabiliter ceux qui peuvent l’être, remplacer progressivement les structures vétustes, améliorer les conditions sanitaires et alimentaires, mais aussi accélérer la digitalisation de la chaîne judiciaire afin que des hommes et des femmes ne demeurent pas incarcérés plus longtemps que nécessaire en raison de lenteurs ou de dysfonctionnements administratifs.
La question carcérale est, en réalité, le miroir de notre système judiciaire tout entier.
Tant que les procédures resteront lentes, tant que la détention provisoire sera trop largement utilisée, tant que les peines alternatives demeureront insuffisamment exploitées et tant que les infrastructures pénitentiaires resteront en décalage avec les exigences d’une société moderne, la surpopulation continuera de nourrir l’indignité.
L’interdiction de la fouille à nu systématique constitue donc bien davantage qu’une simple circulaire ou qu’une instruction administrative. Elle peut être le symbole d’un changement de regard : le détenu n’est pas un sous-homme parce qu’il est privé de liberté.
Il reste un être humain.
Et c’est précisément parce que la République est forte qu’elle peut se permettre d’être digne, jusque derrière les barreaux.
Dakarposte salue cette inflexion et continuera, pour sa part, à s’intéresser à ce dossier essentiel. Car le « cas de la détention au Sénégal » mérite désormais un débat de fond, sans tabou ni complaisance : celui d’une prison qui doit cesser d’être seulement un lieu de punition pour devenir aussi un espace de justice, de protection, de responsabilité et, autant que possible, de réinsertion.
À terme, il faudra donc aller beaucoup plus loin : moderniser les établissements pénitentiaires, réhabiliter ceux qui peuvent l’être, remplacer progressivement les structures vétustes, améliorer les conditions sanitaires et alimentaires, mais aussi accélérer la digitalisation de la chaîne judiciaire afin que des hommes et des femmes ne demeurent pas incarcérés plus longtemps que nécessaire en raison de lenteurs ou de dysfonctionnements administratifs.
La question carcérale est, en réalité, le miroir de notre système judiciaire tout entier.
Tant que les procédures resteront lentes, tant que la détention provisoire sera trop largement utilisée, tant que les peines alternatives demeureront insuffisamment exploitées et tant que les infrastructures pénitentiaires resteront en décalage avec les exigences d’une société moderne, la surpopulation continuera de nourrir l’indignité.
L’interdiction de la fouille à nu systématique constitue donc bien davantage qu’une simple circulaire ou qu’une instruction administrative. Elle peut être le symbole d’un changement de regard : le détenu n’est pas un sous-homme parce qu’il est privé de liberté.
Il reste un être humain.
Et c’est précisément parce que la République est forte qu’elle peut se permettre d’être digne, jusque derrière les barreaux.
Dakarposte salue cette inflexion et continuera, pour sa part, à s’intéresser à ce dossier essentiel. Car le « cas de la détention au Sénégal » mérite désormais un débat de fond, sans tabou ni complaisance : celui d’une prison qui doit cesser d’être seulement un lieu de punition pour devenir aussi un espace de justice, de protection, de responsabilité et, autant que possible, de réinsertion.