Scandale des véhicules parlementaires : Quand les chantres de la rupture succombent aux privilèges de l’ancien régime

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 6 Novembre 2026 à 12:23 modifié le Vendredi 6 Novembre 2026 13:23

Le grand cirque de la politique sénégalaise offre un spectacle d'une indécence absolue. Alors que l'opposition s’insurge contre le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, ce sont désormais les coulisses matérielles de l’Assemblée nationale qui s’embrasent.

Le député de l’APR, Abdou Mbow, vient de jeter un pavé dans la mare en dénonçant la « confiscation » des véhicules de fonction des membres du bureau parlementaire, prétendument saisis pour être réattribués à d’anciens ministres déchus du Pastef, « casés » comme conseillers.

Mais au-delà du déballage, c'est l'effroyable hypocrisie des deux camps qui donne la nausée. N'est-ce pas ce même Pastef, mené par son chef de file, qui tympanisait les citoyens avec des promesses mirobolantes de rupture, de sobriété républicaine et de changement systémique ? Que nenni ! Les actes trahissent les discours et prouvent exactement le contraire.

Comment peut-on trouver raisonnable, dans un pays qui ploie sous la précarité comme le Sénégal, de doter les membres du bureau de l’Assemblée de deux véhicules de fonction sur le dos du contribuable ? C’était là les délices de l'ancien régime de l'APR, qui s'offusque aujourd'hui de perdre ses privilèges matériels. Il faudrait pourtant faire preuve d'un minimum de sérieux avant de distribuer des leçons de morale publique.

Les dirigeants actuels du Pastef, drapés dans leur costume de fervents « patriotes », s’adonnent sans vergogne aux mêmes tares qu'ils fustigeaient hier. S'il n'y avait pas eu cette confiscation d'un second véhicule, le peuple n'aurait jamais rien su de cette forfaiture institutionnelle. C'est du « je-m'en-foutisme » d'État, une insulte au commun des Sénégalais qui trinque au quotidien.

Après avoir passé deux ans à la Primature à occulter la gestion des budgets, on feint aujourd'hui de découvrir les vertus de la transparence.

Afin d'éclairer toute l'ampleur de ce scandale perpétuel, il importe de mettre en lumière les sommes astronomiques captées par la flotte de véhicules de la représentation nationale au cours de l'actuelle mandature, où des milliards de nos francs sont soustraits de l'enveloppe globale de 22,3 milliards affectée à l'institution.

Alors que le pays traverse des tensions de trésorerie historiques et affiche un abyssal montant de 1 956,3 milliards de francs CFA d'arriérés de paiement, la représentation nationale a persisté à maintenir l'enveloppe de ses privilèges roulants.

L'acquisition occulte de véhicules de fonction — des rutilantes berlines de luxe dont la valeur unitaire oscille autour de 50 millions de francs CFA par député, acquises hors budget initial — illustre à quel point l'argent du contribuable sert de monnaie d'échange pour le confort des élus.

La Commission de comptabilité et de contrôle a beau se féliciter de la « rigueur » de ces procédures d'achat en coulisses, ces lignes budgétaires d'apparat demeurent une insulte aux secteurs prioritaires comme la santé ou les infrastructures publiques.

Mais ils ne perdent rien pour attendre : nombre de Sénégalais sont aujourd'hui profondément dépités et révoltés en apprenant la réalité des privilèges dissimulés au cœur de l'Assemblée nationale, notamment ce qu'il est désormais convenu d'appeler le scandale des voitures dénoncé par l'opposition.

Face à ces manœuvres et à ces passe-droits qui éclatent au grand jour, les citoyens se sont déjà fait une religion sur leurs nouveaux gouvernants.

En tous les cas, nombre d'électeurs piaffent d'impatience et attendent de pied ferme les prochaines joutes électorales pour infliger une sanction définitive à cette immaturité politique. Dommage pour le Sénégal..

Mamadou Ndiaye
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